Sommet du Vatican

23 février 2019 11:18; Act: 23.02.2019 18:53 Print

Dossiers sur des abus sexuels de prêtre détruits

Le cardinal Reinhard Marx a admis samedi que l'Eglise avait détruit des dossiers sur des ecclésiastiques coupables d'avoir agressé sexuellement des mineurs.

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Le cardinal allemand Reinhard Marx (à gauche) a entendu, vendredi à Rome des témoignages de victimes d'abus sexuels. (Photo: Keystone)

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L'Eglise a détruit des dossiers sur des auteurs d'abus sexuels dans ses rangs, a admis samedi le cardinal allemand Reinhard Marx, un proche conseiller du pape François, s'exprimant à un sommet consacré au sujet au Vatican.

«Des dossiers qui auraient pu documenter ces actes terribles et indiquer le nom des responsables ont été détruits ou n'ont pas même été constitués», a déploré le cardinal allemand Reinhard Marx dans un discours aux 190 participants d'un sommet du Vatican, qui aborde sans fards depuis jeudi des pratiques au sein de l'Eglise catholique qui ont pu mener à perpétrer ou taire des abus sexuels de mineurs.

Les victimes réprimandées

Le président de la conférence épiscopale allemande, connu pour ses prises de positions plutôt libérales et sans langue de bois, fait partie d'un conseil restreint de cardinaux («C9») conseillant le pape François sur les réformes des institutions du Vatican.

«Les abus sexuels à l'égard d'enfants et de jeunes sont, dans une mesure non négligeable, dus à l'abus de pouvoir dans le cadre de l'administration» qui a «discrédité» la mission de l'Eglise, a argué le cardinal allemand.

«Au lieu des coupables, ce sont les victimes qui ont été réprimandées et on leur a imposé le silence», a-t-il martelé.

«Des procédures et des processus établis pour poursuivre les délits ont été délibérément non respectés, plutôt rayés et ignorés. Les droits des victimes ont été, de fait, foulés aux pieds et laissés aux caprices de personnes individuelles», a souligné le cardinal Marx.

«C'est illégal»

Sa remarque n'a pas échappé à une centaine de victimes d'abus sexuels du clergé qui ont organisé samedi une marche dans le centre de Rome. «C'est illégal» de détruire des dossiers, a commenté l'Américain Peter Isely, un membre fondateur de l'organisation internationale ECA («End Clergy Abuse»), qui avait rencontré vendredi le cardinal Marx. Selon lui, les déclarations du cardinal allemand devraient fortement intéresser la justice civile.

Le cardinal Marx avait présenté à l'automne les excuses de l'Eglise catholique allemande en présentant un rapport révélant des abus sexuels sur plus de 3.600 mineurs pendant des décennies. Le rapport universitaire avait été commandé par l'épiscopat allemand. Samedi, le prélat a en outre estimé devant ses pairs que «le secret pontifical» souvent mis en avant par l'Eglise pour ne pas communiquer n'avait aucune justification convaincante à ses yeux face à des cas d'abus sexuels.

Transparence sur les procès

Il a préconisé une plus grande transparence sur les procès menés à huis clos par l'Eglise, une revendication importante des victimes d'abus sexuels.

«L'Eglise ne doit pas fonctionner avec des normes de qualité inférieures à celles de l'administration publique de la justice, si elle ne veut pas essuyer la critique d'avoir un système légal moins bon et dommageable pour les personnes», a-t-il estimé.

En finir avec l'opacité

Il souhaite aussi que l'Eglise et le Vatican mettent fin dans la mesure du possible à son opacité sur les statistiques documentant le nombre d'abus sexuels perpétrés par le clergé, qui conduit à «une méfiance» de l'institution de l'Eglise ainsi qu'à «des théories du complot». «Cela peut être évité si les faits sont présentés de manière transparente», a-t-il avancé.

Le cardinal souhaite en outre que les actes judiciaires de l'Eglise soient publiés, car «la persistance de doutes» sur le bon déroulé des procédures de ses tribunaux porte atteinte à leur réputation et à celle de l'Eglise.

Les conclusions dimanche

Le prélat allemand qui est en outre membre du Conseil pour l'économie du Vatican a noté au passage qu'une meilleure «transparence et traçabilité» pouvaient s'appliquer aussi dans le domaine des finances, «qui sont aussi un facteur crucial pour la confiance en l'Eglise et sa crédibilité».

Les présidents de 114 conférences épiscopales de tous les continents sont réunis jusqu'à dimanche au Vatican, avec de hauts prélats de la Curie, des chefs des Eglises catholiques orientales et des supérieurs de congrégations religieuses.

Pour tenter d'apaiser des victimes dubitatives et une opinion publique scandalisée, le pape François avait ouvert les travaux jeudi en demandant des mesures «concrètes». C'est lui qui en tirera les conclusions dimanche.

(nxp/afp)