Pays Basque

30 juillet 2014 20:48; Act: 30.07.2014 21:43 Print

ETA: des peines jusqu'à 3 ans de prison

Vingt personnes, dont deux ex-dirigeants du parti basque Batasuna, interdit en Espagne, ont été condamnées mercredi à des peines allant jusqu'à trois ans de prison.

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Joseba Permach et Rufino Etxeberria, dirigeants historiques de Batasuna, ont été condamnés à la plus lourde peine, soit trois ans de prison pour «appartenance à une organisation terroriste», le groupe armé indépendantiste ETA. Au total, huit personnes ont été condamnées pour ce motif et 12 autres pour «collaboration» avec une organisation terroriste, à des peines allant de un an et trois mois jusqu'à trois ans d'emprisonnement.

Quatorze autres personnes ont été acquittées lors de ce procès fleuve, qui s'était ouvert en octobre 2013, devant le tribunal de l'Audience nationale à Madrid, notamment chargé des dossiers de terrorisme, onze ans après l'ouverture de l'instruction.

L'enquête, ouverte en 2002 par le célèbre juge Baltasar Garzon, portait sur le financement présumé de l'ETA par les «herriko tabernas» («tavernes du peuple») basques, réputées proches de Batasuna, parti interdit en 2003 car considéré par la justice espagnole comme étant le bras politique de l'ETA.

Un financement via des bars

Garzon affirmait alors que la gauche indépendantiste avait monté un système de financement au travers de ces bars pour récolter des fonds destinés à financer les structures de l'ETA. Il visait des anciens membres de Batasuna et de la gauche indépendantiste basque. La cour a estimé que les «herriko tabernas» constituaient, «en plus du service financier qu'ils apportaient au mouvement de libération national basque, contrôlé par l'ETA, une infrastructure logistique pour le développement des activités satellites contrôlées par le groupe».

La cour a estimé que les herriko tabernas constitutaient, «en plus du service financier qu'ils apportaient au Mouvement de Libération National Basque, contrôlé par l'ETA, une infrastructure logistique pour le développement des activités satellites contrôlées» par le groupe armé. Selon le jugement, ces bars fréquentés par des membres de la gauche indépendantiste, «servaient de base pour déposer du matériel et de la propagande liés aux activités de kale borroka » (violences urbaines).

L'un des magistrats s'est démarqué de la décision, plaidant l'acquittement général et s'interrogeant sur la «criminalisation comme terroriste» d'activités politiques. Le premier parti basque PNV a dénoncé un jugement «du passé», s'appuyant sur le postulat que «tout est lié à ETA». Ce verdict constitue «un pas en arrière dans le processus de normalisation politique» au Pays basque, estime ce parti nationaliste.

L'ETA tenu responsable de 829 morts en 40 ans

Le porte-parole du parti indépendantiste basque Sortu, Pernando Barrena, a condamné la décision de justice, estimant qu'elle «met en scène la déroute politique de la gauche indépendantiste que la société basque a contredit dans les urnes». La coalition indépendantiste de gauche EH Bildu est devenue en 2012 la deuxième force régionale, avec 21 députés sur 75 au Parlement basque.

Inculpé dans un premier temps dans cette affaire, l'ancien porte-parole de Batasuna, Arnaldo Otegi, ne figure finalement pas parmi les accusés car il a été condamné dans une autre affaire pour «appartenance à un groupe armé». Il purge une peine de six ans de prison pour avoir tenté de reconstituer la direction du parti.

L'ETA, rendu responsable de la mort de 829 personnes en 40 années d'attentats, a renoncé à la violence depuis le 20 octobre 2011 mais refuse de se dissoudre sans condition comme l'exigent Madrid et Paris.

(afp)