Attentats à Paris

15 novembre 2015 10:42; Act: 15.11.2015 10:57 Print

Il raconte son calvaire au Bataclan

Suspendu aux fenêtres du Bataclan puis pris en otage vendredi soir au balcon de la salle de spectacles parisienne, David, 23 ans, raconte son «impuissance».

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Fleurs et bougies devant le Bataclan en mémoire des victimes.

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Témoignage bouleversant d'un jeune homme qui a assisté à l'attaque terroriste au Bataclan.

21h45. Peu après le début du «très bon concert des Eagles of Death Metal», ce grand amateur de musique entend du balcon «comme un roulement de caisse claire». «Je me dis que ça ressemble beaucoup à une kalachnikov.... J'ai joué à Counter-Strike avant», un jeu en ligne où des terroristes affrontent des policiers.

«Les Eagles of Death Metal, c'est des mecs un peu fada. Mais je regarde la fosse, et je commence à voir des gens morts. Je comprends que c'est une attaque quand je sens la poudre. J'ai gueulé à tout le monde de se mettre à terre», dit David.

Il cherche une issue de secours, mais tombe sur «un cul-de-sac»: une fenêtre ouverte, «sept mètres de haut». Soudain, un coup de feu au balcon: «C'est la panique». David se suspend aux barreaux de la fenêtre. On le voit sur la tragique vidéo réalisée par un journaliste du journal Le Monde.

Moment interminable

Un «terroriste» somme David et d'autres spectateurs «de revenir au balcon, de nous asseoir. Pendant ce temps, un autre gars continuait de tirer dans la fosse et de tuer», explique David.

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L'homme armé les tient «plus ou moins en joue. Il essayait un peu de nous mettre en confiance. Puis il y a eu une gigantesque détonation. Là, ça devient une prise d'otage à 100%. C'était hyper dur, terrible, de se sentir aussi piégés. J'avais la rage contre le Bataclan. Si c'était un feu, il y avait même pas de sortie de secours au balcon ! Et en bas c'était un charnier, ils ont tué tout le monde!», poursuit-il.

Moment interminable... «Comme dans un film, un négociateur demande 20 minutes au terroriste», qui accepte sous la menace de «faire tout péter». «Imagine-toi, l'impuissance. J'aurais eu une arme, j'aurais tiré, plutôt qu'être devant une fenêtre en attendant de crever», maudit David.

«(...) se faire passer pour morte pour rester vivante (...)»

C'est le moment de l'assaut, «éclair». Tirs croisés, puis «une explosion, une déflagration telle» que David a perdu par endroits «dix centimètres» de ses longs cheveux châtains. Comment résumer ? «C'est passé de trop, trop calme à un tremblement de terre, d'un coup. Les terroristes avaient perdu pied. Ils ont dû se dire +je vais me faire sauter+».

Lui rampe, va vers les policiers. «La seule chose que tu te dis, c'est : +Je vais aller devant et plus jamais regarder derrière moi+.»

«David est safe»

David retrouve, au fur et à mesure, ses quatre amis, tous sains et saufs. Laure (le prénom a été changé), dans la fosse, «a dû se cacher dans des cadavres, se faire passer pour morte pour rester vivante (...) C'est un miracle.»

A minuit et demi, une amie parvient sur Facebook à rassurer la famille affolée de ce jeune homme aux racines chiliennes : «David est safe». «Je suis secoué, sonné (...) J'ai l'impression d'à peine émerger», raconte-t-il après avoir retrouvé les siens.

Vendredi soir, au Bataclan, au moins 89 personnes sont mortes.

(nxp/afp)