Espagne

24 août 2018 13:32; Act: 24.08.2018 14:29 Print

Madrid va exhumer Franco de son mausolée

L'exhumation du dictateur Franco de son mausolée controversé a été approuvée via un décret du gouvernement ce vendredi. Elle interviendrait d'ici à la fin de l'année.

Voir le diaporama en grand »

Sur ce sujet
Une faute?

Le gouvernement socialiste espagnol a lancé vendredi le processus d'exhumation de l'ancien dictateur Franco de son mausolée controversé en approuvant un décret en conseil des ministres, a annoncé sa numéro deux Carmen Calvo. «Nous célébrons les 40 ans de l'Espagne démocratique, d'un ordre constitutionnel stable et mûr (...) et ce n'est pas compatible avec une tombe d'Etat où l'on continue à glorifier la figure de Franco», a-t-elle insisté lors d'une conférence de presse.

A la fin de l'année

Selon Carmen Calvo, l'exhumation, à laquelle est farouchement opposée la famille de l'ancien dictateur, pourrait avoir lieu à la fin de l'année.

Le décret approuvé par le gouvernement devra être voté par la chambre des députés où les socialistes sont très minoritaires mais où ils pourront compter sur l'appui de la gauche radicale de Podemos, des indépendantistes catalans et des nationalistes basques pour obtenir la majorité simple nécessaire.

Mausolée monumental

Franco, vainqueur de la terrible guerre civile espagnole (1936-1939) après un coup d'Etat contre la Seconde république et qui dirigea le pays d'une main de fer jusqu'à sa mort en 1975, est enterré au Valle de los Caidos (la vallée de ceux qui sont tombés) aux côtés de José Antonio Primo de Rivera, fondateur du parti fascisant de la Phalange.

Complexe monumental situé dans les montagnes à 50 kilomètres de Madrid et surplombé par une croix de 150 mètres de haut, ce mausolée abrite aussi les corps de quelque 27.000 combattants franquistes et d'environ 10'000 opposants républicains, raison pour laquelle le dictateur le présentait comme un lieu de «réconciliation».

Symbole de division et de mépris

Mais ses détracteurs le voient comme un symbole de division et de mépris pour les républicains dont les corps, extraits de fosses communes et de cimetières, y ont été transférés sans que leurs familles soient prévenues. En outre 20'000 prisonniers politiques ont participé à sa construction entre 1940 et 1959.

Selon des chiffres du Patrimoine national, organisme public gérant le mausolée, les visites y ont bondi depuis l'annonce de Sanchez: 38.269 visites en juillet contre 23.135 en juin.

Opposition de la droite et de la famille

Depuis plus de deux mois, le gouvernement, qui s'appuie sur une résolution en faveur de l'exhumation adoptée par le Parlement en 2017, travaille dans la discrétion pour trouver la formule juridique adéquate.

Son décret qui doit être adopté vendredi en conseil des ministres devra ensuite être voté par le Parlement où les socialistes pourront compter sur les voix de la gauche radicale de Podemos, des indépendantistes catalans et des nationalistes basques pour atteindre la majorité.

La solution la plus plausible serait de transférer la dépouille de Franco dans le caveau familial du cimetière du Pardo, près de Madrid. Mais la famille de l'ancien dictateur est farouchement opposée à ce qu'il quitte son mausolée.

Vers une «commission vérité»

Signe de la fracture politique dans le pays sur la mémoire de la guerre civile et du franquisme, le gouvernement se heurte aussi à un tir de barrage du Parti Populaire (PP, droite), premier parti au Parlement, qui a déjà annoncé qu'il déposerait un recours devant la Cour constitutionnelle.

«Il importe plus (à Pedro Sanchez) de ressusciter les fantômes du passé que de tenter de séduire les gens avec l'avenir. Il s'intéresse plus à rouvrir les blessures déjà cicatrisées de notre pire passé plutôt que de se concentrer sur notre meilleur présent», a dénoncé le nouveau numéro un du PP, Pablo Casado.

Au delà de l'exhumation de l'ancien dictateur, le gouvernement avait annoncé en juillet son intention de créer une «commission vérité» sur la dictature de Franco, de recenser les victimes de la guerre civile et du régime franquiste et d'annuler les décisions des «tribunaux d'exception» franquistes.

(nxp/afp)