Monde

05 janvier 2015 10:21; Act: 05.01.2015 10:30 Print

Des nouvelles routes pour les migrants

Le Haut Commissaire aux réfugiés Antonio Guterres souhaite créer de nouvelles voies légales de migration pour faire barrage aux passeurs. Selon lui, l'opération européenne de surveillance Triton déployée en Méditerranée ne suffit pas.

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(Photo: Keystone)

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«Il faut garantir une protection à ceux qui y ont droit et réfléchir à de nouvelles voies de migration légale, qui permettraient de faire barrage aux passeurs», déclare le Haut Commissaire dans un entretien publié lundi par le quotidien «Le Temps».

Antonio Guterres a souligné que s'il y a aussi des migrants économiques parmi ceux qui traversent la Méditerranée, la majorité sont des personnes qui fuient de réelles persécutions, en Syrie et Erythrée surtout. Elles ont besoin de protection.

«L'opération Triton ne suffit pas», met en garde Antonio Guterres, «Il faut impérativement développer une action de grande ampleur comme Mare Nostrum, pour éviter de nouveaux drames humains», ajoute-t-il, en précisant que les moyens alloués à Triton sont bien moins importants que ceux de l'opération italienne Mare Nostrum arrêtée en novembre.

Des murs à l'intérieur de l'Europe

Le Haut Commissaire dénonce «les murs à l'intérieur de l'Europe et les pays qui se barricadent entre eux». Il prône «une politique d'asile commune» en Europe.

Pour Antonio Guterres, «les pratiques européennes sont trop disparates, ce qui conduit à des déséquilibres» dans l'asile. L'an dernier, la Suède et l'Allemagne ont ainsi accueilli à elles seules la moitié des requérants en Europe.

«Le système de Dublin» ( qui veut qu'un requérant soit renvoyé vers le premier pays européen par lequel il est arrivé) «ne peut bien fonctionner qu'à condition que les différents pays aient des pratiques homogènes et harmonieuses», explique le Haut Commissaire, qui plaide pour une plus grande solidarité.

Champ libre aux xénophobes

«Constater que des familles de Syriens traversent la mer au péril de leur vie alors qu'ils ont droit à une protection est inacceptable», ajoute le patron du HCR. Il dénonce l'abandon par les partis traditionnels du combat pour des valeurs, «ce qui donne le champ libre d'un côté à l'Islam radical, de l'autre aux forces populistes plus ou moins xénophobes».

Le HCR a convoqué en décembre à Genève une conférence internationale sur la réinstallation des réfugiés syriens les plus vulnérables. La Suisse a confirmé à cette occasion son offre d'accueillir un contingent de 500 réfugiés, sans annoncer de nouvelle offre. Près de 100'000 places ont été promises en tout.

Antonio Guterres s'attend à une accélération des offres de réinstallation cette année. La Méditerranée est devenue «la route la plus mortelle du monde» en 2014, avec au moins 3419 migrants qui y ont perdu la vie. En 2014, ce sont plus de 207'000 migrants qui ont tenté de traverser la Méditerranée, un chiffre presque trois fois plus élevé que le précédent record de 2011.

(ats)