Pâques sanglantes au Sri Lanka

21 avril 2019 17:19; Act: 22.04.2019 13:26 Print

«J'ai vu des morceaux de corps éparpillés partout»

Plusieurs explosions ont eu lieu dans des églises et des hôtels de luxe du pays dimanche. Huit suspects ont été arrêtés.

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Au moins 215 personnes, dont plusieurs dizaines d'étrangers, ont été tuées dimanche dans huit attentats contre des hôtels et des églises du Sri Lanka où était célébrée la messe de Pâques. Cette vague d'attaques a provoqué une émotion mondiale.

Huit personnes ont été arrêtées, a annoncé le premier ministre Ranil Wickremesinghe. «Jusqu'ici les noms que nous avons sont locaux» mais les enquêteurs cherchent à savoir s'ils ont d'éventuels «liens avec l'étranger», a déclaré dans une allocution télévision le chef de gouvernement, sans donner davantage de précisions.

Les autorités sri-lankaises ont décrété un couvre-feu immédiat et le blocage temporaire des réseaux sociaux pour empêcher la diffusion d'«informations incorrectes et fausses» en réponse à ces explosions qui ont également fait plus de 450 blessés.

Ces violences, qui n'ont pas été revendiquées dans l'immédiat, sont les plus meurtrières dans le pays depuis la fin de la guerre civile il y a dix ans.

Appel à l'unité

Huit explosions se sont produites dans cette île prisée des touristes étrangers, six, très rapprochées, dans la matinée, et deux plusieurs heures après. Au moins deux d'entre elles sont le fait de kamikazes, selon des témoins, mais le porte-parole de la police a dit ne pas être en mesure de «confirmer» si cette vague d'attentats étaient des attaques suicide.

Le premier ministre sri-lankais Ranil Wickremesinghe a fustigé des «attaques lâches» et appelé le pays à l'unité. L'archevêque de Colombo a appelé à «punir sans pitié» les coupables, car seuls des animaux peuvent se comporter ainsi«.

Le pape François a exprimé sa »tristesse« en apprenant la nouvelle. Environ 1,2 million de catholiques vivent au Sri Lanka, un pays de 21 millions d'habitants où les chrétiens représentent 7% de la population, majoritairement bouddhiste (70%).

Un torrent de sang

Dans la capitale Colombo, trois hôtels de luxe en front de mer, ainsi que l'église Saint-Antoine ont été frappés dans la matinée par des attaques qui ont fait au moins 64 morts, selon une source policière.

Au moins 67 personnes ont trouvé la mort dans une église de Negombo, une localité au nord de Colombo, et 25 autres dans une église de Batticaloa (est), selon la même source. «C'était un torrent de sang», a témoigné N. A. Sumanapala, un commerçant voisin de l'église Saint-Antoine.

Quelques heures plus tard, deux autres déflagrations sont survenues dans un hôtel de Dehiwala, une banlieue sud de Colombo, où au moins deux personnes ont péri, et Orugodawatta, au nord de Colombo, où un kamikaze s'est fait exploser, tuant trois policiers lors d'une opération de recherches dans une maison, selon la police.

Victimes étrangères

Au moins 35 étrangers figurent parmi les morts, dont un Portugais, un Néerlandais et plusieurs Américains. Des ressortissants japonais et britanniques ont été blessés.

«Nous pouvons confirmer que plusieurs citoyens américains sont parmi les tués», a déclaré Mike Pompeo, secrétaire d'État, dans un communiqué condamnant les attaques.

Les corps de 27 personnes, dont les autorités pensent qu'elles sont étrangères, ont été comptabilisés à l'Hôpital national de Colombo, selon un responsable du ministère des Affaires étrangères, Ravinatha Aryasinha.

Il n'y a pour l'heure pas de victimes suisses, mais le Département fédéral des affaires étrangères reste en contact avec les autorités locales», a précisé une porte-parole. Le DFAE considère avec tristesse et gravité les attaques menées contre la population civile et condamne l'intolérance et la violence qui a engendré tant de souffrance dans ce pays.

Tentative de «provoquer le chaos»

De l'Iran à la Grande-Bretagne, les condoléances et les appels à défendre la liberté religieuse ou à lutter contre le terrorisme se sont multipliés dans le monde. Le président américain Donald Trump a condamné des «attaques terroristes horribles». Le chef de la police nationale, Pujuth Jayasundara, avait alerté ses services il y a dix jours en indiquant qu'un mouvement islamiste appelé NTJ (National Thowheeth Jama'ath) projetait «des attentats suicide contre des églises importantes et la Haute commission indienne». Le NTJ s'était fait connaître l'an passé en lien avec des actes de vandalisme commis contre des statues bouddhistes.

Le ministre des Finances, Mangala Samaraweera, a déclaré sur Twitter que les attaques semblaient être «une tentative coordonnée pour provoquer des meurtres, le chaos et l'anarchie».

Le ministre des Réformes économiques, Harsha de Silva, a fait état de «scènes horribles» à l'église Saint-Antoine et dans deux des hôtels visés où il s'est rendu. «J'ai vu des morceaux de corps éparpillés partout», a-t-il tweeté, ajoutant qu'il y avait «beaucoup de victimes, dont des étrangers».

Les catholiques sont perçus comme une force unificatrice au Sri Lanka, car on en trouve chez les Tamouls comme chez la majorité cinghalaise. Certains chrétiens sont cependant mal vus parce qu'ils soutiennent des enquêtes extérieures sur les crimes de l'armée sri-lankaise contre les Tamouls pendant la guerre civile (1972-2009) qui a fait entre 80 000 et 100 000 morts selon l'ONU.

(nxp/ats)