Affaire Grégory

22 janvier 2019 16:57; Act: 22.01.2019 17:01 Print

Bolle bientôt fixée sur la légalité de sa garde à vue

La Cour de cassation se prononcera le 19 février sur la garde à vue de 1984, au cours de laquelle Murielle Bolle avait accusé son beau-frère d'avoir enlevé le petit Grégory avant de se rétracter.

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La Cour de cassation a reconnu mardi que la garde à vue de Murielle Bolle en 1984 dans le cadre de l'affaire Grégory a été effectuée en application de dispositions «inconstitutionnelles». La cour d'appel de Paris de réexaminer la question de son annulation. Ici sur la photo, Murielle Bolle arrive au au palais de Justice de Dijon en 1996. Le procureur général de Dijon, Jean-Jacques Bosc, a demandé l'ouverture d'une enquête préliminaire après reçu une lettre anonyme. (Lundi 26 février 2018) Murielle Bolle, témoin clé, a été inculpée jeudi pour «enlèvement», a annoncé son avocat Jean-Paul Teissonnière (ici à l'image). (Jeudi 29 juin 2017) Nouveau rebondissement dans l'affaire Gregory. Les enquêteurs français ont interpellé mercredi Murielle Bolle, témoin-clé qui avait déclaré en 1984 avoir assisté à l'enlèvement de l'enfant. Celle-ci s'était rétractée par la suite. (28 juin 2017) Jean-Marie Villemin, son épouse Christine et un portrait de leur fils, en novembre 1984. Il a été reçu à Dijon par le magistrat chargé de l'enquête «pour aborder avec lui le dossier». (Jeudi 15 juin 2017) Rebondissement dans l'Affaire Grégory. Selon plusieurs médias, trois personnes ont été placées en garde à vue. Et cela plus de 32 ans après l'assassinat de Grégory Villemin, alors âgé de 4 ans. (Mercredi 14 juin 2017) Grégory Villemin a été retrouvé pieds et poings liés dans les eaux froides de la rivière la Vologne le 16 octobre 1984. (photo non datée) L'affaire avait été relancée en 1999, puis en 2008, pour tenter de confondre d'hypothétiques traces d'ADN sur les scellés. Certains mélanges génétiques ont pu être isolés (Ici, les avocats des parents de Grégory, en octobre 2009). Les analyses n'ont rien donné. Christine et Jean-Marie Villemin, les parents du petit garçon, suivent son cercueil lors de ses obsèques le 20 octobre 1984 à Lépanges-sur-Vologne. (20 octobre 1984) Christine Villemin, la mère du petit Grégory est inculpée d'assassinat sur son propre fils. Elle est entendue au tribunal d'Epinal. (12 juillet 1985). Elle sera totalement innocentée en 1993 au terme d'un non-lieu retentissant pour 'absence totale de charges', formule inédite aux accents d'excuse et d'aveu d'erreur judiciaire. Des journalistes sont présents lors de la reconstitution de l'assassinat de Bernard Laroche par Jean-Marie Villemin, père de Grégory. (20 juin 1985) Jean-Marie Villemin est arrêté pour le meurtre de son cousin Bernard Laroche, le 29 mars 1985. Mais en juillet 1985, le juge opère un spectaculaire revirement: il porte ses soupçons vers Christine Villemin, la propre mère de l'enfant, aussitôt décrite dans certains médias comme une 'ogresse perverse' ou une 'sorcière démoniaque'. Bernard Laroche, un cousin du père de Grégory, dont il jalouse la réussite, est d'abord soupçonné: inculpé d'assassinat, un temps incarcéré, il est cependant remis en liberté le 4 février 1985 (ici le jour de sa libération). Convaincu de sa culpabilité, Jean-Marie Villemin l'abat d'un coup de fusil de chasse. Il sera condamné pour ce meurtre à 4 ans de prison en 1993. La lettre d'un 'corbeau' anonyme revendiquant le meurtre en invoquant une 'vengeance', apparemment postée à l'heure où le corps n'avait pas encore été retrouvé, donne d'emblée à cet horrible fait-divers une dimension mystérieuse. Ici, les parents de Grégory vont reconnaitre le corps de leur fils. (18 octobre 1984) Les investigations des gendarmes sont suivies pas à pas, certains journalistes n'hésitant pas à se faire passer pour eux auprès des proches de la famille ou à payer des témoins, des photographes se livrant à des mises en scène morbides sur la tombe de l'enfant. Ici, les parents de Grégory quittent le Palais de Justice d'Epinal. (27 octobre 1984) De nombreux journalistes assistent à la reconstitution de l'assassinat de Grégory. (30 octobre 1984)

Une faute?

Les avocats de Mme Bolle, aujourd'hui âgée de 49 ans, ont demandé mardi aux hauts magistrats d'annuler cette garde à vue qui s'était déroulée alors qu'elle avait quinze ans, dans des conditions jugées récemment non conformes à la Constitution par le Conseil constitutionnel.

Le 16 novembre, les «Sages» ont en effet censuré plusieurs dispositions de l'ordonnance de 1945 sur «l'enfance délinquante», qui régissait alors le traitement judiciaire des mineurs, telle que rédigée à l'époque. La loi ne prévoyait ni présence d'un avocat, ni notification du droit de se taire.

En conséquence, la justice devrait logiquement rayer du dossier toute mention de ces procès-verbaux cruciaux dans cette affaire vieille de 34 ans, l'une des plus célèbres énigmes criminelles françaises. Cela affaiblirait encore un dossier déjà miné par d'innombrables errements, sans toutefois mettre un terme à l'enquête.

Volte-face

Placée en garde à vue début novembre 1984, quelques jours après la mort de Grégory Villemin, quatre ans, retrouvé dans une rivière des Vosges le 16 octobre 1984, Murielle Bolle avait accusé son beau-frère, Bernard Laroche, d'avoir enlevé Grégory en sa présence.

Elle avait ensuite répété ses propos devant le juge d'instruction, avant de se rétracter en dénonçant la pression des gendarmes. Aujourd'hui encore, cette volte-face reste au coeur de l'enquête.

L'affaire Grégory a connu un rebondissement spectaculaire en juin 2017 avec les mises en examen de Mme Bolle et du couple Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, pour le rapt mortel de l'enfant. Annulées ensuite pour des questions de procédure, ces mises en examen pourraient être de nouveau ordonnées, une fois les recours de Mme Bolle purgés.

L'accusation privilégie désormais la thèse d'un «acte collectif» avec Bernard Laroche. Ce dernier a été abattu par Jean-Marie Villemin, le père de Grégory, en 1985.

L'avocat de Murielle Bolle, qui clame son innocence et celle de Bernard Laroche, a aussi demandé à la Cour de cassation de reconnaître «la partialité avérée» du juge Simon, qui a enquêté entre 1987 et 1990. Une «partialité» contre les Bolle qui «suinte», selon l'avocat, des «carnets» intimes du juge versés au dossier après sa mort.

(nxp/afp)