Nigeria

28 décembre 2011 15:58; Act: 28.12.2011 22:24 Print

Attaque d'une école coranique

Sept personnes ont été blessées dans l'attaque d'une école coranique du Nigeria au lendemain des attentats revendiqués par des islamistes et visant des églises le jour de Noël.

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De jeunes enfants qui étudient l'arabe et le Coran ont été blessés en classe par l'explosion d'une bombe artisanale jetée contre un petit établissement du delta du Niger, dans le Sud, a indiqué mercredi la police.

Quelque 90'000 personnes ont par ailleurs fui des violences dans le Nord-Est tandis que les autorités tentent de calmer les tensions et rassurer la population.

«Un explosif de faible puissance, fabriqué localement, a été jeté dans une école coranique de Sapele mardi à 22H00» (idem en Suisse), a déclaré un porte-parole de la police, Charles Mouka. Six enfants âgés de 5 à 8 ans et un adulte ont été blessés et hospitalisés.

Depuis une voiture en marche

L'explosif a été jeté depuis une voiture en marche qui n'a pas été identifiée et personne n'a été arrêté, selon la même source.

Cette attaque survient après une vague d'attentats meurtriers dimanche, jour de Noël, visant notamment des églises à la sortie de la messe de la nativité.

Au moins 40 personnes ont été tuées dans ces explosions qui ont secoué plusieurs villes du nord et du centre, la plus meurtrière, devant une église catholique de Madalla, près de la capitale Abuja, faisant 35 morts.

Dans un hôpital d'Abuja, des survivants de Madalla attendaient de recevoir des soins, certains grièvement brûlés.

Esther Ibu, la trentaine, assise dans un fauteuil roulant, a été propulsée à terre par l'explosion. «En un instant, j'ai commencé à voir des cadavres, des gens réduits en cendres», dit-elle en pleurant.

Les attentats ont été attribués par les autorités à la secte islamiste Boko Haram, un mouvement violent qui prône la création d'un Etat islamique au Nigeria, et le groupe a lui-même revendiqué ces attaques.

Crainte de représailles

Le fait que des églises aient été prises pour cible le jour de Noël fait craindre des représailles et des violences entre musulmans et chrétiens.

L'attaque contre l'école coranique n'a pas été revendiquée. Si les violences dans la région du delta sont fréquentes, elle ont généralement visé le secteur pétrolier et n'ont jusqu'à présent pas eu de caractère religieux.

Pays le plus peuplé d'Afrique avec 160 millions d'habitants, le Nigeria compte environ autant de musulmans, majoritaires dans le nord, que de chrétiens, plus nombreux dans le sud.

Mardi, le président Goodluck Jonathan s'est entretenu avec le plus haut responsable musulman du pays qui a tenté de rassurer la population.

«Je veux assurer tous les Nigérians qu'il n'y a aucun conflit entre les musulmans et les chrétiens, entre l'islam et la chrétienté», a déclaré le sultan de Sokoto, Muhammad Sa'ad Abubakar.


Intervention demandée


Le conseiller national pour la sécurité, Owoye Azazi, a de son côté appelé les chrétiens à ne pas se venger.

Des dignitaires chrétiens ont pressé les autorités d'intervenir pour prévenir une escalade des violences commises par Boko Haram. Le gouvernement s'est jusqu'à présent montré incapable d'empêcher la secte de multiplier des actions de plus en plus fréquentes et meurtrières.

Dans le nord, un responsable chrétien a mis en garde contre une «guerre de religion» et appelé ses fidèles à ne pas commettre de représailles.

Les violences ont fait quelque 90'000 déplacés à Damaturu, dans le nord-est, a indiqué mercredi l'agence nationale des services de secours. Il s'agit en majorité de musulmans, mais également de chrétiens.

La ville d'un peu plus d'un million d'habitants a été secouée par deux explosions le jour de Noël, dont un attentat suicide tuant trois agents des services de renseignement de la police.

La semaine dernière, Damaturu avait été le théâtre de violents affrontements entre des combattants de Boko Haram qui avaient lancé des attaques et les forces de sécurité. Ces violences auraient fait jusqu'à 100 morts.

Les églises évangéliques menacent de s'auto-défendre

Les dirigeants des églises pentecôtistes du Nigeria ont averti mercredi que leurs fidèles se défendraient eux-mêmes si les autorités ne les protégeaient pas contre des violences comme les attentats de Noël contre des églises, revendiqués par des islamistes.

Ces violences font craindre une escalade des violences interconfessionnelles dans un pays de 160 millions d'habitants dont à peu près autant de musulmans que de chrétiens.

«En 2012, si ces attaques continuent et que les chrétiens ne sont toujours pas protégés par les agences de sécurité, alors nous n'aurons pas d'autre choix que de défendre nos vies et nos biens», a averti une coalition d'églises pentecôtistes dans un communiqué conjoint.

Ce groupement, le Pentecostal Fellowship of Nigeria, affirme compter des millions de membres dans le pays le plus peuplé d'Afrique.

Interrogé par l'AFP, l'un des responsables du rassemblement a expliqué qu'il n'encourageait pas le recours à la violence.

«Nous n'encourageons pas à prendre les armes. Mais nous demandons à nos fidèles de se défendre avec ce qu'ils ont à leur disposition, dans les limites de la loi», a expliqué le secrétaire national de la coalition, Wale Adefarasin.

«Ces destructions aveugles de vies et de biens par ce groupe terroriste sont sans fin», ont estimé les églises pentecôtises dans le communiqué, en référence à la secte Boko Haram qui a elle-même revendiqué les attentats de Noël, ainsi que de nombreuses autres attaques, pour la plupart dans le nord-est.

(afp)