Durban

09 décembre 2011 22:20; Act: 09.12.2011 22:23 Print

Dernier jour pour forger un accord sur le climat

Une coalition de pays emmenée par l'Europe réclamait vendredi un nouveau cap dans la lutte contre le réchauffement.

Une faute?

Les tractations, qui butaient sur la forme juridique à donner à un éventuel accord, ont été interrompues vendredi soir.

Les pourparlers ont été suspendus dans la soirée après les critiques émises par l'UE et les pays les plus vulnérables face au changement climatique sur un projet d'accord jugé insuffisant.

«Il y a une forte demande des pays en voie de développement qui estiment que les engagements pris dans les projets de texte ne sont pas suffisants», a indiqué le ministre norvégien du Changement climatique Erik Solheim.

Il est difficile pour nous d'accepter un nouveau processus qui s'achèvera en 2015 et qui ne sera pas opérationnel avant 2020 au plus tôt!», a réagi Karl Hood, au nom des petits Etats insulaires, directement menacés par la montée du niveau des océans.

Les discussions, qui pourraient reprendre et se poursuivre tard dans la nuit, achoppent toujours sur la forme juridique du futur système.

La forme juridique

Le projet de texte incriminé évoque un «cadre légal», une mention jugé floue et insuffisante par les partisans du caractère contraignant du plan de réduction de GES.

Le nouveau texte pourrait faire état d'un «instrument légal» ou d'un «protocole ou autre instument légal» qui sous-entend un engagement davantage contraignant.

L'enjeu est le ralliement des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre au plan européen: dans le cas contraire, la réunion risque en effet d'échouer faut d'accord.

«Le succès ou l'échec de Durban ne dépend que d'un petit nombre de pays qui n'ont pas encore affirmé leur engagement à la feuille de route (de l'Union européenne) et au contenu significatif qui devra être le sien. Il faut les mobiliser aujourd'hui, il ne nous reste plus que quelques heures», a déclaré la commissaire européenne en charge du climat, Connie Hedegaard.

Appui du Brésil et de l'Afrique du Sud

La volonté des Européens est d'esquisser un nouveau traité climatique qui imposerait des objectifs contraignants de réduction de GES à tous les pays du monde à partir de 2020 alors que Kyoto ne s'applique ni aux Etats-Unis, qui ne l'ont jamais ratifié, ni aux grands émergents comme la Chine, l'Inde ou le Brésil.

Le Brésil et l'Afrique du Sud se sont déclarés en faveur de réductions des émissions de gaz à effet de serre, a annoncé le commissaire européen au Changement climatique, Connie Hedegaard.

Près de 90 pays vulnérables au changement climatique - notamment des pays d'Afrique sub-saharienne et des petits Etats insulaires du Pacifique - ont pris position aux côté de l'UE.

«Le monde a changé»

«Tout est encore possible, mais une dure nuit de négociations nous attend» pour obtenir un accord, a indiqué depuis l'Afrique du Sud vendredi soir à l'ats Adrian Aeschlimann, porte-parole de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV).

«Le protocole de Kyoto était un bon instrument dans la première phase de la protection du cliamt» a jugé M. Aeschlimann. «Mais le monde a changé: aujourd'hui des pays en développement ont des émissions par habitant plus élevées que les pays développés comme la Suisse», a-t-il ajouté.

La délégation suisse s'engage en faveur d'une reconduction du Protocole de Kyoto, conditionnée à l'adhésion des pays nouvellement industrialisés comme la Chine, le Brésil et l'Inde, mais aussi des Etats-Unis.

Appel de pied à la Chine et à l'Inde

Mais l'Inde a exprimé de vives réticences, et les Etats-Unis ne veulent pas entendre parler à ce stade d'un «accord juridiquement contraignant». La position de la Chine est difficile à décrypter.

«La Chine a soufflé le chaud et le froid. Si elle jetait tout son poids derrière la proposition européenne, cela mettrait la pression sur les Etats-Unis», estimait Thomas Spencer, de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), à Paris.

Un clash entre les principales économies de la planète pourrait sonner le glas du protocole de Kyoto, seul traité juridiquement contraignant sur le climat, dont la première période d'engagement s'achève fin 2012 et qui revêt une forte charge symbolique pour les pays en développement.

(ats)