Pakistan

02 mars 2011 08:18; Act: 02.03.2011 13:20 Print

Assassinat d'un ministre chrétien

Des inconnus ont ouvert le feu et tué mercredi le ministre pakistanais des minorités religieuses, le chrétien Shahbaz Bhatti, à Islamabad.

storybild

Le chrétien Shahbaz Bhatti a été abattu par balles jeudi matin à Islamabad. (Photo: Reuters)

Une faute?

Le ministre pakistanais des minorités religieuses, seul chrétien membre du gouvernement, a été abattu mercredi à Islamabad. Cet assassinat, revendiqué par les talibans, est un nouveau signe de la détermination des islamistes radicaux à défendre la loi sur le blasphème.

Trois ou quatre hommes à bord d'une voiture ont tiré en plein jour sur le véhicule de Shahbaz Bhatti dans un quartier chic de la capitale, alors qu'il sortait de sa résidence, a indiqué le chef de la police d'Islamabad, Wajid Durrani. Les assaillants ont réussi à prendre la fuite.

Shahbaz Bhatti n'avait pas de protection rapprochée au moment de l'attentat, ses deux gardes du corps étant restés à son domicile, a précisé M. Durrani. «Il n'avait que son chauffeur avec lui».

«Un blasphémateur»

Ce meurtre survient en pleine controverse dans ce pays musulman sur des velléités d'amendement d'une loi prévoyant la peine de mort en cas de blasphème et l'assassinat début janvier du gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, qui avait pris la défense d'une chrétienne condamnée à la peine capitale pour avoir «insulté» le prophète Mahomet.

Un porte-parole des taliban, Sajjad Mohmand, a revendiqué l'assassinat du ministre. «C'était un blasphémateur, tout comme Salman Taseer», a-t-il déclaré par téléphone. Des tracts islamistes ont été trouvés près du lieu de l'attentat.

Le porte-parole du Vatican Federico Lombardi a dénoncé un «acte de violence inqualifiable». Cet assassinat «démontre combien sont justifiées les interventions insistantes du pape à propos de la violence contre les chrétiens et contre la liberté religieuse en général», a-t-il déclaré à la presse.

Menaces

Shahbaz Bhatti, qui était l'un des défenseurs d'un amendement de la loi contre le blasphème et multipliait les déclarations sur les violences et intimidations dont est victime notamment la minorité chrétienne, se disait régulièrement menacé.

Le mois dernier, dans une interview au journal «Christian Post», il avait ainsi révélé avoir reçu des menaces d'un chef taliban. «Mais je ne crois pas que des gardes du corps puissent me sauver, après ce qui est arrivé à Salman Taseer. Je crois en la protection du Ciel», avait-il dit.

Nombreux assassinats

La loi contre le blasphème suscite la polémique au Pakistan depuis novembre dernier, lorsqu'un tribunal a condamné à mort une mère de famille chrétienne pour avoir blasphémé en 2009 contre Mahomet, une accusation portée par des femmes musulmanes du même village à l'issue d'une querelle.

La justice pakistanaise a interdit au chef de l'Etat de la gracier et un imam de Peshawar proche des taliban a offert une récompense à quiconque tuerait cette chrétienne de 45 ans nommée Asia Bibi.

Plusieurs imams et des dirigeants de mouvements fondamentalistes répètent publiquement à l'envi ces derniers temps que l'islam récompense les meurtriers d'apostats ou ceux qui les défendent.

La peine de mort n'a jamais été appliquée pour un blasphème depuis que la loi l'a prévue dans les années 80. Mais plusieurs personnes - chrétiens, musulmans et hindous - qui avaient été condamnés pour avoir profané l'islam et le Coran ont été tuées, en prison par des policiers ou des gardiens, ou dans la rue une fois relâchées.

Ce nouvel attentat devrait dissuader les responsables publics de changer la loi. Fazl-ur-Rehman, chef du mouvement islamiste Jamiat-e- Ulema-e-Islam, qui a quitté en décembre la coalition au pouvoir, a déjà affirmé qu'il n'accepterait aucun amendement.

Signe de l'influence de l'extrémisme religieux au sein de la société pakistanaise, le meurtrier du gouverneur du Pendjab a été célébré en héros par de nombreux Pakistanais.

(afp)