Réforme des retraites

12 décembre 2019 04:34; Act: 12.12.2019 11:18 Print

France: 8e jour de grève, la colère au plus haut

Les annonces du Premier ministre, mercredi, n'ont pas réussi à éteindre la contestation contre la réforme des retraites.

La réforme des retraites expliquée.
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La mobilisation contre la réforme des retraites est entrée jeudi dans sa deuxième semaine. Elle pourrait encore s'amplifier avec de nouvelles manifestations après la présentation du projet par le Premier ministre qui a fait basculer les syndicats réformistes.

Il n'y aura «pas de trêve pour Noël sauf si le gouvernement revient à la raison» en retirant son projet, a prévenu le secrétaire général de la CGT-Cheminots, Laurent Brun, en tête de la contestation.

Fin des régimes spéciaux, «âge d'équilibre» à 64 ans, entrée dans le système à points à partir de la génération née en 1975... Edouard Philippe a détaillé mercredi le contenu du futur «système universel de retraite» par points, assurant que «tout le monde serait gagnant».

«Dogmatisme budgétaire»

Mais sitôt le plan dévoilé, la fronde syndicale s'est élargie. La «ligne rouge est franchie», a tonné le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, premier soutien d'un système universel par points, mais hostile à un allongement de la durée de cotisation via un «âge d'équilibre». Il a demandé au gouvernement de «revenir en arrière». «Voir que le compromis est à portée de main et le balayer pour une question de dogmatisme budgétaire est une profonde erreur», a-t-il déploré dans un entretien aux Echos.

Sur les radios et télévisions du matin, le gouvernement et la majorité essayaient de recoller les morceaux. «Il y a de la place pour la négociation, que ce soit sur la pénibilité, que ce soit sur les modalités pour parvenir à l'équilibre», a souligné le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire.

Le patron des députés LREM Gilles Le Gendre a de son côté assuré «solennellement» que la question de l'âge d'équilibre n'est pas décidée. Il veut recevoir Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, pour voir les «ouvertures possibles».

Nouvelle journée de mobilisation

Le 17 décembre, «il n'y aura que le Medef qui ne sera pas en grève», a ironisé le numéro un de la CGT, Philippe Martinez. La CFDT, premier syndicat, a appelé à descendre dans la rue, de même que la CFTC et l'Unsa, lors de cette prochaine grande mobilisation. Mais Laurent Berger, qui note des »avancées« dans la réforme et veut «retrouver le chemin du dialogue», ne sera pas dans le carré de tête. La circulation routière restait très perturbée jeudi avec plus de 400 kilomètres de bouchons peu après 08h30 en Île-de-France.

Dans les transports en commun, le trafic était quasi inchangé par rapport à mercredi: un TGV et un Transilien sur quatre, une dixième ligne de métro fermée à 09h30. Répercussions sur le trafic avec la Suisse, seuls deux allers-retours Paris-Bâle et un aller-retour Genève-Paris devaient circuler ce jeudi, selon les CFF.

Seul 40% des bus roulaient par ailleurs, contre 50% attendus, en raison de blocages matinaux, selon la RATP. Des manifestations et rassemblements locaux étaient prévus de Marseille à Paris.

Au Havre, la zone industrielle et portuaire était bloquée par plus d'un millier de manifestants, selon la police. «On tient les huit principaux points (d'entrée, ndlr). C'est parti pour la journée», a assuré Sandrine Gérard, secrétaire de l'union locale CGT.

Un simulateur

Le gouvernement a fait savoir qu'il travaillait à la mise en place rapide d'un simulateur pour rassurer les futurs pensionnés. «J'ai demandé qu'avant le 18 décembre on puisse avoir des éléments qui permettent de dire à peu près le montant de la retraite de chacun», a dit Edouard Philippe mercredi soir devant des parlementaires de la majorité, selon un participant à cette réunion.

Pour le Premier ministre, «les garanties données« justifient que la grève, »qui pénalise des millions de Français, s'arrête». Le mécontentement reste cependant large. Le Conseil des barreaux votera des actions vendredi et les principaux syndicats policiers menacent de «durcir» leur mobilisation. Les enseignants de la FSU ont appelé à la reconduction.

D'après le gouvernement, le projet de loi sera soumis au Conseil des ministres le 22 janvier et discuté au Parlement fin février.

(nxp/ats)