France

29 mai 2019 11:53; Act: 29.05.2019 13:00 Print

«Nous ne sommes pas le fruit du péché!»

Secrets de famille, «honte», «tabou», «pression» de l'Eglise... Des enfants de prêtres ou de religieuses, devenus majeurs, racontent leurs difficultés et leur souffrance à être reconnus.

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Photo d'illustration (Photo: iStock)

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Fait inédit, le sort des membres de l'association «Enfants du silence, enfants de prêtres» (EDS) est évoqué à Paris par l'épiscopat. Reçus une première fois par des représentants de la Conférence des évêques en février, ils doivent l'être de nouveau le 13 juin.

Pour l'association - une soixantaine de personnes, très majoritairement des femmes - l'objectif est de «briser le silence» sur ce fait de société qui a été, selon elle, «volontairement caché ou ignoré par l'Eglise catholique», l'existence de ces enfants étant une preuve des manquements à la règle du célibat des prêtres imposée depuis le XIe siècle.

Anne-Marie, l'espoir via l'association

C'est elle la présidente d'«EDS», créée en 2014. Anne-Marie Jarzac-Mariani, est elle-même le fruit de l'amour entre un prêtre et une infirmière religieuse qui se sont connus au dispensaire Charles-de-Foucauld à Oran. Dès leur rencontre, son père demande au Vatican d'être relevé de ses voeux. «Je suis conçue. L'évêque d'Oran fait pression, cherche à sauver l'honneur de l'Eglise en trouvant une famille adoptive à Oran, à laquelle je suis confiée, jusqu'à mes trois ans. Mon père finit par démissionner et je retrouve mes parents biologiques. Ce n'est qu'à l'âge de 16 ans que j'ai su cette histoire. Dans la famille, c'était tabou. Cela m'a bouleversée», raconte à l'AFP cette femme de 68 ans qui vit près de Grenoble.

«A Rome, on parle de pédophilie, d'homosexualité... Mais le sujet des enfants de prêtre est passé sous silence», relève Anne-Marie, qui a écrit «plusieurs fois au Pape». Elle souhaiterait «qu'on puisse être plusieurs à le rencontrer. Qu'il y ait un geste de reconnaissance, des paroles bienveillantes». «C'est un premier pas de pouvoir rencontrer l'Eglise catholique» à Paris. «On est culpabilisés, rejetés. Mais on n'est pas responsables de notre condition. Nous ne sommes pas le fruit du péché , pas des enfants du diable!»

Brigitte, «pas coupable»

Brigitte*, 67 ans, trouve «ridicule ce voeu de chasteté imposé» aux prêtres. «Ils devraient pouvoir vivre une vie d'homme, avec compagne, enfants, tout en ayant une vie pastorale, comme les pasteurs chez les protestants». Fille de «prêtre officier militaire», Brigitte apprend à 17 ans que son père «nourricier» n'est pas son père biologique. Ce dernier, «un homme brillant qu'elle admirait», était l'un des deux prêtres de la paroisse... régulièrement reçus à manger dans le foyer. Mais il n'a jamais vécu avec sa mère.

«Suis-je une fille de l'amour?» s'interroge-t-elle, préférant pencher pour le «oui». «J'ai mis du temps à me mettre dans la tête que je n'étais pas coupable». «Très croyante», cette femme a «souffert du silence qu'on lui a imposé», tout en «comprenant le choix de son père d'avoir été fidèle à ses engagements de prêtre jusqu'au bout».

Maria Teresa, en quête de ses origines

Abandonnée, recueillie dans un orphelinat, puis adoptée. Maria Teresa s'apprête, à 34 ans, à suivre une vie monastique, quand elle décide de faire des recherches sur ses parents biologiques. Avec les services d'une agence, après plusieurs rebondissements et malgré «les bâtons dans les roues de l'Eglise», elle apprend que sa mère est religieuse dans un couvent en Italie et part faire sa connaissance.

Pendant 18 ans, elles se verront, plus ou moins régulièrement. Toujours discrètement. «Jusqu'à sa mort, elle n'a jamais voulu me dévoiler le nom de mon père. Je pense qu'il était prêtre», affirme Léa. «On a fait croire à ma mère qu'on lui pardonnait, à condition qu'elle coupe avec mon histoire. Elle était enfermée dans une culpabilité monstrueuse». «Je me bats pour l'accès aux documents à l'intérieur de l'Eglise», lance Maria Teresa, aujourd'hui revenue à la vie laïque, et qui n'a pas renoncé à chercher son père.

Léa, «énormément fragilisée»

«Mon père était jésuite et a rencontré ma mère dans un établissement catholique. Très amoureux, il veut changer de vie, fait les démarches officielles. Il n'était plus jésuite quand je suis née», raconte Léa, 40 ans. «Il a été complètement répudié par sa famille et celle de ma mère. Pour mes oncles, j'étais la fille de Satan (...) Nos voisins nous ont insultés. C'est allé des lettres anonymes jusqu'à un début d'incendie de notre maison, en passant par des colis contenant des excréments, des rats cloués sur notre paillasson». «Avec mes amis, ou dans ma vie professionnelle, je n'ose pas le dire. Ca m'a énormément fragilisée», confie-t-elle.

Récemment, voulant retracer la vie de son père, Léa a interrogé des institutions jésuites. «Ils ont évacué son dossier. On m'a dit: les gens qui quittent les ordres, pour nous, ils n'ont pas existé». Les prêtres qui quittent la prêtrise devraient pouvoir «avoir une aide financière à la reconversion». «Il faudrait aussi que le mariage des prêtres soit autorisé. Mais je ne pense pas que cela va bouger», juge Léa, se disant par ailleurs «allergique à la religion».

La «honte» de Sylvie

Une mère qui la battait, la découverte, à 18 ans, que son géniteur est prêtre et «qu'il a préféré garder le sacerdoce», des violences psychologiques... «j'ai souffert d'être le fruit du péché . Même encore aujourd'hui», témoigne Sylvie, 48 ans, qui a grandi dans la Nièvre. «J'ai honte». «On me l'a tellement dit, on ne peut pas s'en défaire tout seul». Son combat désormais, grâce à un psychologue et un évêque «qui l'ont beaucoup aidée»: «que les prêtres ouvrent le dialogue avec nous pour regagner notre confiance».

Nathalie, le besoin de «reconnaissance»

«Le né sous X reçoit de la compassion/ Le né sous Christ encaisse des humiliations!». C'est le début d'un petit poème que Nathalie Olivier, 50 ans vient d'écrire. Son père était prêtre ouvrier. «Il adorait la vierge Marie. En même temps il a eu envie de fonder une famille. Il demande alors à Rome d'être relevé de ses voeux. Et quitte la vie ecclésiale», raconte-t-elle, en feuilletant un album photo familial. «Mes parents s'aimaient énormément. Ils m'ont tout raconté quand j'avais 10 ans. Un choc».

«Je l'ai dit à l'école. On s'est bien foutu de moi», poursuit-elle. Aujourd'hui, passée par le protestantisme et le bouddhisme elle n'hésite pas à «en parler. Ca m'amuse, c'est mon côté provoc'. Pour les catholiques intégristes, on est des sous-merde. Cette intolérance, c'est inadmissible». «Dans notre combat, il n'y a pas de demande d'argent. Juste de la reconnaissance».

Marie, le secret à l'école

Brésilienne, Marie*, 36 ans, qui travaille dans la diplomatie, a su dès son plus jeune âge qu'elle était fille d'un clerc. «Maman m'a toujours demandé de le tenir secret, notamment à l'école». «Jusqu'à l'âge de 5-6 ans, nous nous voyions seulement aux vacances. Puis mes parents ont mis fin à leur relation. Mon père m'a reconnue, à l'état civil. Aujourd'hui il est encore dans l'Eglise. Je ne sais pas précisément dans quelle ville il habite». «J'ai eu une enfance un peu volée. C'est pas facile pour une petite fille, surtout dans un environnement très conservateur».

* Prénom d'emprunt

(nxp/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Anna Lyse le 29.05.2019 12:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Enfants de ...

    Ces enfants devenus adultes sont, le fruit de l' amour. Le fruit de deux êtres qui s'aiment ou se sont à aimés. Il n'y a aucune honte a avoir de la part de l'enfant. Au contraire il faut être fier du courage des parents qui ont osé bravé les interdits et dont l'amour était plus fort que les dictats de l'église. Portez la tête haute, le mépris et le jugement des autres n'est pas de votre responsabilité.

  • la révolte de serfs le 29.05.2019 12:26 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Amen

    je vais vous dire une chose : Celui qui a fait des études et à réussi jusqu'au bout, détient le pouvoir. Depuis la nuit des temos.Le pouvoir de tout pouvoir, dans les ordres comme dans la vie civile ou militaire . Il va asservir les autres , les plus faibles, les manipuler et leur faire croire n'importe quoi en leur faisant peur ! Peur du diable ! Il a les connaissances pour dominer par ses paroles et ses écrits, pourcontrôler surtout, devient intouchable. Ses paroles sont bues. Le 21e siècle signifie la fin de ce règne tout puissant limité sur l'homme uniquement. Quant à Dieu...

  • Jaime la vérité le 29.05.2019 14:48 Report dénoncer ce commentaire

    Obscurantisme

    Une pensée nauséabonde et mon mépris pour cette institution qui a confisqué le savoir et la richesse du peuple, oui la terre est vraiment plate dans leur tête !

Les derniers commentaires

  • La Passion ... le 30.05.2019 09:11 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Du Christ

    Nous sommes dans ce monde mais nous ne sommes pas de ce monde...

  • marius le 29.05.2019 21:56 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    ou est- ce écrit que le mariage est interdit???

    mariez-vous et procréez- vous! ni dans la Bible la Torah ou le Coran il est ecrit de ne pas ce marier pour consacrer sa vie à Dieu. Il est ecrit des regles de vie de respect vis- à- vis de nous même et envers les autres. Chacun est libre de les suivre ou non sachant que nous recoltons ce que nous semons. aucun dirigent de lieu religieux n a le droit de nous imposer le celibat . si preuve existe montrez - nous pour justifier cela. En revanche tout acte criminel est severement puni lors ce que l on s attaque a l innocence des enfants des pauvres des demunis des faibles .

    • Merci! le 29.05.2019 22:13 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @marius

      Vous ne connaissez rien!!!

    • Zoltan le 29.05.2019 22:57 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @marius

      Très juste. La preuve que cette religion catholique est une escroquerie.

  • Catholique et Fier le 29.05.2019 20:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    La Confiance.

    Il ne faut pas généraliser!!! Je suis Catholique Croyant Très Pratiquant et Très fier de l'Être!!! J'ai 42 ans. Mon épouse a 40 ans. Elle est aussi Catholique, Très pratiquante et encore plus croyante que moi. Nous nous sommes rencontrés il y a 11 ans dans un parcours de Retraite Religieuse. Nous sommes mariés depuis presque 9 ans. Nous nous sommes choisis. Étant fils unique, j'ai une soeur de coeur. Je la connais depuis 22 ans. Elle est religieuse depuis l'âge de 25 ans dans une Communaute française. Nous sommes de la même année. Nous nous sommes connus dans un rassemblement de jeunes Catholiques. Elle était encore laïque. Les choses ont été clarifiées dès le départ. Rien que de l'amitié entre elle et moi. Comme nous sommes 2 enfants uniques, comme nous nous sommes toujours entendus à merveille, comme la confiance a toujours régné, nous sommes devenus comme frère et soeur. Comme je le disais plus haut, j'ai connu mon épouse lors de Retraites. Et bien ces retraites étaient organisées par ma soeur de coeur qui est religieuse. En conclusion: chacune ou chacun son choix de vie.

    • Anto Nia le 30.05.2019 09:33 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Catholique et Fier

      en conclusion: on ne pas tombe amoureux de chaque personne de sexe opposé que l'on côtoie. J'ai moi aussi d'excellents amis de très longue date et pourtant je n'ai pas d' envie autre que cette proximité fraternelle.

  • Chocolat le 29.05.2019 19:19 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Aimer et être aimé

    Enfant du péché !! L'hêtre humain est fait pour aimer et être aimé!! Et fonder une famille! Cela fais partie de la nature. Je ne connais comprends pas cette religion qui interdit le mariage aux personnes religieuses. Dans l'Islam l'imam se marie et fonde une famille et je trouve très bien. Comment un homme religieux peut donner des conseil sur la famille comment aimé et s'occuper des siens si lui même n'en a pas!

    • Cathy le 29.05.2019 23:38 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Chocolat

      L'Eglise ne se résume pas à l'église catholique... Il y a aussi les protestants et les évangéliques (leurs pasteurs ont le droit de se marier) qui veulent vivre au plus près de la Parole et pas des inventions humaines comme sont beaucoup de dogmes catholiques. Car c'est quand on s'éloigne de la vérité de la Parole de Dieu que les problèmes arrivent. Il n'y a qu'à constater le chaos dans lequel se trouve de plus en plus empêtrée notre société qui a voulu rejeter Dieu ou adapter sa Parole au gré des modes...

    • Patriote en or le 30.05.2019 00:28 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Cathy

      Toutes les guerres dans le monde, actuellement et depuis toujours, sont et ont été provoquées par les religions, laissant aux passages des millions de morts. L'enfer est sur terre pour les victimes innocentes de ces guerres. Et ça pour rien !!!

  • Duncan le 29.05.2019 19:02 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    l'église

    Le plus grand mensonge de l'histoire de l'humanité, les théologiens??? des pédants qui foncent le sourcil pour se donner l'air important, un système à abolir immédiatement une vraie honte en 2019, on se croirait encore au dixième siècle.

    • Savoir le 29.05.2019 22:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Duncan

      Avant de critiquer... essayez de comprendre... Dans votre situation... le commentaire n'a aucune valeur. Merci!

    • Duncan le 30.05.2019 09:32 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Savoir

      Service monsieur, la vérité est toujours gratuite..

    • Patriote en or le 30.05.2019 11:19 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Savoir

      Je tente de comprendre ce "Dans votre situation" que vous écrivez à Duncan, Vous êtes devin ? Ou c'est votre pote imaginaire qui vous souffle ce que vous devez penser ?