Kenya

12 septembre 2019 18:48; Act: 13.09.2019 20:26 Print

Le suicide d'une ado de 14 ans ravive un triste débat

La mort de Jackline, humiliée par son enseignante lors de ses premières règles, relance la polémique sur la précarité menstruelle au Kenya.

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Jackline Chepngeno a mis fin à ses jours le vendredi 6 septembre à Bomet (ouest). Arrivée à l'école, l'adolescente de 14 ans a été surprise par l'arrivée de ses toutes premières règles. En voyant son uniforme taché de sang, la jeune fille s'est alarmée et a alerté son enseignante, pensant trouver chez elle du réconfort et de précieux conseils. Au lieu de cela, la prof aurait humilié l'écolière, la qualifiant de «sale» et la chassant hors de la salle de classe.

Rongée par la honte, Jackline est rentrée tant bien que mal chez elle et a tout raconté à sa mère. En partant chercher de l'eau dans un bassin des environs pour nettoyer ses habits, l'adolescente, bouleversée, a mis fin à ses jours. L'histoire dramatique de cette adolescente a été largement relayée par la presse kényane. Le quotidien «Daily Nation» rapporte que la mère de la jeune fille a porté plainte, mais que la police n'a pas donné suite.

Parents d'élèves chassés par des gaz lacrymogènes

Mardi, des parents d'élèves ulcérés ont pris d'assaut l'école pour exiger des explications ainsi que l'arrestation de l'enseignante. Rien n'y a fait: la police a chassé tout ce petit monde à coups de gaz lacrymogène. L'établissement a été fermé en catastrophe et les enfants renvoyés à la maison. Les journalistes ont été tenus à l'écart et le directeur de l'école serait en déplacement pour raisons professionnelles.

Le Kenya a adopté en 2017 une loi pour fournir gratuitement des serviettes hygiéniques aux écolières. Pourtant, de nombreux foyers du pays n'ont toujours pas accès au matériel indispensable aux femmes ayant leurs règles. Avec la mort de Jackline, le débat autour de la précarité menstruelle au Kenya est ainsi relancé. Selon l'Unicef, une fille sur dix en Afrique subsaharienne ne va pas à l'école lorsqu'elle est indisposée. Les prix excessifs des protections hygiéniques en sont la raison principale.

(joc)