Australie

21 juillet 2014 14:29; Act: 21.07.2014 14:41 Print

Colère contre les lois homophobes

Les participants à la conférence internationale sur le sida ont exprimé leur colère à l'égard des pays dotés de lois stigmatisant l'homosexualité.

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Les chercheurs qui participent actuellement à la conférence internationale sur le sida à Melbourne (Australie) accusent certains Etats de favoriser la propagation du sida en se dotant de lois stigmatisant l'homosexualité. Ce sujet divise profondément pays riches et pays pauvres. La question mêle droits de l'homme et santé publique. Elle oppose les pays riches donateurs, où la discrimination à l'égard des homosexuels est interdite, aux pays plus pauvres dont plusieurs ont maintenu, ou adopté récemment, des lois homophobes.

La Française Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine pour avoir codécouvert le virus du sida, a mis les points sur les «i» dès l'ouverture de la conférence, qu'elle copréside. «La cruelle réalité est que dans toutes les régions du monde, les stigmatisations et la discrimination continuent d'être les principales barrières à un accès efficace aux soins», a déclaré la chercheuse. «Nous devons une nouvelle fois crier bien fort que nous n'allons pas rester immobiles lorsque les gouvernements, en violation de tous les principes des droits de l'homme, mettent en place des lois monstrueuses qui ne font que marginaliser des populations déjà vulnérables», a-t-elle martelé.

Atmosphère toxique

Les experts ont rappelé l'expérience des débuts de l'épidémie, qui a tué 39 millions de personnes en 33 ans. Le virus du sida, le VIH, s'est répandu lentement mais sûrement des minorités stigmatisées vers la population plus large. Et là, il a avancé à toute allure, à la manière d'un feu de brousse.

Si les homosexuels ou bisexuels sont menacés de prison ou de persécution, ils éviteront de se faire tester pour le virus ou de demander à être soigné s'ils sont infectés. Cette atmosphère toxique de silence et de peur est un terreau parfait pour la propagation du VIH.

Selon les spécialistes, le scénario est similaire pour les travailleurs sexuels et les drogués qui s'injectent leurs doses par intraveineuse.

«Déclaration de Melbourne»

Les 12'000 participants à la conférence sont encouragés à signer une «Déclaration de Melbourne». Ce texte souligne que tous les gays, lesbiennes et personnes transgenres «doivent avoir les mêmes droits et un accès égal à la prévention, aux soins, à l'information et aux services en matière de sida».

Les droits des homosexuels s'accroissent dans les pays occidentaux avec un alignement des droits des couples homosexuels sur ceux des couples hétéros. D'autres pays, notamment en Afrique, et la Russie, ont renforcé leur législation de lutte contre l'homosexualité.

Loi anti-sodomie

Selon un rapport du programme Onusida publié la semaine dernière, 79 pays ont des lois qui criminalisent les pratiques sexuelles entre personnes du même sexe. Sept prévoient même la peine de mort.

L'Ouganda et le Nigéria comptent parmi les pays ayant renforcé leur législation. L'Inde a restauré une loi anti-sodomie qui date de l'époque coloniale. La Russie interdit l'information sur les orientations sexuelles, comparée à de «la propagande».

Enormes quantité d'argent

Dans certains pays, «des lois interdisent la liberté de se rassembler ou d'association» pour les homosexuels. Dès lors, les gens ne peuvent même pas se réunir ou recevoir des fonds, a souligné Kene Esom, un Nigérian qui travaille en Afrique du Sud pour une organisation promouvant la santé et les droits des gays.

Les pays occidentaux ont financé en 2013 la moitié des 19 milliards de dollars US (17 milliards de francs) consacrés à la lutte contre le sida dans les pays en développement. Ils commencent à perdre patience, a déclaré Michael Kirby, ancien juge à la Cour suprême d'Australie et défenseur des droits de l'homme.

Les dirigeants des pays aux lois homophobes «ne peuvent pas s'attendre à ce que les contribuables des autres pays continuent de payer, indéfiniment, d'énormes sommes d'argent pour des antirétroviraux s'ils refusent de réformer leurs lois afin d'aider eux-mêmes leurs propres citoyens».

(ats)