Justice française

04 mars 2011 13:23; Act: 04.03.2011 13:55 Print

Chirac jugé pour des emplois fictifs dès lundi

L'ancien président français Jacques Chirac sera jugé dès lundi pour une affaire d'emplois fictifs.

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Jacques Chirac est poursuivi pour une affaire d'emplois fictifs. (Photo: AFP)

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Le procès de l'ancien président Jacques Chirac s'ouvre lundi, pour un mois, pour deux affaires d'emplois présumés fictifs à la ville de Paris alors qu'il en était maire. Il s'agit d'une «première» dans l'Histoire de la République.

Maire de Paris de 1977 à 1995, président de la République de 1995 à 2007, Jacques Chirac comparaît pour «détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d'intérêt» après avoir échappé à la justice pendant ses deux mandats à l'Elysée en raison de l'immunité pénale dont jouit le chef de l'Etat. Neuf autres personnes, des proches, comparaîtront avec lui.

Jacques Chirac est soupçonné d'avoir permis de 1992 à 1995 que des personnes travaillant essentiellement pour son parti, le RPR (ancêtre de l'UMP, le parti de Nicolas Sarkozy), soient rémunérées par la mairie de Paris. Il a pour sa part toujours récusé l'existence d'un «système organisé».

Enjeu symbolique

L'ancien président, devenu la personnalité politique préférée des Français depuis son départ de l'Elysée, encourt en théorie dix ans de prison et 150'000 euros d'amende (195'000 francs), ainsi que cinq ans de radiation des listes électorales et ... dix ans d'inéligibilité.

En pratique, le risque véritable est plutôt pour l'ex-président une peine de prison avec sursis et éventuellement une amende. L'enjeu est donc surtout symbolique. Le procès doit aborder les méthodes reprochées à Jacques Chirac et préciser l'image de ce pilier de la Ve République, qui fut aussi deux fois premier ministre et cinq fois ministre.

Le doute subsiste sur la participation effective de Jacques Chirac, 78 ans, aux débats, du fait d'une santé fragile. Son épouse Bernadette a démenti récemment qu'il souffrait de la maladie d'Alzheimer. L'ancien chef d'Etat a toutefois toujours dit qu'il viendrait. Un projet de calendrier du procès prévoit qu'il soit présent à la plupart des audiences.

Sa défense a tenté en vain fin janvier d'obtenir le renvoi du procès, pour un motif de procédure. Jean Veil et Georges Kiejman, ses avocats, plaideront sans doute lundi diverses demandes d'annulation de procédure ou de renvoi. Ils ne font pas de déclarations avant le procès.

Jacques Chirac a été dispensé par le tribunal de cette première journée où le fond ne sera pas abordé. Il ne devrait faire son entrée dans le prétoire que mardi. Une chaise capitonnée est prévue à son attention et une salle mise à sa disposition s'il souhaite se reposer.

La mairie absente du procès

Cette audience semble aujourd'hui gêner la majorité comme l'opposition socialiste, et même le système judiciaire. La pression sur Jacques Chirac s'est d'ailleurs considérablement allégée depuis que la ville de Paris a renoncé à se porter partie civile, suite à un accord d'indemnisation conclu en septembre 2010 avec l'UMP et l'intéressé.

Sans sa principale victime, le procès s'annonce aussi sans accusation puisque le parquet avait requis un non lieu général durant la procédure. Il devrait donc logiquement demander la relaxe.

Il reviendra à l'association de lutte contre la corruption Anticor, qui s'est constituée partie civile, de porter la contradiction face à la défense de M. Chirac.

(ats)