France

22 août 2019 20:16; Act: 22.08.2019 20:16 Print

Elle vole au chevet de son fils à Genève, on l'enferme

Une Vénézuélienne voulant se rendre auprès de son enfant malade a été arrêtée à l'aéroport de Roissy - Charles-de-Gaulle le 29 juillet, puis placée en centre de rétention. Un calvaire surréaliste.

Une faute?

Une histoire rocambolesque, un véritable cauchemar. Une Vénézuélienne prénommée Wilma voulait se rendre à Genève pour rejoindre son fils de 20 ans, gravement malade. Comme le raconte France Bleu, la Sud-Américaine n'a toujours pas pu atteindre sa destination.

Aéroport de Roissy - Charles-de-Gaulle (Paris), lundi 29 juillet. Partie de Caracas, Wilma désire rejoindre la cité de Calvin pour se rendre au chevet de son enfant. En transit en France, elle est stoppée par des agents de la police aux frontières. On lui annonce alors qu'elle n'a pas assez d'argent sur elle et qu'il lui manque une attestation d'hébergement en Suisse. Un document obligatoire pour les touristes étrangers désirant entrer dans l'espace Schengen.

Wilma est brièvement placée en garde à vue, puis en rétention administrative dans une zone d'attente de personnes en instance, près de l'aéroport. Une décision de la préfecture de Seine-Saint-Denis qui, selon le tribunal de Rouen (Normandie), constitue un abus de procédure. Dans ce centre, la Vénézuélienne retrouve deux Colombiennes subissant le même sort. On leur remet une serviette, de quoi se brosser les dents et se laver les cheveux, ainsi que deux draps. Leur téléphone leur est confisqué.

«Nous avons été traitées comme des criminelles»

C'est via un ordinateur connecté à internet que Wilma contacte ses proches en Suisse, pour leur demander la fameuse attestation. Elle la reçoit enfin, mais un officier la juge non recevable. Le père du fils de la Vénézuélienne envoie alors une photo du jeune homme à l'officier pour lui prouver qu'il est hospitalisé et très malade: il souffre d'une dystrophie musculaire dégénérative. En vain.

À trois reprises, on propose à Wilma de rentrer dans son pays, mais elle refuse. On la prend en photo, ses empreintes digitales sont prélevées. Tout comme ses compagnes d'infortune, qui veulent se rendre à Madrid, elle martèle qu'elle n'a aucune intention de rester en France. «Nous avons été traitées comme des criminelles», dénonce-t-elle. Elle passera finalement 12 jours dans ce centre, avant d'être transférée, tout comme les deux Colombiennes, vers un centre de rétention à Oissel, près de Rouen.

Les trois femmes sont convoquées au Tribunal de Rouen le 11 août. Le juge des libertés et de la détention est alors catégorique: rien ne justifie un tel traitement, et la rétention des Sud-Américaines est irrégulière. Wilma et les deux Colombiennes sont libres. «Elles ne justifiaient pas de tous les documents, mais le placement en zone d'attente a permis de les récupérer et de tout justifier. Au final, elles ont réussi à avoir toutes les garanties, mais ça ne suffisait pas», explique Me Bérengère Gravelotte, avocate commise d'office.

«Je veux qu'on me laisse partir, s'il vous plaît»

Wilma, Jennifer et Liliana se retrouvent livrées à elles-mêmes à Rouen, avec en leur possession un récépissé pour récupérer leur passeport à la préfecture de Bobigny, à 130 kilomètres de là. Elles sont recueillies par une habitante, qui leur propose de les héberger.


De son côté, la préfecture de Seine-Saint-Denis fait appel de la décision du juge de Rouen, estimant que le Tribunal de Rouen n'est pas compétent dans cette affaire. Elle affirme par ailleurs que la garde à vue de Wilma était justifiée, car elle a refusé de monter dans un vol retour pour Caracas dans le cadre d'une mesure de refus d'entrée. En appel, le juge de Rouen confirme cependant l'annulation de la rétention.

Prises en charge par une bénévole de l'association Welcome, Wilma et ses deux compagnes d'infortune sont toujours sous le coup d'une procédure d'éloignement. Leur avocate a demandé une annulation, mais le délai avant une audience peut atteindre les six semaines. Avec ce recours, la procédure d'éloignement est suspendue, et les trois femmes sont donc libres de rentrer chez elles. Pas question pour Wilma, qui veut absolument se rendre à Genève. «Je veux qu'on me laisse partir, s'il vous plaît, je veux qu'on me laisse partir voir mon fils», supplie-t-elle, bouleversée.

(joc)