Allemagne

05 mai 2010 11:35; Act: 05.05.2010 15:31 Print

Huit ans au trou pour Karlheinz Schreiber

Le marchand d'armes germano-canadien Karlheinz Schreiber a été condamné mercredi en Allemagne à huit ans de prison pour fraude fiscale.

Une faute?

Il avait été au coeur du scandale des «caisses noires» de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) qui avait propulsé Angela Merkel à la tête du parti.

Le tribunal d'Augsbourg, au sud de l'Allemagne, a reconnu Karlheinz Schreiber coupable d'avoir fraudé le fisc allemand à hauteur de 7,5 millions d'euros entre 1988 et 1993, dans le cadre de plusieurs marchés d'armes.

Le président du tribunal Rudolf Weigell a estimé que les déclarations de l'accusé pour sa défense n'étaient «pas crédibles» et noté que M. Schreiber «avait gardé le silence sur les questions vraiment importantes».

Le parquet avait requis neuf ans et demi de prison. La défense avait rejeté la quasi-totalité des faits reprochés et demandé, en cas de condamnation, une peine maximale de trois ans et huit mois de détention.

Quinze ans d'enquête

Figure clé du scandale des «caisses noires» à la fin des années 90, M. Schreiber a été en revanche relaxé du chef d'accusation selon lequel il aurait cherché à soudoyer un ancien secrétaire d'Etat à l'Armement du gouvernement d'Helmut Kohl, Ludwig-Holger Pfahls (CDU).

Ce verdict est l'aboutissement d'un procès qui a démarré en janvier après quinze ans d'enquête et dix ans de bataille juridique avec les autorités canadiennes.

Ironie du calendrier, il coïncide avec les préparatifs du 80e anniversaire de l'ex-chancelier Kohl et risque de raviver des souvenirs amers chez les chrétiens-démocrates à quatre jours d'une élection régionale cruciale qui pourrait coûter à la coalition gouvernementale sa majorité au Bundesrat (chambre haute du parlement).

Scandale déclenché en Suisse

Le scandale des caisses noires avait éclaté quand M. Schreiber avait avoué un «don» d'un million de deutschemarks (environ 750'000 francs) à la CDU en 1991 dans le cadre d'une vente de blindés à l'Arabie saoudite pendant la guerre du Golfe.

La remise de cet argent sur un parking en Suisse avait déclenché l'ensemble de l'affaire. M. Schreiber avait également ouvert des comptes à Zurich et disposait d'un domicile à Pontresina (GR).

L'affaire avait précipité la chute politique du «chancelier de la Réunification» Helmut Kohl, déjà battu aux élections législatives de 1998, et permis l'ascension de l'actuelle chancelière Angela Merkel.

Le scandale avait aussi éclaboussé l'actuel ministre des Finances, Wolfgang Schäuble. Il avait été contraint de démissionner de la présidence du parti après avoir avoué qu'il avait reçu en liquide 100'000 deutschemarks (75'000 francs).

Pas de révélations embarrassantes

Les craintes que Schreiber fasse, comme il l'avait annoncé, des révélations embarrassantes sur des responsables politiques au cours de son procès, sont restées toutefois infondées. Extradé vers l'Allemagne en août dernier, M. Schreiber a finalement gardé le silence sur le scandale de la CDU.

Schreiber avait encaissé 33,1 millions d'euros de commissions dans le cadre de ventes internationales d'armes (des blindés Fuchs à l'Arabie saoudite, des hélicoptères au Canada et des avions à la Thaïlande) sans les déclarer au fisc.

Documents bancaires suisses utilisés

Il avait gardé une partie de l'argent et distribué le reste à des tiers, issus notamment des milieux politique et économique. Il n'avait pas non plus versé ce qu'il devait au fisc.

La Suisse avait levé en 2008 l'interdiction signifiée à l'Allemagne d'utiliser des documents bancaires suisses dans le cadre du procès Schreiber. Auparavant, Berne et la justice allemande s'opposaient sur le droit des les utiliser dans le cadre d'une procédure d'entraide judicaire.

(ats)