Mumbai

29 novembre 2008 14:48; Act: 29.11.2008 14:59 Print

Inquiète, la ville tente de se réveiller du cauchemar

Célèbre pour sa résilience, Mumbai (ex-Bombay) a maintes fois repris le dessus sur la tragédie.

Sur ce sujet
Une faute?

Mais après l'épisode terroriste le plus spectaculaire et le plus audacieux de son histoire, la mégapole de 18 millions d'habitants, inquiète, s'interroge.

Dans les trains bondés, les parcs, les magasins, les bureaux, chacun se demande s'il pourra à nouveau être un jour vraiment en sécurité après plus de deux jours d'horreur qui ont fait au moins 195 morts.

La bouillonnante capitale économique indienne, en bord de mer, attire chaque jour des centaines de nouveaux arrivants.

«Il y a une limite qu'une ville ne peut pas supporter», estime Ayesha Dar, femme au foyer de 33 ans. «Ceci est un type de peur très très différente. Il faudra du temps avant que les choses reviennent à la normale».

La plupart des cibles potentielles, y compris les écoles et cinémas, ont été bouclées par la police après le début de l'offensive des terroristes mercredi soir.

«Je ne sais pas quand nous rouvrirons. Qui viendra, alors qu'il y a une telle peur?», se demande Karan Amin, employé au cinéma Mumbai Regal. Et pourtant, les habitants de «Bollywood» sont des fous de Septième art et s'y pressent habituellement.

Des propriétaires de restaurants craignent également que la série d'attaques contre certains des établissements les plus fréquentés et les plus prestigieux de la ville n'ait des conséquences néfastes sur la fréquentation. «Ce sont des militants bien entraînés, pas des gamins à qui on a dit de poser une bombe et de se sauver. Cette fois-ci, ça n'est pas si simple», juge Pranav Desai, patron de deux bars branchés.

Pourtant, les tragédies et les attentats, Mumbai en a la triste habitude: en 2006, en pleine heure de pointe du soir, sept explosions semaient la panique dans les trains bondés et faisaient 187 morts.

En 2003, non loin de l'hôtel Taj Mahal pris pour cible mercredi, des taxis piégés sautaient, faisant 52 morts. Et, en 1993, les pires attentats de l'histoire du pays frappaient Mumbai: 257 morts tués dans une série de 13 attentats à la bombe.

La Bourse de Mumbai, bien que frappée elle-même par un attentat à la voiture piégée, n'a jamais fermé ses portes.

Mais cette fois-ci, les habitants de Mumbai redoutent qu'il ne soit pas facile de continuer comme avant. «La différence principale, c'est la colère», estime Rajesh Jain, patron d'une société de courtage, Pranav Securities. «Les gens sont inquiets face à l'inefficacité du gouvernement. A-t-il la volonté, la possibilité de faire face aux dangers qui nous menacent?».

«Tout à coup, plus personne ne se sent en sécurité», note Joe Sequeira, gérant d'un restaurant à la mode proche de l'hôtel Oberoi, autre cible mercredi des terroristes.

Samedi, quelques heures après l'annonce de la mort des derniers assaillants, les habitants cherchaient à comprendre ce qui s'était passé, et ce qui avait changé la ville: ils étaient nombreux, appareils photo à la main, autour du Taj Mahal incendié, photographiant le bâtiment, les carcasses de voitures dans les rues environnantes...

«Le retour à la normale prendra sans doute un peu plus de temps. Mais nous n'avons pas le choix. Il le faut», soulignait Joe Sequeira. AP

nc/v0/cr

(ap)