Dirigeant soviétique

01 mars 2011 08:19; Act: 01.03.2011 08:29 Print

Honni en Russie, Gorbatchev fête ses 80 ans

Le dernier chef d'Etat soviétique, qui célèbre ses 80 ans, est critiqué ou ignoré en Russie.

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Mikhaïl Gorbatchev a été le dernier dirigeant de l'Union soviétique. (Photo: Keystone/AP)

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Le dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, qui aura 80 ans mercredi, reste largement méprisé par ses concitoyens. Ces derniers lui reprochent la chute de l'URSS en 1991 et ne prêtent aucune attention à ses critiques du régime politique en Russie.

Le constat est sans appel. Selon un sondage du centre indépendant Levada publié fin janvier, seuls 14% des Russes ont une opinion «très positive ou positive» de M. Gorbatchev.

Et ils ne sont que 18% à avoir une opinion favorable de sa politique de réforme du système soviétique, la perestroïka, une impopularité qui tranche avec l'aura de l'ex-leader soviétique en Europe occidentale.

Pas de cérémonie prévue

Aucune célébration d'ampleur n'est d'ailleurs prévue en Russie pour son anniversaire, et Mikhaïl Gorbatchev organise le principal événement à Londres, le 30 mars, sous la forme d'un gala de bienfaisance dont les revenus seront reversés à son centre de traitement d'enfants souffrant de leucémies.

Les dirigeants russes actuels sont aussi avares en compliments à l'égard de M. Gorbatchev. Le Premier ministre, Vladimir Poutine, a ainsi qualifié la disparition de l'URSS de «plus grande catastrophe géopolitique» du XXe siècle.

Interrogé sur son opinion, le président Dmitri Medvedev s'est efforcé de botter en touche en novembre 2009, à l'occasion du 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, un événement que les Allemands attribuent au dernier dirigeant de l'Union soviétique.

Point de vue russe

«Mikhaïl Gorbatchev est une figure positive pour l'Allemagne, dans beaucoup de pays européens, on y considère qu'il a beaucoup fait pour l'unification de l'Europe», a relevé alors le président russe dans un entretien à l'hebdomadaire allemand, Der Spiegel.

«Dans notre pays, les jugements sur son action sont différents, car c'est sous lui que notre Etat s'est désintégré (...) Est-ce juste? C'est une question pour les historiens, mais c'est un fait que durant cette période beaucoup de gens se voyaient en victimes qui ont perdu leur pays», a-t-il ajouté.

Mikhaïl Gorbatchev hésite pour sa part de moins en moins à critiquer le système politique en place en Russie et ne cache pas son amertume face à son impopularité persistante.

Dans des entretiens à des médias d'opposition en février, il a fait part ainsi de sa «honte» face à l'évolution de son pays, dénonçant tour à tour une classe dirigeante «révoltante», le copinage, la corruption et le rôle central des forces de sécurité dans la système politique russe.

Très critique envers Moscou

MM. Poutine et Medvedev «décident qui des deux est candidat à l'élection (présidentielle). C'est honteux! J'ai honte pour eux! Ils agissent sans modestie, comme s'il n'y avait ni société, ni Constitution, ni élections», s'est emporté M. Gorbatchev à l'antenne de Radio Svoboda.

Il juge aussi dans une interview au journal d'opposition «Novaïa Gazeta» que les Russes n'apprécient pas à sa juste valeur l'importance de son héritage politique.

«On réduit la perestroïka aux maux, aux magasins vides, alors que c'est grâce à ce qui a été fait à l'époque que les gens peuvent maintenant se rendre à l'église, obtenir des visas (pour voyager à l'étranger), surfer sur internet», souligne-t-il.

Une pilule d'autant plus amère que 51% des Russes estiment encore et toujours que le dictateur soviétique Joseph Staline a joué un rôle «positif» ou «plutôt positif» pour le pays, selon le centre Levada.

«L'étranger a mieux su rendre (à Gorbatchev) les honneurs qu'il méritait. En Russie, cela prendra plus de temps. Il ne le verra pas de son vivant», estime György Dalos, historien hongrois installé depuis plus de 30 ans en Allemagne.

(ats/afp)