Belgique

09 décembre 2011 14:06; Act: 09.12.2011 15:44 Print

Des Flamands prêts à dénoncer les francophones

Une commune flamande appelle à dénoncer ceux qui utilisent la langue de Molière dans leurs commerces.

Sur ce sujet
Une faute?

Grimbergen, une commune flamande proche de Bruxelles, incite ses citoyens à «dénoncer» les commerçants qui utilisent le français dans leurs relations avec leurs clients, une mesure qui a poussé vendredi une eurodéputé francophone à saisir la Commission européenne.

Dans la dernière édition de son journal municipal, la bourgmestre (maire) de cette localité connue pour sa bière d'abbaye, la démocrate-chrétienne Marleen Mertens, a rappelé l'existence d'un «point de signalement valable pour les plaintes linguistiques», afin de «sauvegarder le caractère flamand de la commune».

L'élue néerlandophone invite les habitants «qui auraient vu une inscription en français ou entendu parler une autre langue» que le néerlandais à le signaler à ce point de contact.

Commerçant contacté

Lorsqu'un cas est signalé, «nous écrivons au commerçant concerné pour lui rappeler que Grimbergen se situe dans le territoire de langue néerlandaise. Il lui est formellement demandé de s'abstenir de toute publicité multilingue», a précisé dans la presse Mme Mertens, qui souligne par exemple que «dans un restaurant, le menu ne peut plus être bilingue» et que, «s'il l'est, vous pouvez le dénoncer».

Une association de commerçants, le «Syndicat Neutre pour Indépendants», dénonce une démarche «scandaleuse». «On ne peut tout de même pas mettre des bâtons dans les roues des commerçants qui veulent servir aussi bien que possible leur clientèle», estiment ses responsables.

«Que de telles pratiques de dénonciation soient encore possibles en 2011 est très inquiétant», ajoutent-ils.

«Atteinte à la dignité humaine»

La député européenne libérale francophone Frédérique Ries a pour sa part dénoncé dans une lettre adressée au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, une «atteinte aux libertés fondamentales et à la dignité humaine».

Selon Frédérique Ries, la démarche des autorités de Grimbergen «contrevient à la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne» et à la Constitution belge, qui stipule que l'emploi des langues est libre et qu'il ne «peut être réglé que par la loi et seulement pour les actes de l'autorité publique et pour les affaires judiciaires». Pas dans les relations privées entre par exemple un commerçant et son client, donc.

«Je vous demande, en tant que gardien du Traité, d'analyser cette politique communale inacceptable», écrit la député européenne, en estimant qu'une absence de réaction de l'exécutif européen constituerait un «fâcheux précédent».

Au nom de leur «caractère flamand», de nombreuses communes proches de Bruxelles tentent depuis des années de limiter l'usage du français en imposant notamment des tests linguistiques pour l'attribution de logements sociaux. Des pratiques jugées discriminatoires par les francophones mais globalement considérées comme normales en Flandre.

(afp)