Esclave de l'EI

05 mars 2019 14:49; Act: 05.03.2019 19:54 Print

Ils ont tué son père, vendu sa soeur, et sa mère a péri

Kinan, 10 ans, a été l'esclave d'un jihadiste pendant cinq ans en Syrie. Enfin libre en compagnie de son oncle, il raconte son calvaire.

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Kinan n'a que 10 ans, mais il a passé la moitié de sa vie en enfer. Pendant cinq longues années, le jeune garçon a été l'esclave d'un jihadiste syrien nommé Abou Saad. Il a été libéré il y a environ une semaine et évacué de la région de Baghouz, dernière poche de l'EI en passe d'être renversée. Réfugié dans un camp où de nombreux enfants de jihadistes et esclaves de Daesh le côtoient, Kinan s'est confié à des journalistes de Franceinfo.

Le cauchemar du petit garçon commence en 2014. En quelques heures, les soldats de l'EI prennent la ville yézidie de Sinjar, située dans le nord-ouest de l'Irak. Kinan, ses parents, son frère et ses soeurs sont capturés par les jihadistes. «Ils ont exécuté mon père, sans raison», confie-t-il. La grande soeur de Kinan est vendue, l'enfant, sa mère et son frère sont achetés par Abou Saad. La famille se retrouve alors dans la région de Baghouz, en Syrie, dernier bastion de Daesh. C'est là que la maman de Kinan décède, mais le garçon ne dit rien sur les circonstances de ce drame. On ignore également ce qu'il est advenu de ses frère et soeurs.

Son oncle le retrouve

Réduit en esclavage, Kinan essuie «des coups de plus en plus violents», sans savoir pourquoi. Le garçon doit se coltiner les corvées, «alors que les enfants du jihadiste sont dorlotés», raconte-t-il. Abou Saad le rebaptise Ahmed et lui interdit de parler kurde. Cinq ans après, l'enfant a tout oublié de sa langue maternelle et ne s'exprime qu'en arabe. La région de Baghouz étant assiégée par les Forces démocratiques syriennes, Abou Saad prend la fuite pour Idlib, dernier repaire de l'EI après Baghouz. C'est là que l'oncle de Kinan le retrouve. «Il a payé 30'000 dollars à Abou Saad pour me récupérer», explique l'enfant.

Enfin libre, le jeune garçon se voit bien devenir policier, «pour attraper les méchants». Tiré à quatre épingles, en veste de costume et cravate, Kinan confie vouloir être beau pour ses premiers jours de liberté. Il restera cependant marqué par ce qu'il a vu pendant ces longues années de cauchemar: «Beaucoup de morts, des gens massacrés par les combattants de l'État islamique, ils nous frappaient beaucoup», raconte-t-il. Aujourd'hui au Kurdistan irakien avec son oncle, Kinan est enfin en sécurité.

(joc)