Birmanie

08 mai 2012 12:42; Act: 08.05.2012 17:34 Print

Aung San Suu Kyi peut voyager

Aung San Suu Kyi a fait un pas de plus vers la normalisation totale de son statut. Députée au parlement, elle a obtenu un passeport qui lui permettra de voyager et surtout d'aller recevoir son prix Nobel de la paix, avec plus de vingt ans de retard.

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Aung San Suu Kyi peut voyager à l'étranger pour la première fois depuis 1988. (Photo: AFP)

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La Ligue nationale pour la démocratie (LND) a été informée vendredi dernier que l'icône de la démocratie avait obtenu le précieux document. Ce passeport ouvre une ère nouvelle pour ses activités politiques internationales et sa vie personnelle.

«C'est son premier passeport depuis 20 ans, j'ai l'impression que tout est redevenu normal désormais», a expliqué Nyan Win, porte- parole de la LND. Et de préciser que ce voyage inaugural et historique aurait lieu mi-juin «comme prévu».

Mme Suu Kyi a été réintégrée l'an passé dans le jeu politique légal par le président Thein Sein, après 15 années de privation de liberté. Elle prévoit de se rendre en Norvège pour y réceptionner le prix Nobel reçu en 1991, en son nom, par son époux Michael Aris, en présence de leurs deux enfants.

Elle doit aussi se rendre en Grande-Bretagne où elle avait fait ses études et rencontré son futur mari. Celui-ci est décédé d'un cancer en 1999 sans qu'elle ait pu le revoir depuis Noël 1995.

Aucune restriction

Revenue en Birmanie en 1988 au chevet de sa mère malade, Aung San Suu Kyi est entrée cette année-là en politique à la faveur d'un soulèvement populaire réprimé dans le sang. Elle a par la suite toujours refusé de repartir, de crainte de donner aux militaires une occasion en or pour la maintenir en exil.

Mais le contexte s'est radicalement transformé. La junte au pouvoir s'est autodissoute en mars 2011. Elle a transmis ses pouvoirs à un gouvernement civil d'anciens militaires qui a multiplié les réformes politiques.

La «Dame» de Rangoun a même triomphalement remporté son premier siège de députée aux élections partielles du 1er avril, qui ont fait de la LND la première force d'opposition du Parlement. Elle y a prêté serment la semaine dernière.

Un responsable gouvernemental a confirmé mardi qu'aucune forme de restriction ne pesait désormais sur elle. «Elle peut se rendre librement à l'étranger», a-t-il assuré sous couvert de l'anonymat.

Confiance toute nouvelle

Mme Suu Kyi, 66 ans, devrait donc sans doute être bientôt assaillie de propositions. Car son combat contre la junte birmane, son charisme et la volonté dont elle a su faire preuve, sans jamais renoncer à la non-violence, ont fait d'elle un des dissidents les plus connus de la planète.

Les plus hauts responsables étrangers se sont succédé à son domicile de Rangoun ces derniers mois. Parmi eux, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton en décembre et le patron de l'ONU Ban Ki-moon tout récemment.

Les analystes estiment que l'annonce de ce voyage le mois dernier témoigne d'une confiance toute nouvelle de l'opposante dans le régime actuel. Elle l'utilisera pour expliquer dans les capitales sa stratégie vis-à-vis des sanctions internationales qui pèsent contre le régime de Naypyidaw.

Levée progressive des sanctions

Suu Kyi souhaite leur levée progressive, afin de conserver un moyen de pression sur ceux qui, au sein du régime et notamment de l'armée, seraient tentés par une remise en cause des réformes.

L'Union européenne a suspendu pour un an toutes ses sanctions politiques et économiques, à l'exception de l'embargo sur les armes. Mais les Etats-Unis ont pour l'heure conservé leurs sanctions clés,même s'ils ont allégé certaines restrictions aux investissements et promis la nomination rapide d'un ambassadeur.

(ats/ap)