Enfermé 14 ans en Indonésie

22 juillet 2018 12:14; Act: 22.07.2018 18:20 Print

Après la prison, retour à la maison près de Genève

Le Haut-Savoyard Michaël Blanc, qui a passé la moitié de sa vie dans une geôle indonésienne pour trafic de drogue, est arrivé à l'aéroport de Cointrin ce dimanche matin.

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Michaël Blanc, sa mère Hélène Le Touzey, entourés de membres des services d'immigration de l'Indonésie, ce samedi à leur départ de l'aéroport de Tangerang, près de la capitale Jakarta. (samedi 21 juillet) (Photo: AFP)

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Le Français Michaël Blanc est arrivé dimanche à Genève après avoir passé près de la moitié de sa vie retenu en Indonésie, géant d'Asie du Sud-Est aux lois antidrogues parmi les plus strictes au monde, pour une affaire de trafic de haschisch.

Après 14 ans de prison et 4 ans de contrôle judiciaire, Michaël Blanc, 45 ans, a quitté ce pays prisé des touristes samedi soir accompagné par sa mère, Hélène Le Touzey, qui a oeuvré sans relâche pour sa libération depuis le début de l'affaire. «Il a bien atterri à Genève», dimanche peu après 10h30, a déclaré à l'AFP Martial Saddier, député de Haute-Savoie, proche de la famille et très investi dans ce dossier où il a joué les intermédiaires avec les autorités politiques et instances diplomatiques françaises.

L'ancien maire de Bonneville, ville natale de Michaël Blanc, a précisé que celui-ci allait rester dans un endroit tenu secret «pendant quelques jours, afin d'avoir un sas de décompression». «Il va se remettre de ces presque 20 années avant des apparitions publiques», a ajouté M. Saddier.

Mère et fils ont été accueillis à l'aéroport international de Genève par des proches, dont le père de Michaël, Jean-Claude Blanc, et son oncle Alfredo Descalzi, à l'abri des regards et des médias. Ils ont quitté les lieux par une issue dérobée.

«Bataille trop longue»

Avant l'arrivée de l'avion, en provenance d'Istanbul où il avait fait escale, le père attendait son fils avec une émotion pudique. Depuis presque 19 ans qu'il attendait de venir le chercher à l'aéroport, en le voyant seulement «une fois par année», il s'est dit «heureux» d'être là pour le «rencontrer», «peut-être autant stressé que lui» par ce nouveau chapitre de vie qui va débuter.

Son oncle et secrétaire du comité de soutien a confié sa «joie et son émotion» mais pas de satisfaction, «car la satisfaction aurait été de le ramener tout de suite» et non pas au terme d'une bataille «trop longue à notre goût».

Après un «premier repas de famille depuis 20 ans en sa présence», partagé dans l'intimité, M. Descalzi, joint par téléphone, a confié à l'AFP que son neveu allait «extrêmement bien», même s'il est «extrêmement fatigué». «Il est très content d'être dans un pays normal avec des gens normaux qui lui veulent beaucoup de bien» mais «il faut qu'il reste quelques jours tranquille à l'abri des regards, il répondra ensuite aux nombreuses sollicitations, une fois qu'il aura rechargé les batteries», a-t-il ajouté.

Arrêté avec 3,8 kilos de haschisch

En 1999, alors âgé de 26 ans, ce cuisinier devenu globe-trotter avait posé ses bagages sur l'île touristique de Bali pour devenir moniteur de plongée.

Sa vie bascule un jour de décembre quand il est arrêté à l'aéroport avec 3,8 kilos de haschisch dans des bouteilles. Il explique qu'un ami les lui a confiées pour les transporter mais ne convainc pas la justice de ce pays dont la législation antidrogue est parmi les plus sévères au monde.

L'année suivante, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, échappant de justesse à la peine de mort. En 2009, le Français bénéficie d'une grâce présidentielle partielle, sa peine est commuée en 20 ans d'emprisonnement. Sa libération conditionnelle en 2014 lui interdit de quitter l'Indonésie avant la fin de sa peine, soit le 21 juillet 2017, et au terme d'une année supplémentaire de probation achevée samedi.

Les critiques de la France

La lourdeur de sa condamnation, dans un pays parmi les plus répressifs du monde contre le trafic de drogue, avait été vivement critiquée en France. La médiatisation de sa situation a déclenché une importante mobilisation en France, avec des pétitions signées par des personnalités et de nombreux anonymes.

Mais c'est à sa mère, qui a tout abandonné - emploi, famille, pays - dès 2000 pour venir à son secours, que Michaël Blanc doit son salut. Hélène Le Touzey s'est beaucoup impliquée, d'abord pour lui obtenir une réduction de peine, et ensuite pour le faire libérer.

«Si je n'avais pas été là, il ne serait plus là. Un moment, il m'avait demandé de partir pour pouvoir en finir avec la vie. Il me disait que je n'arriverai jamais à avoir sa libération», avait-elle confié à la sortie de prison de son fils, en 2014.

(nxp/afp)