Afghanistan

29 juin 2014 09:53; Act: 29.06.2014 09:59 Print

Des femmes en quête de liberté se mettent au vélo

Tranquillement installées en selle, elles ignorent les regards noirs et les insultes d'hommes sur les routes. Elles savourent une activité impensable pour les femmes afghanes des générations précédentes: faire du vélo.

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La vue d'une femme à bicyclette n'a rien d'anormal dans la plupart des pays du monde, mais, en Afghanistan, les moeurs islamiques les plus strictes y voient une activité inappropriée pour les femmes.

L'équipe nationale afghane de cyclisme féminin a décidé de combattre ces préjugés, souvent en prenant des risques, avec en vue les Jeux Olympiques de 2020, mais aussi un objectif encore bien plus ambitieux: amener davantage de femmes afghanes au vélo.

«Pour nous, le vélo est le symbole de la liberté», estime Marjan Sidiqqi, 26 ans, l'une des membres de l'équipe. «Nous ne faisons pas de vélo pour faire de la politique. Nous en faisons parce que nous en avons envie, parce que nous aimons ça, parce que si nos frères peuvent le faire, alors nous aussi», lance-t-elle.

Insultes fréquentes

De bon matin, pantalons de survêtement, maillot de cyclisme et casque vissé sur la tête, Marjan et une demi-douzaine de membres de l'équipe, âgées de 17 à 21 ans, se mettent en route depuis Kaboul pour les montagnes proches de Paghman. Conscientes d'attirer les regards malveillants, elles roulent dans la lumière ambrée de l'aube dans un décor de collines vertes, vergers et routes bordées d'arbres.

Sur le bord de la route, un petit garçon habillé en vêtement traditionnel afghan regarde les filles avec émerveillement. Un peu plus loin, un groupe d'hommes barbus à l'allure austère à bord d'un minivan les regarde d'un air menaçant en arrivant à la hauteur du groupe de cyclistes.

Les jeunes femmes poursuivent leur route, imperturbables, habituées qu'elles sont à l'hostilité accompagnée d'insultes: «Putains!», «Salopes!», «Vous déshonorez vos familles», «Rentrez chez vous».

Mais l'équipe, entraînée par la cycliste américaine Shannon Galpin, en vue des Jeux asiatiques en Corée du Sud en septembre-octobre prochains, est endurcie. Et parfois elle trouve des soutiens inattendus.

Habillée de noir des pieds à la tête, la mère de l'une des cyclistes est venue sur le chemin de Paghman encourager sa fille et ses coéquipières, applaudissant avec un enthousiasme qui n'est pas partagé par toute la famille. «Ma fille vit mon rêve», dit Maria Rasooli, la mère de Firoza, 20 ans, étudiante à l'université.

«Mes parents ne m'ont jamais autorisée à faire du vélo. Je ne peux pas laisser la même chose se produire», assure-t-elle en précisant que son mari et elle n'ont jamais parlé des activités de leur fille aux voisins et parents, car «ils ne comprendraient pas».

Rêve lointain

Treize ans après la chute des talibans, les femmes afghanes ont bénéficié d'importants progrès notamment avec l'accès à l'éducation et à la santé. Les femmes parlementaires ne sont plus une anomalie dans la politique afghane et l'élection présidentielle a vu la première femme candidate à la vice-présidence.

Pendant le règne des talibans (1996-2001), les femmes n'étaient pas autorisées à sortir de leurs maisons sans être accompagnées d'un homme. Toutefois, l'égalité homme-femme reste encore un rêve lointain et les attitudes conservatrices demeurent.

(ats)