Syrie

18 février 2020 16:33; Act: 18.02.2020 18:50 Print

Il apprend à sa fille à rire quand une bombe explose

Pour éviter que l'état psychologique de son enfant de 3 ans ne se détériore trop gravement, un papa syrien essaie de dédramatiser la guerre en la faisant passer pour un jeu.

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La petite Salwa a toujours connu la guerre. Née il y a trois ans à Saraqeb (gouvernorat d'Idleb), la fillette a dû fuir la ville avec sa famille et vit actuellement chez des amis à Sarmada, à une cinquantaine de kilomètres de son domicile. Si le bruit des bombes est ancré dans son quotidien, jamais Salwa ne s'y est habituée. Désemparé face à l'angoisse permanente dans laquelle vit la petite fille, son papa a trouvé une solution pour lui éviter un traumatisme trop profond: dédramatiser la guerre.

Pour protéger son enfant, Abdullah Al-Mohammad lui a appris à rigoler à chaque fois qu'une bombe explose ou qu'un missile frappe une cible. Le Syrien sait bien que sa méthode ne fera pas de miracle. Mais il espère au moins éviter à Salwa d'être à jamais hantée par ces bruits terrifiants. «C'est une enfant qui ne comprend pas la guerre. J'ai décidé de lui apprendre ce jeu pour éviter que son état psychologique ne s'effondre. Et qu'elle ne contracte pas de maladie reliée à la peur», explique Abdullah Al-Mohammad à Sky News.

«Quel triste monde»

Une vidéo aussi touchante que déchirante montre la petite Salwa éclater de rire alors qu'au loin résonne une explosion. Vues près de 2 millions de fois, ces images ont bouleversé les internautes, qui ont rendu hommage à ce papa héroïque. «Personne ne devrait jamais avoir à normaliser des attaques aériennes auprès de leurs enfants», a commenté un utilisateur de Twitter.

«Quel triste monde», a écrit pour sa part Ali Mustafa, journaliste et producteur. «Le rire de ce petit ange est bien plus puissant que le bruit de cette bombe», a réagi un autre internaute. Certains ont tiré un parallèle entre l'idée d'Abdullah Al-Mohammad et celle du personnage joué par Roberto Benigni dans «La vie est belle»: le papa fait croire à son fils que le camp de concentration dans lequel ils ont été envoyés est en fait un terrain de jeu.

La guerre en Syrie est un triste exemple de la façon dont «le principe fondamental de la protection des enfants est négligé à chaque minute de chaque jour», avait écrit Geert Cappelaere, directeur régional de l'UNICEF pour le Moyen-Orien et l'Afrique du Nord, dans une tribune sur le site StepFeed en 2018. Depuis décembre dernier, environ 900'000 personnes ont été contraintes de fuir l'offensive du régime syrien dans le gouvernorat d'Idleb, la plupart sont des femmes et des enfants.

(joc)