Serbie

05 avril 2019 14:32; Act: 05.04.2019 14:38 Print

De lourdes peines pour le meurtre d'un journaliste

Des ex-membres du renseignement ont écopés de 20 à 30 ans de prison pour avoir tué le journaliste Slavko Curuvija en 1999.

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Ratko Romic (au centre) est l'un des quatre ex-membres du renseignement à avoir été condamné.

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La justice serbe a condamné en première instance vendredi quatre anciens responsables et membres des services de renseignement à de lourdes peines de prison pour le meurtre, en 1999, d'un journaliste critique de l'ex-homme fort de Serbie Slobodan Milosevic. Reporters sans frontières (RSF) s'est immédiatement félicité, dans un communiqué, de cette décision historique et appelle à poursuivre les investigations pour que les commanditaires soient identifiés et jugés.

De 20 à 30 ans de prison

Radomir Markovic, chef des renseignements serbes à l'époque du régime de Milosevic, a été condamné à 30 ans de prison. Il purge déjà une peine de 40 ans de prison pour tentative de meurtre d'un leader d'opposition en 1999. Milan Radonjic, ex-chef des renseignements à Belgrade, a été condamné à 30 ans de prison, Ratko Romic a lui écopé de 20 ans de prison. Le quatrième inculpé, Miroslav Kurak, ex-agent des services de renseignement qui est en fuite et fait l'objet d'un mandat d'arrêt international, a été condamné par contumace à 20 ans de prison.

La juge Snezana Jovanovic a, en lisant le verdict, expliqué que les quatre hommes ont été déclarés coupables d'avoir «sur ordre d'une personne inconnue tué le journaliste Slavko Curuvija», a rapporté l'agence Beta. Le verdict dans l'affaire Curuvija est la première sentence prononcée pour l'assassinat d'un journaliste en Serbie. Slavko Curuvija - qui dirigeait à l'époque deux publications indépendantes, Dnevni Telegraf et Evropljanin - a été tué en avril 1999 dans le centre de Belgrade.

L'assassinat a eu lieu au moment où l'Otan menait une campagne de bombardements contre la Serbie au printemps 1999 pour faire cesser la répression menée par le régime Milosevic contre la guérilla indépendantiste kosovare et la population civile du Kosovo, territoire qui a proclamé son indépendance en 2008, avec l'appui des Etats-Unis. Milosevic était connu pour ses pressions sur les journalistes indépendants. La famille de Curuvija l'a accusé d'avoir lui-même ordonné l'assassinat.

Satisfaction de RSF

«RSF se félicite de cette décision symbolique qui témoigne d'un engagement fort des autorités serbes en faveur du respect de l'Etat de droit et de la lutte contre l'impunité», a déclaré Pauline Adès-Mevel, responsable de la zone UE-Balkans de RSF. «La justice doit néanmoins poursuivre ses efforts et condamner toutes les personnes impliquées, notamment le commanditaire de l'assassinat de Slavko Curujiva», a-t-elle ajouté.

Slobodan Milosevic est décédé en 2006 dans la prison du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, où il était jugé pour génocide et crimes de guerre en raison de son rôle dans les conflits ayant accompagné le démantèlement de l'ex-Yougoslavie dans les années 1990.

(nxp/afp)