Philippines

20 mai 2019 06:48; Act: 20.05.2019 07:20 Print

Ces villages qui s'enfoncent peu à peu

Au nord des Philippines, des villages s'enfoncent inexorablement à cause entre autres du pompage abusif des nappes phréatiques.

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Certaines régions s'enfoncent dans le sol de quatre à six centimètres par an depuis 2003, selon des observations satellites. (Dimanche 19 mai 2019) (Photo: AFP)

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Quand Mary Anne San Jose a déménagé à Sitio Pariahan il y a plus de 20 ans, elle se rendait à l'église à pied. Mais aujourd'hui, il lui faudrait nager pour rejoindre l'édifice aux murs incrustés de coquillages.

La cause principale de cet état de fait n'est pourtant pas la montée des eaux consécutive au changement climatique qui menace des millions de personnes dans l'archipel et dans le monde entier. Le responsable, c'est l'enfoncement graduel dans les entrailles de la terre de cette localité côtière du nord des Philippines, comme d'autres dans la région. Les villages sont inondés par l'eau saumâtre de la Baie de Manille et des milliers de personnes sont déplacées.

Les experts parlent de lente catastrophe, provoquée essentiellement par le pompage abusif des nappes phréatiques - souvent par le biais de puits illégaux - afin d'alimenter des maisons, des usines, des fermes, dans un contexte de boom économique et démographique. L'ampleur du désastre est bien plus grande que celle représentée par la montée du niveau des océans, avec à la clef d'importants risques encourus par bon nombre des 13 millions d'habitants de la capitale philippine.

Les eaux montantes menacent la population et leurs biens, et la situation est aggravée par les marées hautes et les inondations qui vont de pair avec la vingtaine de tempêtes tropicales et de typhons s'abattant sur l'archipel chaque année. «C'était si beau ici avant. Les enfants jouaient dans la rue», raconte Mme San Jose à l'AFP. «Maintenant, on a toujours besoin d'un bateau».

La fuite, seul salut ?

La plupart des habitants de Sitio Pariahan ont déjà fui. Il ne reste plus que quelques familles dans ce village doté d'une école élémentaire, d'un terrain de basket et autrefois d'une chapelle, désormais inondée. Leurs maisons sont installées sur des pilotis en bambou ou sur un tas de terre qui subsiste.

Les enfants mettent 20 minutes en bateau pour se rendre à l'école, à l'intérieur des terres, et les habitants vivent pour la plupart de ce qu'ils pêchent. Des régions situées au nord de Manille comme les provinces de Pampanga et Bulacan, où se trouve Sitio Pariahan, s'enfoncent dans le sol de quatre à six centimètres par an depuis 2003, selon des observations satellites.

Soit une perte d'environ un mètre en 16 ans, relève Narod Eco, membre d'un groupe de chercheurs qui surveille la situation, auprès de l'AFP. A titre de comparaison, l'ONU estime que les niveaux moyens de la mer augmentent dans le monde d'environ trois millimètres par an.

Surélever les routes

Le phénomène d'enfoncement est probablement permanent car le sol des zones les plus affectées est souvent argileux et l'argile se contracte quand l'eau est extraite des nappes phréatiques. «C'est un désastre qui se produit déjà, inexorable», se lamente Narod Eco.

Dans certaines zones, les autorités, anticipant le pire, ont surélevé les routes. Ce qui donne lieu à d'étranges tableaux, avec des voies de circulation se retrouvant à hauteur des poignées de portes des immeubles qui bordent les rues.

Ces dernières décennies, au moins 5.000 personnes ont dû fuir ces régions essentiellement rurales du nord de Manille pour échapper aux eaux qui recouvraient l'intérieur des terres, expliquent à l'AFP des responsables de la gestion des catastrophes. De nombreux quartiers limitrophes de la Baie de Manille sont également menacés.

Le problème du pompage des nappes souterraines de cette région est bien connu. Un moratoire sur le forage de nouveaux puits dans la région du grand Manille est en place depuis 2004. Faire respecter cette interdiction et fermer les puits illégaux existants est toutefois une gageure, en raison du manque de moyens humains: le Conseil national des ressources en eau compte une centaine d'employés censés faire le gendarme dans tout l'archipel.

«Nous n'avons pas assez de ressources humaines», dit à l'AFP Sevillo David, le directeur de ce Conseil. «C'est pour nous un très gros défi et je crois qu'on fait de notre mieux».

«La tête qui touche le plafond»

La demande en eau s'est envolée à Manille depuis 1985 car la population y a pratiquement doublé. Dans le même temps, le PIB national a été multiplié par dix. Cette croissance explosive a provoqué une soif extrême, particulièrement dans les industries agricoles et manufacturières du nord de la capitale.

«L'enfoncement (des sols) représente une menace grave pour les gens, pour leur mode de vie et leur culture», prévient Joseph Estadilla, porte-parole d'une alliance qui cherche à protéger les localités côtières de la Baie de Manille. «La situation ne fera qu'empirer dans un avenir proche.»

Manille n'est pas unique dans son genre. Plusieurs autres grandes villes sont menacées par l'effondrement du sol, en particulier en Asie. Jakarta s'enfonce chaque année de 25 centimètres. Dans la capitale indonésienne, où vivent 10 millions d'habitants à la confluence de 13 cours d'eau, la moitié de la population n'a pas accès au réseau d'alimentation en eau si bien que de nombreux habitants creusent des puits illégaux.

Selon les experts, Bangkok, Houston ou Shanghai risquent l'inondation d'ici quelques dizaines d'années, conséquence d'une mauvaise anticipation des risques, de violentes tempêtes et de marées hautes qui s'ajoutent à l'exploitation de l'eau en sous-sol. A Sitio Pariahan, les irréductibles font tout pour rester. «Chaque année, on surélève le plancher», dit Mme San Jose. «Aujourd'hui, j'ai la tête qui touche presque le plafond».

(nxp/afp)

Les commentaires les plus populaires

  • Raoul le 20.05.2019 08:43 Report dénoncer ce commentaire

    Retour à la nature...

    C'est mère nature qui décide, il aurait fallu la respecter. Il va falloir changer de mode de vie sur l'ensemble de la planète.

  • crocus le 20.05.2019 08:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    générations futures... ?

    je voyais à l'actualité, les nombreuses maisons qui se fissures en France, en cause la sécheresse des sols... ça fait vraiment peur et ça ne fait que s'ajouter à une liste de plus en plus longue. Nous ne pourrons pas dire que nous n'avons rien vu venir...

  • Ouèsava le 20.05.2019 08:17 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Mécanique infernale

    Tout est dur. Les enfants jouaient dans la rue. Nous trouvons tous cela attendrissant. Mais les enfants, ça prend des ressources, ça fait d'autres enfants, qui prennent des ressources, qui font d'autres enfants, qui prennent des ressources,....

Les derniers commentaires

  • François le 20.05.2019 12:11 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    waterworld

    Waterworld arrive...

  • la profondeur le 20.05.2019 10:54 Report dénoncer ce commentaire

    de la philosophie philippine

    Ces terres plates, chaudes et humides, sous l'effet de la déforestation et des herbicides se comportent comme une tourbière et s'enfoncent dans le sol. Et dans ce contexte économique et démographique, la capitale philippine manque d'eau et subit des pannes d'électricité quasi quotidiennes. Le peuple philippin parle de "rice mess, food prices mess, water mess, budget mess, energy mess etc" (désordre énergétique, désordre dans l'importation du riz, dans les prix de nourriture, dans l'eau, dans le budget...)

  • Galabriel le 20.05.2019 09:59 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Arrête ou crève !

    Arrêtez de faire gosses ! 6 eme extinction, c'est pas un titre de film, c'est ce que tous les gens qui observent la nature nous disent. On va tous crever sous le soleil et C'EST ENTIÈREMENT NOTRE FAUTE A TOUS ! J'ai bien observé mes chats stérilisés, et ils polluent pas eux, ca viens de nous ! Plus d'avion, plus de loisirs, et plus de plastique ! Ca peux marcher...

    • greg le 20.05.2019 17:30 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Galabriel

      A moins que vos chats se nourrissent tout seuls ils polluent quand même car vous devez leur acheter de la nourriture , en boîte ou en sachet

  • Raoul le 20.05.2019 08:43 Report dénoncer ce commentaire

    Retour à la nature...

    C'est mère nature qui décide, il aurait fallu la respecter. Il va falloir changer de mode de vie sur l'ensemble de la planète.

  • Ouèsava le 20.05.2019 08:17 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Mécanique infernale

    Tout est dur. Les enfants jouaient dans la rue. Nous trouvons tous cela attendrissant. Mais les enfants, ça prend des ressources, ça fait d'autres enfants, qui prennent des ressources, qui font d'autres enfants, qui prennent des ressources,....