Côte d'Ivoire

28 février 2011 21:21; Act: 28.02.2011 22:02 Print

Des pro-Gbagbo tirent sur des experts de l’ONU

La tension est montée d'un cran lundi entre l'ONU et le camp du président ivoirien sortant Laurent Gbagbo.

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Les partisans du président ivoirien sortant ont ouvert le feu sur des experts de l'ONU à Yamoussoukro (centre) et ont brièvement enlevé des employés de la force des Nations unies à Abidjan.

Des membres du Comité des sanctions de l'ONU et un officier des forces de maintien de la paix ont essuyé des tirs provenant du camp pro-Gbagbo à l'aéroport de Yamoussoukro, a indiqué un responsable onusien. Personne n'a été blessé dans ces tirs, a-t-il précisé sous couvert de l'anonymat.


Viol de l'embargo

Ces experts s'étaient rendus à l'aéroport de la capitale politique ivoirienne pour vérifier une information faisant état de la livraison d'hélicoptères en provenance du Bélarus. «Mais ils ont été dans l'incapacité de vérifier l'information et ont été obligés de se retirer», avait plus tôt indiqué le porte-parole de l'ONU Martin Nesirky.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a demandé une réunion urgente du Conseil de sécurité pour discuter de ces soupçons, tandis que le comité des sanctions sur la Côte d'Ivoire devait se réunir lundi.

Le gouvernement Gbagbo a fustigé un «complot» et un «mensonge pour justifier une attaque» de l'ONU, alors que Minsk a démenti toute violation de l'embargo sur les armes décrété en 2004 et dénoncé une «possible campagne destructrice» à son encontre.


«Hostilité directe»

Par ailleurs, deux employés de la force de l'ONU en Côte d'Ivoire (ONUCI) ont été enlevés lundi à Abidjan par des jeunes partisans du président sortant avant d'être relâchés quelques heures plus tard, a affirmé un porte-parole de la mission onusienne.

Le camp Gbagbo est passé «du harcèlement» contre l'ONU à «l'acte d'hostilité directe», a affirmé lundi à Dakar Choi Young-jin, le chef de l'ONUCI. Selon lui, trois Casques bleus ont été blessés par les forces pro-Gbagbo ce week-end à Abobo, un quartier pro-Ouattara dans le nord d'Abidjan.

Le camp Gbagbo accuse l'ONUCI, dont il réclame le départ, d'être complice des «rebelles» des Forces nouvelles (FN), alliés à Alassane Ouattara - reconnu chef de l'Etat par la communauté internationale - qui selon lui sont infiltrés à Abidjan.

Le chef des «Jeunes Patriotes» fidèles à M. Gbagbo, Charles Blé Goudé, a appelé la semaine dernière les jeunes à «s'organiser en comités» pour empêcher «par tous les moyens» l'ONUCI de circuler.


Climat pesant à Abidjan

Dans ce contexte, M. Ban et le président des Etats-Unis Barack Obama sont «inquiets» de «l'escalade de la violence» en Côte d'Ivoire, a déclaré lundi l'ambassadrice américaine à l'ONU, Susan Rice.

A Abidjan, le climat demeurait pesant, avec des tirs sporadiques signalés dans plusieurs quartiers depuis dimanche, y compris dans des zones jusque-là préservées comme le quartier cossu de Cocody (est).

M. Gbagbo a recoconduit pour trois jours le couvre-feu nocturne dans deux quartiers d'Abidjan - Abobo, devenu la semaine dernière le théâtre d'affrontements à l'arme lourde entre forces pro-Gbagbo et insurgés, et Anyama -, où la situation humanitaire devenait de plus en plus inquiétante, sur fond d'exode de la population.

Quelque 3000 personnes se sont déjà réfugiées dans deux missions catholiques, «dans une promiscuité indescriptible», a dit l'abbé Augustin Obrou, porte-parole de l'archevêché d'Abidjan. Pour ceux qui sont restés chez eux, la vie est de plus en plus pénible, entre coupures d'eau et d'électricité et «problème de nourriture», selon un habitant.


La médiation prend du retard

La nouvelle médiation africaine prend quant à elle du retard. Un panel de chefs d'Etat devait annoncer au plus tard ce lundi des solutions «contraignantes», mais il a prévu de ne se réunir que vendredi.

(ap)