Venezuela

30 avril 2019 19:15; Act: 01.05.2019 01:12 Print

Les manifestants dans la rue malgré la répression

La situation est tendue mardi au Venezuela après le soulèvement d'un groupe de militaires acquis à la cause de l'opposant Guaido.

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Quelques heures après le soulèvement d'un groupe de militaires vénézuéliens soutenant l'opposant Juan Guaido pour faire chuter le président Nicolas Maduro, la confusion régnait mardi à Caracas : le gouvernement assurait avoir la situation sous contrôle tandis que de violentes échauffourées se poursuivaient dans les rues.

Rues barrées, jets de pierres, nuages de gaz lacrymogènes: la situation était très tendue mardi après-midi à Caracas, a constaté l'AFP. «Votre heure a sonné. C'est votre dernière chance», a mis en garde sur Twitter John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, à l'adresse du ministre de la Défense, Vladimir Padrino, du chef de la garde présidentielle Ivan Hernandez et du président de la Cour suprême, Maikel Moreno.

Martelant que les événements en cours n'étaient en aucun cas «un coup d'Etat», il a réaffirmé que «toutes les options» étaient sur la table, sans donner d'autres précisions. Les Etats-Unis «se tiennent aux côtés du peuple vénézuélien», avait assuré peu avant Donald Trump.

«A cette heure-ci, les putschistes sont vaincus et en train de fuir dans des ambassades», a assuré pour sa part le numéro 2 du pouvoir vénézuélien, Diosdado Cabello sur Twitter. Pratiquement au même moment, le Chili annonçait que l'opposant Leopoldo Lopez s'était réfugié dans son ambassade à Caracas avec sa famille. En début de journée, Lopez, qui était assigné à résidence depuis 2017, était apparu aux côté de Juan Guaido et des militaires insurgés. Il avait affirmé avoir été «libéré» par des soldats pro-Guaido. Pour l'heure, on ne savait pas où se trouvait l'opposant Juan Guaido. De son côté, le président Maduro n'était pas apparu à la télévision ou en public mardi.

Dans la matinée, aux abords de la base militaire de La Carlota, de violents heurts avaient opposé les forces de l'ordre loyalistes à des milliers de manifestants pro-Guaido. Un véhicule blindé a foncé sur un groupe de manifestants de l'opposition, laissant plusieurs personnes au sol, selon les images de la télévision locale. Par ailleurs, un militaire pro-Maduro a été blessé par balle, selon le gouvernement.

«C'est le moment! Les 24 Etats du pays se sont engagés sur le même chemin: il n'y a plus de retour en arrière. L'avenir nous appartient: le peuple et l'armée unis pour mettre fin à l'usurpation», a déclaré Guaido sur Twitter.

Tandis que le ministre de la Défense du Venezuela, le général Vladimir Padrino, mettait en garde l'opposition contre un possible «bain de sang», le représentant de Guaido à Washington Carlos Vecchio a appelé le peuple à «rester dans la rue».

Depuis le 23 janvier, le Venezuela, confronté à la plus grave crise de son histoire avec une économie au ralenti, une monnaie naufragée et des pénuries, compte de fait deux «présidents». D'un côté le député de centre droit Juan Guaido, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays dont les Etats-Unis, et de l'autre le chef de l'Etat en exercice, le socialiste Nicolas Maduro, soutenu par la Chine et la Russie.

Ruban bleu

Des soldats arborant un ruban bleu, signe de ralliement à Juan Guaido, étaient positionnés, armes à la main, dans cette zone de l'est de la capitale, a constaté l'AFP. «Le ruban bleu identifie les Vénézuéliens en uniforme ou non qui se mobilisent pour mettre fin à l'usurpation», a expliqué sur Twitter Carlos Vecchio.

«Nous aussi nous faisons partie du peuple et nous sommes fatigués de cette dictature», a déclaré à l'AFP un des militaires insurgés, sous couvert d'anonymat. Leur nombre n'était pas connu pour l'heure. Des manifestations avaient également lieu à Maracaibo, San Cristobal, Barquisimeto (ouest) et Valencia (nord), selon des témoignages d'habitants.

A l'aube, dans une vidéo tournée depuis la base militaire de La Carlota, Guaido avait annoncé sur les réseaux sociaux avoir le soutien d'un groupe de «soldats courageux». Il était entouré d'un petit groupe d'hommes en uniforme. En réponse, Nicolas Maduro, qui appelle la population à faire preuve de «nerfs d'acier!», a affirmé sur Twitter bénéficier de «l'entière loyauté» des chefs de l'armée.

«Opération Liberté»

De son côté, Diosdado Cabello, a appelé les partisans de Maduro à se rassembler au palais présidentiel de Miraflores à Caracas. «Je suis en train d'attendre les miliciens pour défendre notre président. Nous sommes disposés à le défendre jusqu'à la mort», a expliqué à l'AFP Maria Luna, membre de ce groupe civil armé, à proximité de Miraflores.

Face à l'accélération des événements au Venezuela, les réactions se sont multipliées. «L'opposition radicale au Venezuela a une fois de plus recours à une confrontation par la force», a accusé Moscou, appelant à des pourparlers pour éviter l'effusion de sang.

L'Union européenne a de son côté appelé à la «plus grande retenue», soulignant «qu'il ne peut y avoir qu'une solution politique, pacifique et démocratique», dans un communiqué de la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a exhorté «toutes les parties à éviter de recourir à la violence». Le Groupe de Lima, composé de 13 pays latino-américains et du Canada, devait se réunir dans l'après-midi en urgence.

De leur côté, des alliés de Caracas comme Cuba, la Bolivie ou la Turquie, ont rejeté le «mouvement putschiste» et condamné «la tentative de coup d'Etat». Nicolas Maduro a été réélu en juillet 2017 au cours d'un scrutin qui n'a été reconnu ni par l'Union européenne, ni par les Etats-Unis.

Quelque 2,7 millions de Vénézuéliens ont fui le pays depuis 2015, face aux pénuries de biens de première nécessité et de médicaments, selon les chiffres de l'ONU. Le Trésor américain a infligé une série de sévères sanctions financières au régime de Nicolas Maduro, qualifié d'«illégitime». Dernières sanctions en date: l'embargo américain sur le pétrole vénézuélien entré en vigueur dimanche.

(nxp/ats)