Hong Kong

18 novembre 2019 06:41; Act: 18.11.2019 17:08 Print

Fuite spectaculaire de manifestants assiégés

Des centaines de manifestants hongkongais retranchés dans un campus se sont échappés en rappel. La police menace désormais d'utiliser des balles réelles.

Une faute?

Des dizaines de manifestants hongkongais assiégés par la police dans un campus ont réussi lundi soir à s'enfuir. Pékin a de son côté de nouveau menacé d'intervenir pour régler la crise politique dans le territoire autonome du sud de la Chine.

Retranchés dans l'Université polytechnique (PolyU), actuel bastion de la contestation, ces protestataires sont descendus en rappel d'une passerelle. Ils ont ensuite été récupérés sur une route en contrebas par des personnes à moto.

Cette fuite spectaculaire intervient, alors que la police menace désormais d'utiliser des «balles réelles» face aux «armes létales» des manifestants radicaux. Ces derniers ont jeté briques et cocktails Molotov contre les forces de l'ordre. Il était impossible de savoir dans l'immédiat combien de protestataires restaient sur le campus.

Plus tôt lundi, la police avait arrêté des dizaines de manifestants aux abords du campus - frappant certains d'entre eux avec des matraques alors qu'ils étaient au sol. La police a qualifié le campus de «zone d'émeute». Or la participation à une émeute est passible de 10 ans de prison.

Soldats chinois dans les rues

La mobilisation en cours dans l'ex-colonie britannique depuis plus de cinq mois a basculé la semaine dernière dans une phase beaucoup plus radicale et violente. L'exécutif hongkongais, qui est aligné sur Pékin, s'est refusé à accéder aux revendications des manifestants. Ceux-ci demandent notamment l'avènement du suffrage universel dans la mégapole de 7,5 millions d'habitants et une enquête sur ce qu'ils présentent comme des violences policières.

La Chine a maintes fois averti qu'elle ne tolérerait pas la dissidence. Et l'inquiétude monte face à l'éventualité d'une intervention pour mettre fin à la crise.

Des soldats de l'armée chinoise, présents à Hong Kong depuis la rétrocession de l'ex-colonie en 1997, sont sortis ce weekend de leur caserne pour déblayer certaines rues de leurs barricades. Une apparition rarissime qui a encore alimenté l'hypothèse d'une opération militaire.

Et l'ambassadeur de Chine au Royaume-Uni a donné lundi du crédit supplémentaire à cette option. «Le gouvernement de Hong Kong fait tout son possible pour reprendre le contrôle de la situation», a déclaré Liu Xiaoming lors d'une conférence de presse. «Mais si elle devenait incontrôlable, le gouvernement central ne restera certainement pas les bras croisés. Nous avons la résolution et le pouvoir suffisants pour mettre fin aux troubles».

Flèche et balles réelles

La contestation était montée d'un cran lundi dernier à Hong Kong avec une nouvelle stratégie baptisée «Eclore partout», qui consiste à multiplier les actions - blocages, affrontements, vandalisme - pour éprouver au maximum les capacités de la police. Conséquence: un blocage quasi-général des transports en commun la semaine dernière pendant cinq jours.

Cette stratégie a eu pour effet d'ancrer la contestation dans plusieurs lieux comme les campus, alors que les manifestants préconisaient au cours des mois précédents d'être insaisissables et fluides «comme l'eau».

Cette nouvelle phase a été marquée par une aggravation de la violence des deux camps. Un policier a été blessé à la jambe dimanche par une flèche tirée par un manifestant. La police dit quant à elle avoir tiré lundi trois balles près du campus, en précisant que personne n'avait été blessé.

Les forces de l'ordre ne se sont servis que lors d'incidents isolés de leur arme de service, sans faire de mort. Face aux groupes de protestataires, la police a privilégié l'usage de lacrymogènes, balles en caoutchouc ou canons à eau.

Les protestataires entendent poursuivre les blocages pour «étrangler l'économie» d'un des principaux centres financiers de la planète, désormais en récession. Victoire très symbolique pour les manifestants, la Haute cour a jugé lundi anticonstitutionnelle l'interdiction du port du masque qui avait été décidée par le gouvernement pour désamorcer la contestation.

(nxp/afp)