Mali

05 mai 2012 15:38; Act: 05.05.2012 23:12 Print

Aqmi «domine» dans le Nord

Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) occupe désormais une position dominante dans le Nord du Mali, grâce à son alliance avec le groupe islamiste armé Ansar Dine, et au renfort de combattants marocains, tunisiens et libyens.

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Les combattants d'AQMI sont maintenant en position dominante au Mali. (Photo: AFP)

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«Aujourd'hui, c'est Al-Qaïda au maghreb islamique (Aqmi) qui occupe une position dominante dans les trois régions du nord du Mali, grâce à son alliance avec le groupe islamiste Ansar Dine, et avec l'arrivée sans ses rangs de combattants tunisiens, libyens et marocains», a déclaré à l'AFP une source sécuritaire mauritanienne.

Le nord du Mali est coupé du reste du pays depuis le coup d'Etat du 22 mars à Bamako qui a renversé le régime du président Amadou Toumani Touré (ATT), longtemps accusé par ses voisins d'avoir fait preuve de laxisme dans la lutte contre Aqmi.

Des témoins ont vu dans la périphérie de la ville de Tombouctou (nord-ouest), des combattants d'Aqmi qui se sont déclarés de nationalité marocaine, libyenne, et tunisienne.

Ces combattants «ont distribué des vivres aux populations déplacées. Ils ont expliqué qu'ils sont Marocains, Tunisiens et Libyens. Ils ont dit aussi qu'ils sont venus pour le Jihad, aux côtés de leurs frères algériens, mauritaniens, et d'autres», a expliqué à l'AFP l'un de ces témoins, fonctionnaire malien de Tombouctou, mais qui vit actuellement avec sa famille depuis trois semaines dans un hameau de la périphérie de la ville.

Le chef militaire de la ville de Tombouctou est actuellement Abou Yaya Hamame, le chef d'une unité d'élite d'Aqmi.

Il dirige la ville avec à ses côtés «Sanda», un homme qui a une double casquette: officiellement porte-parole de Iyad Ag Ghaly -leader de Ansar Dine, ex-militaire et ex-figure des rébellions touareg des années 1990- et soutien actif connu de la branche maghrébine Al-Qaïda.

Ansa Dine (défenseurs de l'islam) prône l'imposition de la charia dans tout le Mali.

«A Gao, et à Kidal, on ne voit pas en masse les combattants d'Aqmi, parce qu'ils préfèrent se mettre hors de la ville, et intervenir quand c'est nécessaire. Mais à l'intérieur de ces deux autres localités, ils ont leurs hommes, leurs pions comme on le dit», explique une source sécuritaire nigérienne.

Des islamistes d'Aqmi profanent le mausolée d'un saint à Tombouctou

Des membres d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont profané vendredi le mausolée d'un des saints de Tombouctou, ville mythique du nord malien inscrite sur la liste du patrimoine historique de l'Unesco, où la population est «sous le choc», a-t-on appris samedi auprès d'un responsable local.

«Les gens d'Aqmi, appuyés par (le groupe armé islamiste) Ansar Dine, ont détruit le mausolée du saint Sidi (Mahmoud Ben) Amar. Ils ont brûlé le mausolée», a déclaré à l'AFP sous couvert d'anonymat l'un des adjoints au maire de Tombouctou, contrôlée, comme tout le nord Mali, par Aqmi et Ansar Dine, après avoir profité du coup d'Etat militaire du 22 mars à Bamako.

«Ils ont promis de détruire d'autres mausolées. Tombouctou est sous le choc. Maintenant ils veulent prendre et détruire d'autres mausolées et des manuscrits», a ajouté la même source.

«J'ai vu la tombe profanée. C'est très grave», a confirmé à l'AFP un journaliste local sur place.

Située à la lisière du Sahara à un millier de km au nord de Bamako, Tombouctou -33.000 habitants-, surnommée «la cité des 333 saints» ou plus banalement «la perle du désert», est inscrite au patrimoine mondial par l'Unesco depuis 1988.

Lieu saint

Fondée entre le XIe et le XIIe siècle, selon les documents, par des tribus touareg, la ville a été un grand centre intellectuel de l'islam et une ancienne cité marchande prospère des caravanes.

Ses trois grandes mosquées, mais surtout des dizaines de milliers de manuscrits -dont certains datent de l'ère pré-islamique- témoignent de cette splendeur passée et de son âge d'or au XVIe siècle.

Outre les mosquées, le site classé compte «16 cimetières et mausolées qui étaient des composantes essentielles du système religieux dans la mesure où, selon la croyance populaire, ils étaient le rempart qui protégeait la ville de tous les dangers», indique l'Unesco sur son site internet.

L'Unesco a récemment exprimé sa préoccupation et appelé «les factions belligérantes à respecter le patrimoine» du pays, dont le Nord est désormais passé sous le coupe d'Aqmi et d'Ansar Dine.

«Acte inqualifiable»

Dans un communiqué lu samedi à la télévision nationale, le gouvernement malien de transition a dit avoir «appris avec indignation la profanation d'un mausolée perpétré par des individus sans foi ni loi».

Le gouvernement a condamné «avec la dernière énergie cet acte inqualifiable qui foule au pied les préceptes de l'islam, religion de tolérance, et le respect de la dignité humaine», selon le communiqué. «J'ai vu la tombe profanée. C'est très grave», a déclaré à l'AFP un journaliste local sur place.

Selon une source hospitalière à Tombouctou, quatre islamistes auteurs présumés de la profanation sont «mystérieusement morts» à l'hôpital où ils avaient été admis après être tombés malades.

(afp)