France/Renault

13 mars 2011 16:24; Act: 13.03.2011 16:33 Print

De l'espionnage à l'escroquerie

La retentissante affaire d'espionnage industriel qui ébranle le constructeur automobile français a continué dimanche de se dégonfler pour déboucher sur une enquête pour escroquerie.

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Le justice française a ouvert dimanche une enquête pour «escroquerie en bande organisée» à la suite du placement en garde à vue d'un responsable de la sécurité de Renault, entendu pendant 48 heures par les policiers de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), le contre-espionnage français.

Ce responsable de Renault, Dominique Gevrey, devait être présenté à un juge d'instruction, en vue d'une éventuelle mise en examen (inculpation).

Après avoir crié à l'espionnage de son ambitieux programme de voitures électriques, le constructeur automobile français paraissait ces derniers temps de plus en plus embarrassé par cette affaire, et avance désormais la thèse d'une «manipulation» et d'une escroquerie dont il serait la victime.

Aucun élément concret n'avait pu en effet être trouvé pour confirmer les soupçons contre trois cadres de Renault, licenciés en janvier après avoir été accusés de divulguer contre rémunération des informations secrètes à l'extérieur de l'entreprise.

Le parquet a requis dimanche le placement en détention du responsable de la sécurité, interpellé vendredi alors qu'il s'apprétait à prendre un avion pour la Guinée. Il avait été placé en garde à vue, tout comme l'ont été aussi, vendredi et samedi, deux autres responsables de la sécurité du constructeur.

Ces deux responsables ont finalement été remis en liberté, sans charge retenue à ce stade contre eux.

«Dans le cadre de la plainte de Renault sur les soupçons d'espionnage, les enquêteurs ont rassemblé un certain nombre d'éléments qui laissent penser que nous sommes en présence de faits d'escroquerie», a-t-on commenté de source judiciaire, sans fournir plus de détails.

«On s'abstient de faire tout commentaire pour ne pas troubler le cours de la justice», a déclaré à l'AFP Me Jean Reinhart, l'avocat de Renault. «Nous communiquerons de façon globale et complète après le parquet, probablement lundi après-midi», a-t-il ajouté.

Cette affaire très trouble fragilise la direction de Renault, et en particulier son président, Carlos Ghosn, critiqué pour avoir trop rapidement crié à l'espionnage industriel.

Les trois cadres licenciés début janvier --Bertrand Rochette, Michel Balthazard et Matthieu Tennenbaum-- ont toujours clamé leur innocence. Les différentes enquêtes n'ont pas permis de découvrir de comptes en Suisse ou au Liechtenstein sur lesquels ils auraient été payés pour les informations qu'ils étaient accusés d'avoir transmis.

A l'appui des accusations d'escroquerie ou de manipulation, Renault avait confirmé mercredi dernier le versement de 250.000 euros à un informateur anonyme, dont les dénonciations ont déclenché le licenciement des trois cadres.

La somme a transité par un enquêteur privé qui a fait office d'intermédiaire entre le service de sécurité de Renault et l'informateur censé avoir donné corps aux soupçons d'espionnage, avait alors indiqué l'avocat de Renault.

Cette affaire d'espionnage industriel avait fait beaucoup de bruit début janvier, alors que les constructeurs automobiles sont lancés dans une intense compétition pour développer des voitures électriques performantes. Le gouvernement français n'avait alors pas hésité à parler de «guerre économique». L'Etat français est actionnaire à 15% de Renault.

mat-hr/ai t

(afp)