Reykjavik

01 mars 2019 22:35; Act: 01.03.2019 22:47 Print

Il y a trente ans l'Islande redécouvrait la bière

Chaque 1er mars à des faux airs de jour férié : dans les bars, les restaurants, ou simplement installés sur leur canapé, les Islandais célèbrent à leur façon le Bjordagur, «la journée de la bière».

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La bière représente désormais plus de la moitié de la consommation totale des boissons alcoolisées. (Photo: Keystone)

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Il y a trente ans jour pour jour, le 1er mars 1989, le pays abrogeait une loi de 1915 interdisant la vente et la consommation de la boisson fermentée.

Aujourd'hui, hors de question pour les Islandais de se passer d'une telle célébration. «C'est une bonne excuse pour sortir et se soûler», reconnaît avec malice Sverrir Ljar Björnsson, serveur à Reykjavik.

À grands coups de lever de coudes, on savoure l'or liquide local, avec des pintes de Gull, des chopes de Viking, des Einstök en pressions.

«On en profite car la bière est moins chère», admet Ivar Örn Arnarsson. Ce trentenaire vient de débourser 800 couronnes (5,89 euros) pour sa pinte, contre près du double en moyenne le reste de l'année.

L'Islande est le pays d'Europe où les boissons alcoolisées sont les plus chères -derrière la Norvège, selon les données d'Eurostat pour 2017.

-74 ans de prohibition

A l'issue d'un reférendum voté au début du XXe siècle, l'île volcanique interdit toute consommation de boissons alcoolisées.

Mais, très vite, la législation se heurte à un conflit commercial avec l'Espagne, qui l'oblige en 1922 à légaliser la vente de vin. Toutes les boissons alcoolises (ou presque) seront de nouveau légalisées en Islande en 1935.

Toutefois, la bière y restera prohibée pour des raisons politiques car l'Islande, alors engagée dans une lutte pour son indépendance vis-à-vis du Danemark, l'associait au mode de vie danois.

Le breuvage sera finalement légalisé en 1989, après de vifs débats au Parlement. «Le lendemain de la légalisation, les gens dansaient sur les tables des bars», se souvient Harpa Hardardottir, 62 ans. «C'était comme une nouvelle fête nationale». Un an après son retour sur le marché, la consommation totale de bière augmentait de 23%, selon un rapport publié en 1999.

Changements d'habitudes

Aujourd'hui, même si les célébrations sont plus discrètes, pendant 24 heures la bière, vendue uniquement dans des magasins d'Etat, coule à flots. Une aubaine pour les débits de boissons qui, pour certains, disent écouler entre 5 et 6 fûts supplémentaires qu'un vendredi classique.

Depuis la fin du XXème siècle, les habitudes de consommation des boissons alcoolisées ont aussi considérablement changé. En 1988, la part des spiritueux représentait 77% des ventes d'alcool pur, contre 16% en 2016, selon les chiffres de l'institut statistique national.

La bière s'est fait la part belle depuis et représente désormais plus de la moitié de la consommation totale des boissons alcoolisées. «C'est parce que c'est bon et que ça nous rend heureux», s'esclaffe Melkorka Bjark Mors.

(nxp/afp)