Emplois fictifs

15 décembre 2011 10:30; Act: 15.12.2011 20:17 Print

Condamné, Chirac ne fera pas appel

L'ancien président français a été déclaré coupable dans l'affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris. Il risquait 10 ans de prison et écope finalement de 2 ans avec sursis.

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Pour la première fois en France, un ancien président de la République a été jugé et condamné. A 79 ans, Jacques Chirac a finalement été rattrapé par la justice, qui a prononcé jeudi contre lui une peine de deux ans de prison avec sursis pour une affaire d'emplois fictifs.

L'ancien chef de l'Etat a été déclaré coupable dans les deux volets de l'affaire pour «détournement de fonds publics», «abus de confiance» et «prise illégale d'intérêt», pour une vingtaine des 28 emplois litigieux. L'un des volets, instruit à Paris, portait sur 21 emplois et l'autre, instruit à Nanterre, dans la banlieue, sur sept.

Jacques Chirac est le premier «président de la République» à subir les foudres de la justice. Un précédent difficilement comparable existe cependant, celui de Philippe Pétain, chef du régime de Vichy qui avait collaboré avec l'Allemagne nazie. Il avait été condamné en 1945 pour haute trahison à la peine de mort, commuée en prison à vie.

Pas d'enrichissement personnel

A l'audience, en septembre, le parquet avait requis la relaxe de M. Chirac, qui a toujours protesté de son innocence, et de ses neuf coprévenus. L'ex-chef de l'Etat était absent à la lecture du jugement et n'avait assisté à aucune des audiences de son procès, excusé par un rapport médical faisant état de troubles neurologiques «sévères» et «irréversibles».

Il encourait dix ans de prison et 150'000 euros d'amende. Il a accueilli cette condamnation «avec sérénité», a dit son avocat, Jean Veil. «Il est satisfait qu'à tout le moins le tribunal reconnaisse qu'il n'y a eu aucun enrichissement personnel», a-t-il ajouté, suggérant que l'ex-président pourrait renoncer à faire appel.

«Grande modération»

«Le jugement peut apparaître comme décevant mais il faut tenir compte de la grande modération du tribunal qui est venu rappeler les qualités personnelles du président Chirac, l'ancienneté des faits et également le rôle qu'il avait pu jouer dans l'organisation de l'encadrement du financement des partis politiques», a déclaré un autre de ses avocats, Georges Kiejman.

«La justice est passée et elle devait passer pour que ne s'installe pas un sentiment d'impunité», a déclaré le candidat socialiste à la présidentielle de 2012, François Hollande. «J'ai une pensée pour l'homme qui connaît en plus des ennuis de santé», a-t-il ajouté. M. Hollande est élu du département de Corrèze, fief des débuts de Jacques Chirac, et a construit avec lui une relation de confiance.

De son côté, l'ex-juge anti-corruption et candidate écologiste, Eva Joly, a appelé M. Chirac à «démissionner du Conseil constitutionnel», dont il est membre de droit. Le porte-parole du Parti socialiste Benoît Hamon a qualifié le jugement de «bonne nouvelle».

Alors que l'UMP, parti de droite au pouvoir et famille politique de Jacques Chirac, a accueilli sa condamnation avec «beaucoup de tristesse», le premier ministre François Fillon jugeant qu'il arrivait «vraiment trop tard», l'ancien chef de l'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, a estimé que la France avait été «présidée par un délinquant pendant douze ans».

Plus de quinze ans après les faits

Protégé pendant son séjour à l'Elysée par une généreuse immunité de fonction, M. Chirac a donc été jugé plus de quinze ans après les faits. Parmi les neuf autres prévenus, deux ont été relaxés, dont l'ancien directeur de cabinet de M. Chirac. Les sept autres ont été reconnus coupables.

Une dispense de peine à été accordée à l'ex-secrétaire général du syndicat Force Ouvrière (FO) Marc Blondel, dont le chauffeur avait longtemps été payé par la ville de Paris.

Jacques Chirac était soupçonné d'avoir mis les deniers municipaux au service de ses ambitions électorales et des intérêts de son parti, les emplois litigieux devant servir à élargir sa sphère d'influence. Il était à l'époque maire de Paris, président du RPR (prédécesseur de l'UMP) et préparait la présidentielle de 1995, qu'il a remportée après deux échecs successifs.

La principale victime de cette affaire, la ville de Paris, aujourd'hui dirigée par les socialistes, avait renoncé à se porter partie civile au procès, ayant été indemnisée par l'UMP et M. Chirac.


(ats/afp)