Crise en Ukraine

21 février 2015 12:42; Act: 21.02.2015 13:27 Print

Femmes affamées face aux rebelles hilares

Au milieu du carrefour, à la sortie de Debaltseve, des rebelles cosaques et russes se congratulent avant de quitter le champ de bataille.

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Autour d'eux, une voiture retournée, des blindés calcinés, des maisons éventrées et sur le côté, par terre, un soldat mort recouvert du drapeau ukrainien.

Les combats ont cessé vendredi à Debaltseve, laissant entrevoir la violence des affrontements qui ont traumatisé cette ville, noeud ferroviaire stratégique de l'est de l'Ukraine que les rebelles prorusses ont arraché à l'armée ukrainienne à l'issue de plusieurs semaines de combats acharnés.

Dans le centre de cette ville qui comptait 25'000 habitants avant le conflit, les traces des bombardements sont partout. Le dernier étage d'un immeuble d'habitations a été perforé par l'artillerie. Dans un autre, des pièces entières ont été soufflées. Les toits en tôle des commerces sont déchiquetés, un pont presque entièrement détruit.

La plupart des immeubles sont encore debout mais partout, le sol est maculé de gravats, de vitres explosées, de morceaux de mortiers. Au milieu d'une rue, une roquette Grad est à moitié enfoncée dans le bitume: elle n'a pas explosé.

«Combats de rue»

«Quand nous sommes arrivés dans la ville, il y a une semaine, les combats ont été très durs», raconte Sacha, un cosaque moustachu en treillis. «Les Ukrainiens étaient dans des tranchées et nous, nous sommes arrivés par les petites rues étroites. Nous nous sommes battus à la kalachnikov et au lance-grenades. Il y a même eu des combats dans des bâtiments. C'étaient des combats de rue.»

Devant l'immeuble presque intact de l'administration des chemins de fer, des soldats posent fièrement devant leur «trophée»: des caisses entières de munitions subtilisées aux Ukrainiens. Kalachnikov sur les genoux, ils rigolent grassement en reconstituant leurs chargeurs avec ces balles volées.

A côté d'eux, une trentaine de civils font la queue en attendant une hypothétique distribution de pain. Natalia Datskaï, 54 ans, attend avec son sac en plastique vide à la main. «Ça a été terrible, terrible», répète-t-elle sans cesse. «Il y avait des explosions partout. Ça bombardait sans arrêt», dit-elle, les traits tirés.

Natalia n'a pas pu quitter son appartement du 5e étage où elle vit avec sa mère qui, à 81 ans, n'était pas en état de se déplacer et d'endurer l'air vicié des abris en sous-sol. «Les vitres de l'appartement ont éclaté. Ça tirait au-dessus et en dessous de nous. On se demandait où allait tomber le prochain obus. On en tremblait de peur», raconte-t-elle.

«Flancher de peur»

A Debaltseve, les premiers combats ont eu lieu en juillet, mais les bombardements les plus intenses se sont déroulés entre le 19 janvier et mardi, à la veille du retrait des troupes ukrainiennes, raconte Natalia.

Sa voisine dans la file d'attente, Tatiana Rechetova, 60 ans, affirme que 30 obus sont tombés à côté de sa maison: elle a compté les cratères. «Ils ont bombardé les quartiers les uns après les autres pour faire fuir les gens», raconte-t-elle, émue. «C'est la première fois de ma vie que j'ai senti mes jambes flancher de peur.»

Elle a vécu deux jours dans un abri de la Deuxième Guerre mondiale. C'était la semaine dernière. «On était une dizaine, il faisait très froid, on était assis devant des bougies sans pouvoir dormir à cause des bombardements», explique la femme.

Dans un autre abri, au sous-sol de l'administration des chemins de fer, derrière une lourde porte en métal rouge, une quinzaine de vieilles femmes hagardes et affamées restent terrées malgré la fin des combats. Il fait très humide, les femmes toussent. Quand on leur apporte un peu de pain, elles se bousculent pour manger un morceau.

«Vous ne nous avez pas défendues», crie l'une d'elle à l'adresse des Occidentaux.

«Les mortiers de Dieu»

A la sortie de la ville, les champs enneigés sont comme perforés par des cratères noirs. A quelques centaines de mètres de Debaltseve, sur la route qui mène à Krasny Loutch, 12 blindés ukrainiens, certains carbonisés, ont été stoppés net par des tirs d'artillerie.

Un véhicule de transports de troupes est déchiqueté. «Ça s'est passé avant-hier», raconte Sergueï Kossogor, un général rebelle portant une chapka cosaque. «Ils n'ont rien pu faire. Ce sont les mortiers de Dieu.»

(ats)