Allemagne

22 août 2019 01:37; Act: 22.08.2019 07:03 Print

Chemnitz: la justice rend son verdict

Le Syrien accusé d'avoir poignardé à mort un Allemand à Chemnitz doit connaître son sort jeudi.

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Un coiffeur syrien, qui clame son innocence, est accusé d'avoir tué Daniel Hillig, un Germano-Cubain de 35 ans, à coups de couteau le 26 août 2018. (Photo: AFP)

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La justice allemande rend jeudi son verdict dans le procès d'un Syrien accusé d'avoir poignardé à mort un Allemand à Chemnitz, un meurtre qui avait déclenché il y a un an des violences anti-étrangers et des manifestations en série de l'extrême droite.

Le jugement, prévu dans l'après-midi, intervient à quelques jours du premier anniversaire du début de ces graves échauffourées et à dix jours d'élections dans la région de Chemnitz, la Saxe, bastion du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui devrait y réaliser une percée.

Alaa S., 24 ans, comparaît depuis mars pour meurtre en réunion et blessure grave. Ce coiffeur syrien, qui clame son innocence, est accusé d'avoir tué Daniel Hillig, un Germano-Cubain de 35 ans, à coups de couteau le 26 août 2018 vers 3 heures du matin après une dispute dont l'origine n'a jamais pu être établie. Le Syrien a également gravement touché dans le dos un ami du défunt qui a dû être hospitalisé durant plusieurs jours, selon le parquet.

Irakien en fuite

Un Irakien de 22 ans, suspecté en fait d'être le principal auteur de l'agression, est en fuite depuis un an malgré un mandat d'arrêt international. Il aurait réussi à rentrer en Irak, selon des médias. Un autre Irakien, un temps soupçonné, a été relâché quelques semaines après les faits, faute de preuves.

Le parquet a requis dix ans d'emprisonnement contre Alaa S., arrivé en Allemagne en 2015, comme des centaines de milliers d'autres demandeurs d'asile lorsque Angela Merkel a refusé de fermer les frontières de son pays. Quelques heures après cet homicide, un millier de hooligans et de néo-nazis s'étaient rassemblés à Chemnitz, ville moyenne de l'ex-RDA communiste, une manifestation émaillée de violences xénophobes.

«Chasses collectives»

Des vidéos amateur tournées ce jour-là montrant des étrangers insultés et pris en chasse dans la rue ont alors provoqué une onde de choc en Allemagne et fait le tour du monde. La chancelière Angela Merkel a à l'époque dénoncé «la haine» et les «chasses collectives» contre des étrangers.

D'autres rassemblements à l'appel de l'extrême droite avaient suivi, là aussi marquées par des violences et des saluts hitlériens, et aussi par des échauffourées avec des contre-manifestants d'extrême gauche.

Pour le magazine Der Spiegel, les violences de Chemnitz ont marqué «une césure pour le pays» qui en dit long «sur la grande colère qui bouillonne» notamment dans ces régions orientales qui se voient comme le parent pauvre de l'Allemagne depuis la chute du Mur de Berlin il y a près de 30 ans.

Ces événements ont également provoqué à l'époque des turbulences dans la fragile coalition de la chancelière, tiraillée sur la question migratoire, et poussé le gouvernement à démettre de ses fonctions le patron du Renseignement intérieur, Hans-Georg Maassen, accusé de collusion avec l'extrême droite.

Verdict incertain

Depuis son ouverture, ce procès, déplacé pour raisons de sécurité à Dresde, a mis toutefois en évidence des lacunes dans le dossier d'accusation, qui rendent le verdict incertain. Les preuves contre le Syrien sont en effet ténues: aucune trace de son ADN n'a été retrouvée ni sur le couteau, ni sur la victime. Le principal témoin du meurtre, un employé libanais d'un snack de kebabs, a multiplié les versions contradictoires.

Ce verdict est d'autant plus attendu qu'il intervient dans un contexte politique chargé. Le 1er septembre, se tiennent des élections régionales non seulement en Saxe mais aussi dans la région voisine du Brandebourg.

L'AfD, qui siège depuis deux ans au Bundestag, pourrait y réaliser les meilleures performances de sa jeune histoire, porté par son discours anti-migrants et anti-musulmans ainsi que par le ras-le-bol d'un partie de la population qui s'estime abandonnée par les élites.

Les mouvements extrémistes restent particulièrement bien implantés en Saxe. C'est au même tribunal de Dresde qu'avaient été condamnés les néo-nazis du groupe «Freital» pour avoir attaqué des foyers de réfugiés en 2015.

(nxp/afp)