Amérique latine

13 octobre 2019 23:26; Act: 14.10.2019 08:31 Print

L'Equateur sort de 12 jours de crise

Le gouvernement et le mouvement indigène ont trouvé un accord dimanche soir pour sortir de la crise en Equateur.

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L'Equateur sort avec soulagement lundi d'une crise sociale sans précédent, marquée par des manifestations violentes et une paralysie de 12 jours, mais la facture, tant économique que morale, va être lourde pour le pays andin. (14 octobre 2019) Le gouvernement et le mouvement indigène ont trouvé un accord dimanche soir pour sortir de la crise en Equateur. (13 octobre 2019) Le gouvernement équatorien et le mouvement indigène tiendront dimanche leur première réunion de dialogue à Quito. (Dimanche 13 octobre 2019) Le bureau de l'Inspection générale des finances de Quito a été saccagé samedi par des manifestants. Des médias ont aussi été attaqués. (12 octobre 2019) La principale organisation indigène d'Equateur a accepté samedi de dialoguer avec le président. Celui-ci a décrété un couvre-feu à Quito face aux «intolérables» violences. (12 octobre 2019) Dixième jour de protestations à Quito, en raison de la hausse du prix de l'essence. (11 octobre 2019) «Aucun dialogue avec un gouvernement assassin», cingle la Confédération des nationalités indigènes de l'Equateur (Conaie) dans un communiqué signé par son président Jaime Vargas (centre de la photo). (10 octobre 2019) Les indigènes rejettent le dialogue avec le gouvernement. (Equateur, 10 octobre 2019) Huit policiers étaient retenus jeudi par des indigènes équatoriens mobilisés à Quito contre la hausse du prix de l'essence décidée par le gouvernement. (Jeudi 10 octobre 2019) Cinq civils, dont un dirigeant indigène, ont trouvé la mort durant les manifestations qui secouent l'Equateur depuis une semaine. (Jeudi 10 octobre 2019) Aucun président avant Moreno n'avait osé toucher aux subventions au carburant - sujet tabou dans le pays - et en assumer ensuite les conséquences : le voici désormais confronté à la plus grande mobilisation indigène en 12 ans. (jeudi 10 octobre 2019) Plusieurs milliers d'indigènes et de paysans équatoriens ont commencé à défiler mercredi à Quito lors d'une grande manifestation contre la hausse du prix de l'essence. (9 octobre 2019) Les manifestants, qui se rassemblent à Quito depuis lundi, se dirigeaient vers le centre historique, théâtre de violents affrontements les jours précédents et quadrillé par les forces de l'ordre. (9 octobre 2019) Depuis lundi, la capitale est le théâtre de violents affrontements. (8 octobre 2019) Les incidents ont mis sous pression le gouvernement du président Lenin Moreno, un libéral de 66 ans arrivé au pouvoir sous la bannière socialiste. Il a ordonné mardi un couvre-feu nocturne autour des lieux de pouvoir. (8 octobre 2019) Les incidents ont mis sous pression le gouvernement du président Lenin Moreno. (Quito, 8 octobre 2019) Le président Lenin Moreno, qui avait déplacé lundi le siège du gouvernement vers la capitale économique du pays, Guayaquil (sud-ouest), avait déjà proclamé l'état d'urgence pendant 60 jours afin que les forces armées puissent rétablir l'ordre. Le couvre-feu aura la même durée. (Quito, 8 octobre 2019)

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L'Equateur sort avec soulagement lundi d'une crise sociale sans précédent, marquée par des manifestations violentes et une paralysie de 12 jours, mais la facture, tant économique que morale, va être lourde pour le pays andin.

Des milliers d'habitants ont fêté dimanche soir dans les rues de Quito l'accord entre le mouvement indigène, fer de lance de la contestation, et le gouvernement du président Lenin Moreno, qui a accepté de retirer son décret controversé supprimant les subventions au carburant.

Mais vient désormais l'heure des comptes.

Le pays a été à l'arrêt pendant près de deux semaines, entre blocages de routes, écoles fermées, transports publics quasi inexistants et puits pétroliers d'Amazonie à l'arrêt, ce qui a suspendu la distribution de près de 70% de la production de brut.

Il a aussi été secoué par une vague de manifestations dont le bilan est lourd: sept morts, 1340 blessés et 1152 arrestations, selon le bureau du Défenseur du peuple, organisme public de défense des droits.

Rien qu'à Quito, le bâtiment de l'Inspection des finances a été incendié par des manifestants masqués, de même que les locaux de la chaîne Teleamazonas. De nombreux édifices ont subi des dommages lors des affrontements avec les forces de l'ordre.

Dimanche, avant qu'une issue à la crise ne soit trouvée, la Chambre de commerce de Quito prévenait: «le blocage de routes, les attentats contre les entreprises, l'interruption de services basiques, les dégâts contre les puits pétroliers et les stations de pompage de pétrole provoquent des pertes de plus de 200 millions de dollars par jour, ce qui affecte directement l'emploi et l'économie de tous les citoyens».

Moins de touristes

Le tourisme, troisième source de revenus de l'Equateur derrière l'exportation de bananes et de crevettes, figure parmi les secteurs touchés. En 2018, le pays a reçu 1,4 million de touristes, 11% de plus qu'en 2017, pour des recettes de 2,4 milliards de dollars.

Ces derniers jours, beaucoup de compagnies aériennes ont annulé leurs vols vers ou depuis Quito, et de nombreux hôtels ont souffert d'annulations de touristes étrangers effrayés par la situation chaotique.

«Les pertes sont d'environ cinq millions de dollars par jour», a déclaré dimanche à la télévision la ministre du Tourisme, Rosi Prado del Holguin.

L'exportation de fleurs coupées, autre grande activité de l'Equateur, a elle aussi souffert. L'association nationale de producteurs et exportateurs de fleurs, Expoflores, s'est déclarée en état d'urgence, évoquant des pertes de plus de 30 millions de dollars affectant les 300'000 familles travaillant dans ce secteur.

Les mesures annoncées début octobre par le président Moreno, en échange d'un prêt du Fonds monétaire international (FMI) de 4,2 milliards de dollars, visaient justement à redresser une économie plombée par un déficit de 1,5 milliard de dollars (près de 5% du PIB), pour une dette publique en forte hausse, à 36,2% du PIB.

La suppression des subventions au carburant devait réduire le déficit à 230 millions (sous les 1%) et permettre d'atteindre un excédent budgétaire en 2020.

Désormais, «avec l'annonce que le décret sera remplacé par un autre, cela signifie probablement que l'économie ne sera pas aussi grande qu'attendue», observe Alberto Acosta Burneo, analyste économique.

Mais «ne prendre aucune mesure n'est pas une alternative, car ce serait une grande infraction à l'accord noué avec le FMI et les fonds n'arriveraient plus».

F(r)acture morale

Plus difficile à évaluer, la facture morale d'une telle crise est pourtant réelle. De nombreux manifestants se sont par exemple dits choqués par la forte répression policière.

«Ils sont en train de nous tuer, on est en guerre!», s'inquiétait l'un d'eux samedi, visage masqué par un foulard.

«Où sont les mères de ces policiers, les fils, les frères? Ils ne leur disent pas d'arrêter de nous tuer?», criait aussi, en larmes, Nancy Quinyupani, une indigène.

Les indigènes, qui représentent un quart de la population, ont également exprimé, lors de cette crise, une rancoeur plus large, envers les classes aisées et les médias dont ils se disent absents.

Pour Pablo Romero, expert de l'Université Salesiana de Quito, au-delà de la «victoire symbolique» pour cette communauté qui a réussi à faire plier le gouvernement, il y aussi une «grande perte»: «Quito va regarder le monde indigène avec méfiance, voire avec colère ou ressentiment».

Car «la destruction de Quito, même si cela a pu être le fait de (casseurs) infiltrés, les habitants vont l'associer avec le monde indigène».

Au final, la crise «a exacerbé encore plus le racisme et le racisme de classe. Il y a une fracture qui sera très difficile à combler», regrette-t-il.

(nxp/afp)