Génocides

23 décembre 2011 09:21; Act: 23.12.2011 09:33 Print

Berne évite de fâcher Ankara

La Suisse n'aura pas de nouvelle crise diplomatique avec la Turquie comme la France. Le National a rejeté vendredi plusieurs pétitions demandant la reconnaissance de génocides.

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Le premier texte, écarté par 115 voix contre 69, demandait au Parlement d'adopter une résolution visant à reconnaître le génocide de 1915 perpétré contre les populations assyro-chaldéo-syriaques, arméniennes et grecques ponitiques de l'empire Ottoman. Dans la foulée, la Suisse aurait dû demander à l'ONU et à la Turquie d'en faire de même.

Le parlement mal à l'aise

Le soutien de la gauche et plusieurs représentants bourgeois n'a pas suffi. Plusieurs études ont qualifié de génocide ces massacres, avaient-ils fait valoir en commission. Rien n'empêche donc le Parlement de les reconnaître comme tels et de soutenir ceux qui souhaitent voir Ankara faire face à son passé.

La majorité a jugé délicat pour un parlement d'utiliser le mot de génocide. Tout en déplorant les souffrances des populations concernées, elle a estimé que les instruments parlementaires ne sont pas les plus adéquats pour répondre aux requêtes des pétitionnaires.

Tentatives multiples

Le National a déjà reconnu en 2003 le génocide arménien de 1915 contre l'avis du Conseil fédéral. La décision était tombée par 107 voix contre 67 et 11 abstentions. Contrairement à une première tentative qui avait échoué en 2001, le postulat adopté ne demandait pas une telle reconnaissance de la part du Conseil fédéral, mais que celui-ci en prenne acte et transmette la position du National par les voies diplomatiques usuelles.

La France est allée plus loin jeudi. L'Assemblée nationale a adopté une loi qui pénalise la négation du génocide arménien. Furieuse, Ankara a rappelé son ambassadeur de Paris, suspendu les visites bilatérales et annulé des exercices militaires conjoints.

Le massacre des kurdes en 1988 aussi concerné

Une autre pétition en faveur de la reconnaissance du massacre pérpétré à Dersim en 1937-38 comme génocide a été écartée tacitement. Le National a en revanche dû voter sur une tragédie irakienne. Là encore, il a rejeté par 106 voix contre 51 une pétition qui visait à reconnaître le massacre de Kurdes en 1988 à Halabaja en tant que génocide.

Ce statut a déjà été reconnu et les auteurs du massacre ont été condamnés par le Tribunal spécial irakien. Il n'y a donc plus besoin d'intervenir, a estimé la majorité. Au contraire, rien n'empêche désormais le Parlement de reconnaître ce génocide, a critiqué la gauche.

(ats)