Amérindiennes agressées au Canada

19 novembre 2016 09:48; Act: 19.11.2016 11:08 Print

Des agents accusés d'abus échappent aux poursuites

Faute de preuves, la justice a abandonné les poursuites contre plusieurs policiers de la Sûreté du Québec dans un dossier avec 35 plaignantes autochtones.

Une faute?

La justice canadienne a décidé vendredi, faute de preuves suffisantes, de ne pas poursuivre des policiers soupçonnés d'agressions sexuelles sur des Amérindiennes, tout en n'excluant pas que les faits reprochés soient avérés.

Des femmes de la petite ville de Val d'Or, à 500 kilomètres au nord de Montréal, avaient dénoncé à la télévision publique il y a un an les agressions sexuelles, abus de pouvoir et intimidations de la part de plusieurs membres de la Sûreté du Québec (SQ), la police provinciale.

Dès la diffusion du magazine à la télévision, la direction de la SQ avait suspendu huit policiers en poste à Val d'Or, dont deux ont été réintégrés depuis, et confié à la police de Montréal le mandat d'enquêter sur ces témoignages, faute d'un service d'inspection générale de la police au Québec. En tout, l'enquête portait sur 35 plaintes.

Peuples indigènes inquiets

A partir des conclusions de la police de Montréal, le ministère public a donc décidé de ne pas déférer devant un tribunal les policiers suspectés du détachement de Val d'Or.

«La preuve est insuffisante pour porter des accusations», a déclaré en conférence de presse un porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP, ministère public).

Toutefois, cette décision «ne signifie pas nécessairement que les événements allégués ne se sont pas produits», a-t-il reconnu.

Le Congrès des peuples indigènes s'est dit «très inquiet pour les femmes autochtones de Val d'Or que six agents de police soient blanchis des accusations d'agressions physiques et sexuelles».

Regrettant que le ministère public n'ait pas permis «aux femmes autochtones de faire entendre leurs plaintes et complaintes contre la police», la vice-présidente de ce Congrès, Kim Beaudin, craint qu'en l'état, «ces incidents vont se poursuivre».

Manifestation pacifique

Contactée par l'AFP, la Sûreté du Québec a refusé de préciser si les six agents suspendus allaient être réintégrés. La police provinciale a plutôt renvoyé à un communiqué laconique annonçant qu'une enquête interne serait menée afin de «déterminer s'il y a lieu de tenir une enquête disciplinaire».

Les plaignantes avaient raconté à la télévision avoir été embarquées de force dans les voitures de patrouille de la SQ afin d'être contraintes de pratiquer des faveurs sexuelles. En cas de refus, elles étaient frappées ou abandonnées dans des zones isolées, en pleine forêt et par un froid glacial, leur téléphone portable cassé.

Une manifestation pacifique a réuni quelques dizaines d'autochtones à Val d'Or vendredi après la décision de ne pas tenir de procès.



(nxp/afp)