Enquête

07 février 2019 19:15; Act: 08.02.2019 07:28 Print

Nouvelles révélations dans l'affaire Khashoggi

Le prince héritier saoudien aurait affirmé en 2017 qu'il utiliserait «une balle» contre le journaliste s'il ne cessait pas ses critiques.

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Des révélations embarrassantes pour Ryad ont relancé jeudi le débat sur le rôle du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane dans l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, au moment où Donald Trump est de nouveau sommé par le Congrès américain de désigner et punir les responsables.

Selon le New York Times, le jeune et puissant dirigeant du royaume, surnommé «MBS», avait dit en 2017 à un proche conseiller, Turki Al-Dakhil, qu'il utiliserait «une balle» contre le journaliste saoudien s'il ne rentrait pas en Arabie saoudite et ne mettait pas en sourdine ses critiques à l'égard du régime.

Cette conversation, qui date de septembre 2017, soit un an avant le meurtre, a été interceptée par le renseignement américain, rapporte le quotidien, citant des responsables américains et étrangers.

Trump doit s'exprimer vendredi

Le 2 octobre, Jamal Khashoggi, qui collaborait notamment avec le Washington Post et résidait aux Etats-Unis, a été tué et démembré dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando d'agents saoudiens venus depuis Ryad.

Le 10 octobre, un groupe de sénateurs américains, républicains et démocrates, ont activé une loi qui oblige Donald Trump à dire au Congrès, dans un délai de 120 jours qui prend fin vendredi, quels ressortissants étrangers il considère responsables de cet assassinat -- et à prendre, le cas échéant, des sanctions à leur encontre.

Interrogé sur cette obligation légale, le porte-parole de la diplomatie américaine Robert Palladino a répondu jeudi que le gouvernement américain avait déjà sanctionné mi-novembre 17 responsables saoudiens. «Je n'ai rien à ajouter aujourd'hui», a-t-il dit, semblant minimiser cette date-butoir, tout en assurant vouloir «continuer à travailler avec le Congrès» dont il partage «l'indignation».

Or parmi ces 17 personnes sanctionnées, aucun haut dirigeant saoudien n'a été mis en cause, alors que le Sénat américain, pourtant contrôlé par le camp républicain du président, a adopté par consentement unanime une résolution jugeant le prince héritier «responsable» du meurtre.

L'ONU affirme détenir des «preuves»

L'administration Trump affirme ne pas disposer de preuve irréfutable de l'implication directe du dirigeant saoudien, bien que les sénateurs, après avoir été informés à huis clos à l'automne des conclusions de la CIA, aient assuré avoir été confortés dans leur mise en cause du prince héritier.

La rapporteure spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires a de son côté affirmé jeudi détenir des «preuves» montrant que le meurtre avait été «planifié et perpétré par des représentants de l'Etat d'Arabie saoudite».

Ryad dément catégoriquement toute responsabilité de Mohammed ben Salmane, et l'administration Trump a clairement fait savoir que l'alliance «stratégique» avec l'Arabie saoudite était, quoi qu'il en soit, prioritaire.

Lors d'une rencontre jeudi à Washington, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et le ministre d'Etat saoudien aux Affaires étrangères Adel al-Jubeir «sont convenus de l'importance de voir l'Arabie saoudite poursuivre ses investigations» de «manière transparente» pour que «toutes les personnes impliquées rendent des comptes», selon le département d'Etat.

Des sénateurs passent à l'acte

«Le président Trump donne clairement plus de poids à la parole d'un dictateur étranger qu'à ses propres agences de renseignement», a déploré le vice-président de Human Rights First, Rob Berschinski, dans un communiqué commun avec cinq autres organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse. «Il revient au Congrès d'agir», a-t-il insisté, appelant à des «mesures concrètes immédiates pour faire avancer la justice».

Au Sénat, un groupe d'élus des deux bords politiques a présenté jeudi une proposition de loi pour interdire notamment certaines ventes d'armes à l'Arabie saoudite, en raison du meurtre du journaliste mais aussi du rôle controversé de Ryad dans «le conflit dévastateur au Yémen».

Pour «éviter que le président Trump mette sous le tapis le meurtre de M. Khashoggi», «le Congrès doit désormais prendre ses responsabilités et imposer des mesures pour réexaminer radicalement nos relations avec le Royaume d'Arabie saoudite», a déclaré le sénateur démocrate Bob Menendez.

Selon son collègue républicain Lindsay Graham, souvent proche des positions de Donald Trump, «si l'Arabie saoudite est un allié stratégique, le comportement du prince héritier, à plusieurs titres, a manqué de respect à cette relation, ce qui le rend (...) plus que toxique».

(nxp/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Amor DERIRE le 07.02.2019 20:26 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et puis ?????

    C'est bien ! Tout le monde est scandalisé, outré, horrifié etc... mais surtout personne ne fait et ne fera rien ! Alors ?

  • Indignation pour la conscience le 07.02.2019 20:14 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Mais au final...comme d'hab!

    Noooon c'est vrai? Un meurtre planifié??? Impossible....ça sert à rien de faire des annonces bidon et des dénonciations toute les deux semaines tout en sachant que vous ne ferez jamais rien!!! Soit vous arrêtez d'en parler définitivement, soit vous punissez sévèrement le régime qui à fomenter ce meurtre! Mais svp arrêtez d'être soi-disant indigné pour vous donner bonne conscience...ça en devient fatiguant!

  • C. Vray le 07.02.2019 19:43 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Pareil !

    Ils sont très futés à l'ONU !

Les derniers commentaires

  • Rid Icule le 08.02.2019 13:52 Report dénoncer ce commentaire

    La solution? L'ultimatum!

    C'est une tendance générale, pas seulement en politique, mais aussi dans le monde du travail : un problème surgit, y'a qu'à poser un ultimatum avec une soi-disante "autorité" pour avoir une solution ! Magique, non ?

    • Rid icule bis le 09.02.2019 18:05 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Rid Icule

      ouiiiiiiiii on n'achete plus de petrole aux saoudiens .... excellente idée

  • Callas le 08.02.2019 11:50 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Hypocrites

    Un homme est mort pour avoir fait son travail de critique d'un état, qui ne se comporte pas selon les droits de l'homme. États Unis gros consommateurs de pétrole bon marché, couvrent MBS, c'est une fois de plus la démonstration que la fin justifie les moyens. Une telle attitude ce retrouve dans nos sociétés pseudos démocratiques, lorsque les intérêts supérieurs de l'état sont mis en avant. Notre société a beaucoup de chemin à faire pour éradiquer une telle attitude. Mon mépris pour les gouvernants est toujours plus grand.

    • Chi Mariz le 08.02.2019 13:01 Report dénoncer ce commentaire

      Hypocrisie?

      Que chacun balaie devant sa porte avant de critiquer des régimes et des états. Le comportement d'une société est la résultante des comportements des individus qui font partie de l'état. Que chacun fasse un constat honnête face à soi-même. Sommes-nous tous honnêtes et vrais à l'égard de nous-mêmes? Sommes- nous exempts de méchanceté, de rancune de désir de vengeance? Les désirs de vengeance individuelles se transforment en vengeance d'état. L'hypocrisie fait partie de l'héritage inconscient de l'humanité. Que chacun fasse un travail sur soi-même et l'humanité ira mieux!

  • Gargamel le 08.02.2019 08:06 Report dénoncer ce commentaire

    Il ne risque absolument rien

    Il est intouchable, et il éliminera toutes les personnes qui s'opposeront à lui, car jamais personne n'a osé lui dire non. Il est devenu ce que l'on a fait de lui, un enfant gâté et aucun pays ne fera rien à cause du pétrole. Chez nous on a l'affaire Maudet et on n'arrive pas à s'en débarrasser, tout comme les français avec Benalla. A chacun son boulet.

  • Gargamel le 08.02.2019 08:04 Report dénoncer ce commentaire

    Il ne risque rien

    Il est intouchable, et il éliminera toutes les personnes qui s'opposeront à lui, car jamais personne n'a osé lui dire non. Il est devenu ce que l'on a fait de lui, un enfant gâté et aucun pays ne fera rien à cause du pétrole. Chez nous on a l'affaire Maudet et on n'arrive pas à s'en débarrasser, tout comme les français avec Benalla. A chacun son boulet.

  • Mllelola le 08.02.2019 08:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Égocentrique

    Attendez que le pétrole ne servent plus à leur cause ils iront pleurer au pied de leur tour d ivoire Des égocentriques !