Amérique latine

23 août 2019 18:27; Act: 24.08.2019 02:48 Print

Feux: Bolsonaro envoie l'armée en Amazonie

Alors que les condamnations internationales pleuvent, le président brésilien a décidé d'envoyer l'armée pour lutter contre les incendies qui ravagent l'Amazonie.

Une faute?

Le président brésilien Jair Bolsonaro a autorisé vendredi la mobilisation de l'armée en Amazonie pour lutter contre les incendies, en réponse à la pression internationale croissante contre le Brésil.

La mesure, prise par décret par le président d'extrême droite, autorise à partir de samedi et pour une durée d'un mois les gouverneurs des Etats concernés à recourir à l'armée pour «l'identification et la lutte contre les foyers d'incendies», ainsi que pour «des actions préventives et répressives contre les délits environnementaux».

Dans la foulée, Donald Trump a proposé au président brésilien l'aide des Etats-Unis. «Je viens de parler au président Jair Bolsonaro. Je lui ai dit que si les Etats-Unis pouvaient aider concernant les incendies en Amazonie, nous étions prêts à le faire!», a tweeté le président américain.

«Fomenter la haine contre le Brésil»

De l'autre côté de l'Atlantique, l'Amazonie est devenue «une priorité» à la veille du G7 de Biarritz, dans le sud-ouest de la France, où le président Emmanuel Macron a accusé Jair Bolsonaro d'avoir «menti» sur ses engagements climatiques et a décidé de s'opposer à l'accord de libre-échange UE-Mercosur.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a estimé que les incendies constituaient une «crise internationale», avant le sommet de samedi et dimanche dont devraient sortir des «initiatives concrètes».

Le président brésilien a répliqué en accusant sur Twitter son homologue français de vouloir «fomenter la haine contre le Brésil par simple vanité». Peu avant, il tweetait: «Le feu le plus ardent est celui de notre souveraineté sur l'Amazonie».

«Les incendies de forêt existent dans le monde entier et cela ne peut pas servir de prétexte pour d'éventuelles sanctions internationales», a déclaré le chef de l'Etat brésilien dans une brève allocution à la télévision.

Nuage de fumées

La ville de Porto Velho, dans l'Etat amazonien de Rondonia (nord-ouest), était recouverte vendredi d'un fin nuage rougeâtre de fumées, a constaté un journaliste de l'AFP-TV. «Cette situation n'est pas normale, c'est à cause des feux de forêt», a commenté le réceptionniste d'un hôtel.

A une soixantaine de kilomètres de Porto Velho, d'épais rideaux de fumée grise étaient visibles au-dessus de la végétation tropicale où des flammes dévoraient des arbres. Le spectacle était impressionnant, avec des vents forts attisant la fournaise. Le gouverneur de l'Acre, un Etat voisin lui aussi très touché, a décrété une situation d'urgence.

Dans le «poumon de la planète», quelque 700 nouveaux feux ont été enregistrés en 24 heures jeudi, selon les chiffres communiqués vendredi par l'Institut national de recherche spatiale (INPE). L'INPE, dont le patron a été limogé début août après avoir publié des données sur la déforestation jugées mensongères par Jair Bolsonaro, a indiqué que 76'720 feux de forêt avaient été enregistrés dans le pays de janvier jusqu'au 22 août -- soit 85% de plus que sur la même période de l'an dernier. Plus de 52% concernent l'Amazonie.

«Psychose environnementale»

Dans un entretien à l'AFP vendredi soir, le chef indigène Raoni a demandé l'aide de la communauté internationale pour «faire partir le plus vite possible» le président brésilien qu'il juge responsable des graves incendies en Amazonie.

Des manifestations en défense de l'Amazonie ont rassemblé au même moment quelques milliers de personnes à Sao Paulo et Rio de Janeiro, d'autres ont eu lieu devant les ambassades et consulats du Brésil dans le monde, à l'appel de nombreuses ONG. Parmi celles-ci le mouvement de la jeune Suédoise Greta Thunberg, Fridays for Future.

A Brasilia, Jair Bolsonaro, après avoir évoqué une «psychose environnementale», a tenu tard jeudi une réunion de crise avec une demi-douzaine de ministres, visiblement en réaction aux pressions internationales croissantes pour sauver l'Amazonie, dont 60% se trouvent en territoire brésilien.

«Poumon de la planète»

Les feux de forêt, essentiellement dus à la déforestation, aggravée par la saison sèche qui se poursuivra en septembre, ont pris une dimension internationale jeudi: l'ONU et Emmanuel Macron ont interpellé vivement Jair Bolsonaro tandis que se multipliaient sur les réseaux sociaux les appels de la planète politique, sportive ou hollywoodienne en faveur du «poumon de la planète».

«La suggestion du président français selon laquelle les affaires amazoniennes seraient discutées au (sommet du) G7 sans la participation de la région évoque une mentalité colonialiste dépassée au XXIe siècle», a rétorqué Jair Bolsonaro à Emmanuel Macron.

Les alliés du président se déchaînaient sur Twitter, tel son fils Eduardo, député et possible prochain ambassadeur du Brésil aux Etats-Unis, qui retweetait une vidéo de violentes manifestations de gilets jaunes en France avec le texte: «Macron est un idiot». L'ex-chef de l'Armée de Terre, le général Villas Boâs, a vu dans les propos d'Emmanuel Macron des menaces «d'un recours aux forces armées».

«Risque aggravé de sanctions»

Le puissant secteur de l'agro-négoce, gros exportateur au Brésil et jusqu'ici soutien politique actif de Jair Bolsonaro, commençait toutefois à s'inquiéter sérieusement des répercussions économiques de la montée de tensions avec les partenaires commerciaux de la première puissance économique d'Amérique latine.

Pour l'analyste Thomaz Favaro, Jair Bolsonaro a «aggravé le risque de sanctions et de représailles, y compris contre l'accord UE-Mercosur».

Avec la France, l'Irlande a aussi menacé de bloquer l'accord si le Brésil ne réagissait pas en Amazonie.

Le président d'extrême droite, un climato-sceptique assumé, a déclaré cette semaine avoir des «soupçons» sur une responsabilité des ONG dans les incendies en Amazonie. Il a provoqué l'ire de 118 ONG qui l'ont accusé d'«irresponsabilité». En début de semaine, il avait également accusé les gouverneurs des Etats amazoniens «de ne pas avoir levé le petit doigt» contre les incendies, et même de «connivence».

(nxp/ats)

Les commentaires les plus populaires

  • Non le 23.08.2019 19:07 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Non

    Le président brésilien parle du président français et de colonialisme de la part des français et lui avec les indien d Amazonie c est quoi ??? Il faut le mettre en prison ce mec

  • trotro le 23.08.2019 19:20 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ce type est à neutraliser

    ... comme on dit de manière politiquement correcte. Et vite. Avant qu'il ne mette son pays à feu et à sang, en plus de le laisser brûler en accusant les autres.

  • G7 le 23.08.2019 19:21 Report dénoncer ce commentaire

    Agir au lieu de parler

    Mais oui rendez-vous dans 10 ans pour pleurer ce qu'on a perdu pendant qu'on y est.

Les derniers commentaires

  • balain le 26.08.2019 12:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Boycotte

    La seule chose à faire, c'est que les Européens arrêtent d'acheter du boeuf, du soja et du maïs brésilien, ça enrichi de toute manière que quelques grosses fortunes brésiliennes et ça appauvri nos producteurs locaux, expliquons à notre grande distribution de trouver des alternatives à la viande dans leurs étales car en manger tous les jours est pas bon pour la santé ni pour la planète.

  • S. Allende le 24.08.2019 15:25 Report dénoncer ce commentaire

    Triste monde

    Bolsonaro est aussi dangereux que Trump, il est le responsable de ces feux en Amazonie, pour contenter les agriculteurs et les industriels, il permet la déforestation, il n'a rien à faire des indiens qui habitent depuis des générations, et eux sont respectueux de la pachamama.

  • Absurde le 24.08.2019 12:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Absurde

    Pourquoi avoir attendu 3 semaines pour déployer l'armée ? Nous savons tous que le Brésil a les moyens pour arrêter l'incendie depuis le début !

    • Pompier le 24.08.2019 12:29 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Absurde

      le Bolsocaro voulait laisser du temps à ses copains pour jouer avec les nouveaux briquets.

  • Tenebras le 24.08.2019 11:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Danger

    Quand l'extrême droite est au pouvoir... ça donne Trump, Bolsonaro, Orban. Que des décisions irresponsables.

    • Escuridao le 24.08.2019 12:30 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Tenebras

      Salvinis

  • Piloux le 24.08.2019 11:40 Report dénoncer ce commentaire

    La voie est libre ...

    La Suisse a signé, si on peut dire cela, ce sont nos "dirigeants" un accord de libre échange avec ces pays ne respectant ni sa population ni son environnement. Le commerce prime sur la santé et le respect.