Syrie/Irak

22 septembre 2015 23:00; Act: 23.09.2015 10:32 Print

Des ex-jihadistes de l'EI racontent leur désertion

par che/nex - Partis grossir les rangs du groupe EI en Syrie, 58 témoins expliquent les raisons de leur fuite au péril de leur vie.

storybild

Photo d'illustration - (Photo: Keystone)

Sur ce sujet
Une faute?

Un rapportpublié par le Centre international d'étude de la radicalisation (ICSR) du King's College de Londres, donne la parole à 58 anciens jihadistes.

Ceux-ci sont tombés de haut après avoir fait face à la réalité des pratiques du groupe Etat islamique en Syrie. Des témoignages qui «font voler en éclats l'image d'unité et de détermination que le groupe Etat islamique cherche à transmettre», écrit Peter R. Neumann, auteur de l'étude réalisée par l'ICSR.

Comme le souligne le Telegraph dans un article consacré au rapport: «personne ne connait mieux les faiblesses du groupe EI et la réalité de la vie sur place que ceux qui se sont battus à ses côtés».

«Des musulmans qui tuent surtout des musulmans»

La synthèse des témoignages des cinquante-huit déserteurs britanniques révèle quatre griefs majeurs ayant poussé à leur défection.

Si l'objectif de ces «jihadistes» était de défendre les musulmans sunnites, les 51 hommes et 7 femmes interviewés par l'ICSR ont vite compris que les musulmans sont les premières victimes du groupe EI, qui torture et assassine quotidiennement ceux qui remettent en question son idéologie, y compris des sunnites.

Ensuite, la violence extrême des luttes intestines entre groupes armés rebelles et au sein même du groupe EI a suscité leur incompréhension, eux qui étaient venus pour défaire Bachar al-Assad. La fin du pouvoir syrien n'est, selon les déserteurs, pas la priorité du groupe EI.

Par ailleurs, l'utopie égalitaire et religieuse promise est à 1000 lieues de la dépravation qui règne sur le terrain, entre les traitements de faveur, le racisme, la corruption et l'injustice de hauts responsables.

«De la chair à canon»

Enfin les conditions de vie étaient loin d'être à la hauteur des promesses faites par le groupe, selon une partie des déserteurs. Le fossé entre l'image que tente de véhiculer le groupe EI sur les réseaux sociaux (promesse de richesse matérielle) et la réalité (ni biens de base, ni électricité) a révélé les «mensonges» du groupe EI.

Parallèlement, les «combattants» étrangers qui pensaient être aux yeux des locaux des «héros» ont rapidement été accusés par ces derniers de «sabotage» et traités d'«oppresseurs». Certains ex-jihadistes soulignent que les étrangers sont utilisés comme «chaire à canon» par les responsables du groupe EI, choisis pour perpétrer des attentats-suicides (deux ont fui pour cette raison précise, après avoir appris qu'ils seraient les prochains), ou cantonnés à des tâches subalternes que d'autres ne souhaitent pas effectuer.

Manque d'intégration et isolement

Le déclic qui a poussé les déserteurs à la fuite est, souvent, le même qui les a conduit à rejoindre la Syrie: l'isolement. «Si tu te sens exclu et isolé au Royaume-Uni, tu te sentiras exclu et isolé dans 'le califat'».

Déserter est difficile et dangereux, note le rapport. Tous risquent leur vie pour quitter la zone contrôlée par le groupe. Près des deux tiers des cas ont été répertoriés dans les huit premiers mois de 2015, suggérant que les déserteurs sont de plus en plus nombreux à quitter le groupe armé.

(nxp)