Chili

14 décembre 2019 00:24; Act: 14.12.2019 00:24 Print

L'ONU dénonce les dérapages de la police

Des experts de l'ONU pointent dans un rapport le «nombre élevé de violations graves des droits humains» au Chili.

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Des milliers de manifestants ont affronté vendredi les forces de l'ordre lors d'une manifestation à Santiago,. Le mouvement de contestation sociale qui secoue le pays depuis le 18 octobre a fait 26 morts et des milliers de blessés. (Vendredi 27 décembre 2019) Le président du Chili Sebastian Piñera a promulgué lundi au palais présidentiel de Santiago la loi permettant la tenue d'un référendum sur un changement de Constitution. (Lundi 23 décembre 2019) De violents affrontements entre policiers et manifestants ont éclaté vendredi dans le centre de Santiago du Chili, selon des journalistes de l'AFP sur place. (20 décembre 2019) La Constitution héritée de la dictature doit être remplacée, ont réclamé les Chiliens lors d'une consultation organisée dimanche. (15 décembre 2019) L'ONU a dénoncé vendredi dans un rapport les «multiples violations des droits humains» commises par la police lors des manifestations au Chili. (Samedi 14 décembre 2019) Des milliers de manifestants ont défilé vendredi au Chili comme chaque semaine depuis le 18 octobre. (6 décembre 2019) Le parlement chilien a approuvé un projet de loi du gouvernement augmentant jusqu'à 50% le minimum vieillesse. (Jeudi 5 décembre 2019) Le gouvernement du Chili compte mettre plus de 5 milliards de dollars sur la table pour trouver une solution à la crise. (2 décembre 2019) Des dizaines de manifestants ont pris d'assaut mercredi un grand centre commercial à Santiago. (27 novembre 2019) Rien ne semble entamer la détermination des manifestants chiliens, 40 jours après le début d'un mouvement réclamant des mesures sociales qui tardent à se concrétiser. (Mardi 26 novembre 2019) Le gouvernement chilien a lancé vendredi un appel au calme. (Samedi 23 novembre 2019) Pour Amnesty International, les forces de l'ordre ont mis en place une «politique pour punir» les manifestants. Le gouvernement chilien a rejeté ce rapport. (Vendredi 22 novembre 2019) La police chilienne a annoncé mardi suspendre l'utilisation de munitions controversées qui ont provoqué de graves lésions oculaires chez plus de 200 manifestants. (19 novembre 2019) Les Chiliens ont commémoré lundi les neuf mois de la contestation qui secoue le pays. (18 novembre 2019) Le président Sebastian Piñera a condamné dimanche pour la première fois les violences commises par la police depuis le début du mouvement de contestation. (17 novembre 2019) En pleine crise sociale au Chili, plusieurs manifestations ont eu lieu jeudi pour commémorer la mort d'un jeune Indien mapuche tué il y a un an lors d'une opération policière dans le sud du pays. (14 novembre 2019) Plusieurs dizaines de milliers de manifestants sont une nouvelle fois descendus dans les rues mardi au Chili, une persistance de la crise sociale qui commence à peser sur l'économie du pays. (12 novembre 2019) Le siège d'une université de Santiago a été incendié vendredi au cours de violents incidents en marge d'une grande marche pacifique. (Vendredi 8 novembre 2019) Les manifestations de contestation sociale qui durent depuis près de trois semaines au Chili et au cours desquelles 20 personnes ont été tuées se sont étendues mercredi aux quartiers aisés de la capitale Santiago. (6 novembre 2019) Le président chilien Sebastian Pinera a affirmé mardi qu'il n'allait pas démissionner malgré les violentes manifestations contre son régime qui secouent le pays. (5 novembre 2019) Un cocktail Molotov met le feu à une policière des forces anti-émeutes, à Santiago. (Chili, 4 novembre 2019) Une policière des forces anti-émeutes court alors que son équipement prend feu lors d'affrontements avec des manifestants, à Santiago. (Chili, 4 novembre 2019) Affrontements entre forces de l'ordre et manifestants pour la 3e semaine de contestations au Chili. (4 novembre 2019) Troisième semaine de contestations au Chili. (4 novembre 2019) Les manifestations dans la capitale chilienne ont été émaillées de nombreux incidents. (4 novembre 2019) Une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes, parmi laquelle de nombreux étudiants, s'est rassemblée lundi soir à Santiago, sur la plaza Italia, lieu emblématique du mouvement de colère initié le 18 octobre.(Chili, 4 novembre 2019) Le mouvement social, débuté il y a plus de trois semaines, ne faiblit pas au Chili. (4 novembre 2019) Le mouvement social, débuté il y a plus de trois semaines, ne faiblit pas au Chili. (4 novembre 2019) Quelque 1305 personnes ont été blessées à ce jour lors des manifestations. (Chili, 4 novembre 2019) La crise sociale, provoquée le 18 octobre par une augmentation du prix du ticket de métro (depuis annulée), a fait 20 morts. (Chili, 4 novembre 2019) Déguisés en clown ou en «Joker», les manifestants défient la police. (Chili, 4 novembre 2019)

Une faute?

L'ONU a dénoncé vendredi dans un rapport les «multiples violations des droits humains» commises par la police lors des manifestations au Chili, des dérapages que «regrette» le gouvernement chilien tout en soulignant le «contexte» de violence dans lequel ils ont été commis.

Ce rapport a été élaboré par des experts du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme, qui se sont rendus au Chili du 30 octobre au 22 novembre. «La majorité» des protestataires ont manifesté de «manière pacifique» mais «la gestion des manifestations par les policiers s'est déroulée d'une manière fondamentalement répressive», a déclaré la chef de la mission, Imma Guerras-Delgado, lors de la présentation à Genève du rapport.

Celui-ci pointe le «nombre élevé de violations graves des droits humains» et contient des exemples précis de torture, mauvais traitements, viols perpétrés par des carabiniers contre des détenus, dont beaucoup auraient été détenus de manière arbitraire.

«La police a une responsabilité»

Pendant sa mission, l'équipe du Haut-Commissariat a pu documenter 113 cas de torture et mauvais traitements, et 24 cas de violences sexuelles sur des femmes, des hommes et des jeunes filles, commis par des membres de la police et des militaires. Les experts de l'ONU dénoncent aussi le «nombre alarmant de personnes» - environ 350 - souffrant de blessures aux yeux ou au visage, la majorité étant liées à des tirs de plombs.

Le rapport indique que, sur la base des informations recueillies auprès d'une grande variété de sources, «les policiers n'ont, à plusieurs reprises, fait aucune distinction entre manifestants pacifiques et manifestants violents».

«Les fusils anti-émeutes ont été utilisés de manière indiscriminée et inappropriée, et c'est pour cela qu'il y a autant de blessés», a expliqué Imma Guerras-Delgado, soulignant que les policiers ont tiré en étant trop près des manifestants. «La police a une responsabilité dans la commission de violations des droits humains. En ce qui concerne les responsabilités individuelles au sein de la police, nous ne pouvons pas tirer de conclusion. Elles devront être établies au niveau national», a-t-elle relevé.

«Nous regrettons profondément»

Selon les informations officielles citées dans le rapport, plus de 28'000 personnes ont été détenues entre le 18 octobre et le 6 décembre, et la plupart d'entre elles ont été libérées. En présentant le rapport, Imma Guerras-Delgado a indiqué qu'environ 1600 sont encore détenues selon les autorités.

«Nous regrettons profondément les plaintes reçues par l'équipe de la Haut-Commissaire (...) Chacune d'entre elles fait l'objet d'une enquête et sera (le cas échéant) sanctionnée», a réagi la sous-secrétaire d'État chilienne en charge des droits de l'homme, Lorena Recabarren.

«A partir du 18 octobre, le Chili a vécu une situation imprévue et inédite de violence (...) C'est cette situation de violence et non les manifestations pacifiques (...) qui nous a décidés à décréter l'état d'urgence. Cette décision n'a pas été prise à la légère et sans (prendre en compte) le contexte», a-t-elle ajouté, parlant au nom du gouvernement chilien.

«Regarder l'avenir de manière constructive»

Le mouvement de contestation sociale qui secoue le Chili depuis le 18 octobre est le plus grave depuis le retour de la démocratie en 1990. Le Haut-Commissariat a pu vérifier les informations concernant 11 de ces 26 décès sur lesquels les autorités enquêtent. Quatre de ces cas constituent «une privation arbitraire de la vie et des décès illégaux impliquant des agents de l'État».

Le rapport signale que les autorités ont eu connaissance de la gravité des blessures dès le 22 octobre, mais n'ont pas pris de mesures efficaces pour mettre fin à l'usage des armes anti-émeutes.

Dans un communiqué, la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Michelle Bachelet, appelle à «regarder l'avenir de manière constructive» et demande l'établissement d'un «mécanisme de suivi», en coopération avec son bureau pour l'Amérique du Sud, chargé d'évaluer la situation dans trois mois.

(nxp/afp)