Maroc

11 octobre 2019 07:48; Act: 11.10.2019 08:51 Print

Fini le cannabis «terroir», place à la «Critikal»

La «beldia» qui a fait la réputation du Maroc disparaît progressivement des champs remplacée par des variétés hybrides. Ces nouveaux plants, gourmands en eau et contenant un taux de THC très élevé, inquiètent les spécialistes.

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La «beldia», le cannabis «terroir» qui a fait la réputation du Maroc disparaît peu à peu des champs dans le nord du royaume, supplantée au nom du rendement par des plants hybrides importés de l'étranger. Ces nouvelles variétés, gourmandes en eau et contenant un taux de THC très élevé, inquiètent les spécialistes.

La «Critikal» fait un tabac

Dans la région montagneuse de Ketama, considérée comme «la Mecque» du kif, nom local donné au cannabis, la «Critikal» fait un tabac. Cette variété produite en laboratoire est pourtant beaucoup plus nocive, se vend moins cher et consomme plus d'eau que la «traditionnelle», selon des études.

Hicham, un «kifficulteur» de 27 ans, s'est lancé dans la culture de «Critikal» parce que «les nouvelles graines importées offrent un rendement beaucoup plus important». Pourtant, lui-même «ne fume que la beldia : la moderne est médiocre», confie-t-il. «L'une donne de l'imagination, l'autre génère l'angoisse», renchérit Mohamed, un de ses amis.

La «Critikal» est la dernière des plantes importées et la plus en vogue, après la «Pakistana» et la «Khardela», devant d'autres hybrides comme l'«Amnésia» ou la «Gorilla». Toutes proviennent «de laboratoires en Europe ou en Amérique du Nord (...). Critikal a été inventée aux Pays-Bas», explique l'anthropologue marocain Khalid Mouna. Importées par des grands producteurs, ces variétés hybrides sont devenues «un marché à part entière».

La culture, la vente ou la consommation de drogue sont strictement interdites au Maroc. Ce qui n'empêche pas le royaume de figurer parmi les principaux producteurs et exportateurs de haschich dans le monde, selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime.

Le kif: patrimoine local

Dans le nord du Maroc, le kif fait partie du patrimoine local. Sa consommation est largement tolérée par les autorités et la société, tout comme sa production qui fait selon des estimations vivre entre 90’000 et 140’000 personnes, de la culture à la revente, dans cette région aux reliefs accidentés et au sol pauvre. Hicham passe son temps entre son champ et un café du coin, où il regarde des films sur des chaînes satellitaires en fumant des joints avec ses amis, pour «oublier le chômage». Tous ont quitté l'école très jeunes pour aider leurs parents.

Les ressources en eau menacées

Non loin de leur café, une immense plantation en terrasses s'étale jusqu'au sommet de la montagne voisine. Un réseau de tuyaux reliés à un réservoir y arrose au goutte-à-goutte les plants soigneusement entretenus. La «Critikal» exige de grandes quantités d'eau. Elle est cultivée en été, quand les pluies se font rares, tandis que la «beldia» est cultivée en hiver grâce aux pluies.
Cet hybride est planté partout, même dans les sites les plus arides, «car les trafiquants l'imposent et les gens ici n'ont pas d'autres choix», s'insurge Mohamed Benyahya, un acteur associatif local.

«Outre l'épuisement et la pollution des sols, aggravés par les hybrides gourmands en intrants chimiques, ce sont les ressources en eau de la région que la culture des hybrides risque d'épuiser rapidement», selon le rapport de l'OFDT.

Plus dangereuse que le kif

La Critikal présente un autre danger. Elle contient un taux très élevé de THC, la principale molécule psychoactive du cannabis. Pour l'OFDT, «le recours aux hybrides explique la hausse rapide et importante du taux moyen de THC de la résine marocaine observée (lors des) saisies».

(lhu/afp)