Royaume-Uni

27 mai 2019 11:33; Act: 27.05.2019 11:33 Print

Ces étudiants qui boivent et se droguent pour tenir

Selon une étude effectuée au Royaume-Uni, près de la moitié des jeunes inscrits dans une université disent souffrir face aux difficultés de la vie d'étudiant.

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L'Université de Bristol a été secouée par une vague de suicides depuis 2016. (Photo: AFP/Geoff Caddick)

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Quand il était étudiant en commerce d'une grande université de Londres en 2013, Greg sortait «au moins cinq fois par semaine» pour «fumer du cannabis ou boire». Sa routine pour parvenir à s'endormir et oublier, quelques heures, son mal-être à l'université. «J'étais super déprimé», confie à l'AFP le jeune homme de 26 ans, qui en avait alors 20.

Il n'est pas le seul à avoir connu une telle situation: près de la moitié des 37'500 jeunes interrogés au Royaume-Uni par le réseau de psychiatres «The Insight Network» ont indiqué consommer des drogues ou de l'alcool pour «faire face aux difficultés» de leur vie d'étudiant.

Et un sur cinq ont déclaré souffrir de troubles mentaux, dépression et troubles anxieux le plus souvent, selon cette enquête réalisée dans 140 universités et parue en mars. Être en proie à des troubles anxieux «ne signifie pas être un peu stressé pour des examens», précise Dominique Thompson, qui a exercé vingt ans comme médecin généraliste auprès d'étudiants, mais «ne pas pouvoir lire, aller en cours, sortir de sa chambre», tandis que souffrir de dépression peut mener à «des pensées suicidaires».

Selon une étude de l'agence officielle de statistiques sur l'enseignement supérieur (HESA) portant sur 2,3 millions d'étudiants au Royaume-Uni, la part de ceux signalant des troubles mentaux a «significativement augmenté en dix ans», passant de 0,4% en 2008 à 3,1% en 2018. Mais «nous ne savons pas dans quelle mesure cette augmentation est due à une plus grande prise de conscience concernant les problèmes de santé mentale, à la volonté des étudiants de les signaler, ou à une véritable augmentation», précise l'agence à l'AFP.

«Tout est devenu compétition»

Ces chiffres alarment en tout cas le gouvernement, qui a annoncé début mars la création d'un groupe de travail. Objectif: mieux accompagner les jeunes lors de leur première année, «cruciale» pour s'adapter à l'université. «Nos universités sont des leaders mondiaux dans tant de domaines et je veux qu'elles soient les meilleures en termes de moyens (alloués à) la santé mentale», a déclaré le secrétaire d'Etat à l'Education Damian Hinds.

L'association Universities UK, qui représente les universités du pays, a elle organisé une journée entière de conférences sur le sujet. Andrew Hill, directeur d'un groupe de recherches sur le bien-être à l'Université de York St John, pointe un perfectionnisme croissant chez des étudiants «aux attentes irréalistes» qui supportent mal l'échec. Ils craignent «de faire des erreurs», redoutent «que d'autres ne les détectent»: leur «autocritique sévère» peut les conduire à «s'isoler», explique-t-il à l'AFP.

«Ce n'est plus suffisant d'avoir un diplôme», abonde Dominique Thompson, pour qui la hausse des troubles mentaux chez les étudiants est un problème international.
Dans un monde où «tout est devenu compétition : cuisiner, coudre, peindre... les étudiants sont de service 24h/24» et leur activité sur les réseaux sociaux accroît encore la pression. «C'est très dur pour les étudiants de se détendre».

Calmer le jeu

Cette pression est accentuée par le poids de parents «surinvestis», qui organisent la vie de leurs enfants afin qu'ils «n'aient rien d'autre à faire que se concentrer sur leurs notes ou sur leur violon», ajoute-t-elle. Comment calmer le jeu? Dominique Thompson conseille aux universités d'organiser des activités «non compétitives», «pour le fun», et de montrer aux élèves «qu'échouer n'est pas un problème».

Andrew Hill recommande de prodiguer «une formation de base» pour que le personnel encadrant «puisse reconnaître les signes et symptômes de problèmes de santé mentale».
Greg se souvient d'avoir demandé de l'aide en 2013, sans succès. «Après m'avoir suggéré des livres, des numéros à appeler, ils m'ont proposé de discuter, pour revenir vers moi... huit semaines après. Ca m'a frustré, j'ai dit que j'avais changé d'avis».

- Prévention -

Depuis quelques années, des universités tentent de changer d'approche. «Avant, comme beaucoup d'universités, nous avions tendance à nous préoccuper (de la santé mentale) à partir du moment où les étudiants avaient besoin de soutien supplémentaire», explique à l'AFP Mark Ames, qui dirige les services étudiants à l'université de Bristol.

L'institution, bouleversée par le suicide d'au moins neuf élèves depuis 2016, a inauguré en septembre deux services plus «proactifs». La soixantaine d'employés a pour mission d'aider les étudiants à comprendre «l'importance de leur bien-être», en les poussant à dormir davantage, par exemple.

L'université est aussi en train de revoir son système de notation et la fréquence des examens, précise Mark Ames.
Mais elle a récemment fait les gros titres : des parents l'accusent de ne pas avoir su réagir aux appels à l'aide de leur fille de 20 ans, Natasha Abrahart, qui s'est pendue en avril 2018 avant un oral qui la «terrifiait».

Toutes deux épinglées dans la presse cet automne comme n'ayant pas de politique spécifique, l'université de Birmingham déclare aujourd'hui à l'AFP «travailler activement» à l'élaboration «d'un cadre stratégique unique», pour ne plus seulement faire du cas par cas, tandis que la London School of Economics (LSE) assure être «en train de finaliser» une charte.

Greg salue cette volonté de changement. Après cinq ans de «pause», le jeune homme a repris le chemin de l'université. Cette fois, il étudie la géologie. Mais c'est hors du campus qu'il a trouvé le soutien pour réapprivoiser le bonheur : il se rend deux fois par mois à des thérapies de groupe prodiguées par le service de santé public.
clw/oaa/ak

(afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Logique le 27.05.2019 12:31 Report dénoncer ce commentaire

    Perspective

    Quand les grand firm disent qu'ils te prennent pas si tu as échoué ou te le fait comprendre. Ou si tu n'as pas des notes excellentes, ou si tu n'as pas assez d'expériences. C'est pas une thérapie qui va aider les gens et qui va "calmer" le jeu, puisque c'est l'employeur qui donne le la.

  • Alain Bonnet le 27.05.2019 12:22 Report dénoncer ce commentaire

    Beuverie

    Ahhh, si les étudiants boivent, c'est pour tenir ?? Je pensais que c'était pour décompresser...

  • Alf le 27.05.2019 13:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et le monde pro?

    Il n y a pas que les etudiants qui se droguent pour survivre!!! Le monde professionel necessite aussi des substances ilicites pour oublier la journée affreuse passée au bureau et à évacuer le stress qui va avec

Les derniers commentaires

  • mat le 28.05.2019 08:05 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    travail

    Je pense que tout le monde oublie quelque chose dans les commentaires et je vais vous expliquer : Je suis en sciences criminelles, mes cours se compose en 40h par semaine + 20h de travail personnels (TP). 60h d'étude on peut se dire que sa passe sur une semaine. Mais ce que tout le monde oublie c'est que en suisse les aides pour les etudiants (comparer au prix de la vie) sont minimes. pour payer mon loyer pour un 1 pièce, la taxe militaire (inapte -> maladie), les impots, la nourriture, etc... il faut travailler minimum 25h a 30h par semaine dans des boulots souvent dure et mal payer (vue qu'on ne fait pas carriere). donc on se retrouve avec une semaine moyenne de 90h de travail. si on enleve les 6h de sommeils, il nous reste quoi ? Ha oui les 1h de trajets en transport en commun chaque jours pour ce detendre ya pas mieu. Avant de crier "Oui heuuu le monde du travail fait pas de cadeauuu heuuu", qui ici travail 90h par semaine dans un stress constant ? je pense pas grand monde car les personnes que je connais qui travail, c'est du 50-60h grand max et apres maison-famille. Donc arretez de faire les hypocrites en disant qu'on a la vie facile et que c'etait plus dure avant. (ps : les aides etait plus elever par apport au niveau de vie avant, heureusement les université compense avec leur budget, budget que l'état ((surtout udc)) coupe tout les 4 ans par apport au nombre d'eleve)

    • luxes et le 28.05.2019 18:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @mat

      BRAVO ...oui il faut beaucoup de courage ! et en était étudiant je travaillais samedis dimanches jours fériés et vacances... souvent dans la restauration ou plonge... en fin d'année avec les examens en plus c'est terrible... oui les parents n'ont pas assez pour aider mais trop pour ne pas toucher de bourse ... il faudrais trouver un juste milieu ... c'était dur !!! ... une bonne leçon de vie certes mais des fois aussi très risqué niveau santé et il m'est arrivé de passer un dernier examen malade... torticolis... fièvre... mais ça a marché heureusement

  • Alf le 27.05.2019 13:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et le monde pro?

    Il n y a pas que les etudiants qui se droguent pour survivre!!! Le monde professionel necessite aussi des substances ilicites pour oublier la journée affreuse passée au bureau et à évacuer le stress qui va avec

    • miaou le 27.05.2019 20:07 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Alf

      Oui mais là le sujet c'est les étudiants.

  • Stop Petards le 27.05.2019 13:42 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ex fumeur

    Sans vouloir minimiser le problème, je tiens à rappeler en tant qu'ancien fumeur de joints que la drogue n'est jamais la solution mais au contraire amplifie le problème ! Un joint va momentanément calmer le stress puis le manque va générer du stress jusqu'au prochain joint...etc.

    • polo le 27.05.2019 20:08 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Stop Petards

      N'importe quoi.

  • Fred le 27.05.2019 13:15 Report dénoncer ce commentaire

    Étudiants laissés à eux-mêmes

    Quand on connaît en Angleterre le nombre d'heures d'études par semaine, on est étonné de lire que les étudiants sont stressés. Ou alors ils sont laissés à eux-meme dans des travaux individuels avec un seul examen impitoyable a la fin et en fait ne sont pas préparés. Je me souviens de l'EPFL où il y avait des assistant, des tests réguliers, un suivi, et les examens qui n'etaient pas un couperet impitoyable. Tout un système à reconstruire.

  • Lilou le 27.05.2019 13:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Universitaire

    Pitié. J'ai fait l'université. Le rythme était vraiment dur, je n'ai pas profité de la vie pendant 3 ans. Mais je n'ai jamais dû me saouler ou fumer je ne sais quoi pour « tenir ». Je pense que les études ne sont qu'une excuse pour justifier leur comportement d'abrutis.