Genève

19 novembre 2019 12:17; Act: 19.11.2019 16:29 Print

L'ONU demande à l'Iran de rétablir internet

Mardi, l'ONU a appelé au calme après des heurts en Iran depuis vendredi, en raison de l'annonce d'une hausse du prix de l'essence.

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Le gouvernement iranien a fait savoir mardi que l'Etat mettrait fin à sa coupure d'internet uniquement lorsqu'il sera certain que le réseau de ne sera pas «utilisé à mauvais escient» pour de nouvelles émeutes.

La République islamique est pratiquement coupée du monde depuis samedi soir, après la mise en oeuvre d'une décision de restreindre drastiquement l'accès à internet, au lendemain de manifestations contre la hausse du prix de l'essence ayant rapidement dégénéré en heurts dans plusieurs dizaines de villes.

«De nombreuses professions et banques [...] font face à des problèmes» du fait de la coupure du réseau «et nous avons essayé de résoudre ce problème», a déclaré le porte-parole du gouvernement iranien, Ali Rabii, cité par l'agence semi-gouvernementale Isna.

«D'après les informations dont je dispose, l'internet sera rétabli progressivement dans certaines provinces où il y aura l'assurance que le réseau ne sera pas utilisé à mauvais escient», a ajouté Ali Rabii, rappelant que la décision de restreindre l'accès au réseau avait été prise par le Conseil suprême de la sécurité nationale.

«Nous comprenons que la population rencontre des difficultés» du fait de la coupure, mais la priorité, «dans les circonstances actuelles, est de maintenir la paix et la stabilité du pays», a encore déclaré Ali Rabii.

Coupure quasi totale

Du fait du couvre-feu numérique, la situation, et en particulier le nombre de victimes après quatre jours de violences, reste très difficile à évaluer à l'échelle du pays. «Soixante-cinq heures après la mise en oeuvre d'une coupure quasi totale de l'internet en Iran, quelques uns des derniers [liens avec l'extérieur] sont en train d'être coupés», a écrit sur son compte Twitter vers 11h30 l'ONG NetBlocks.org, qui surveille la liberté d'accès à internet de par le monde. «La connexion au monde extérieur a encore baissé [pour s'établir] à 4% de son niveau normal», ajoute NetBlocks.org.

En temps normal, l'accès à internet est largement filtré ou restreint pas les autorités: à l'exception d'Instagram et WhatsApp, les grands réseaux sociaux internationaux comme Facebook, Twitter ou Telegram ne sont accessibles qu'en utilisant un «réseau privé virtuel» (VPN), logiciel permettant de contourner la censure.

L'ONU s'inquiète

L'ONU est «profondément inquiète» de la répression des manifestations depuis vendredi en Iran. Elle a demandé mardi à Genève aux autorités de rétablir l'accès à Internet et de ne recourir à l'usage de force létale qu'en cas de besoin absolu.

«Il est extrêmement difficile de vérifier le nombre de décès», a affirmé devant la presse un porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'homme. Des indications, notamment de médias officiels et semi-officiels, laissent penser que celui-ci s'établit à plusieurs «dizaines», dit-il.

«C'est clairement très grave», affirme-t-il. Au moins cinq victimes ont été confirmées officiellement, dont trois agents des forces de l'ordre tués à l'arme blanche par des «émeutiers» près de Téhéran, ont rapporté dans la nuit de lundi à mardi des agences de presse iraniennes. Et plus de 1000 personnes auraient été arrêtées dans huit provinces.

L'ONU demande aux autorités de garantir les libertés fondamentales, notamment en rétablissant l'accès à Internet et en autorisant les manifestations, lancées en raison des prix du carburant. Elle se dit «profondément inquiète» des indications de violations du droit international.

(nxp/ats)