Colombie

26 février 2020 23:57; Act: 27.02.2020 06:26 Print

De graves abus des forces de l'ordre inquiètent l'ONU

L'ONU dénonce, dans un rapport un usage «inutile et disproportionné de la force» de la police et des militaires.

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La Haute commissaire de l'ONU pour les droits humains a alerté mercredi sur les homicides et autres abus présumés commis par des militaires et des policiers en Colombie, depuis l'accord de paix de 2016 avec l'ex-guérilla Farc. (Mercredi 26 février 2020) Mardi, les forces de l'ordre étaient encore déployées à la tombée de la nuit dans le centre historique, proche du siège de la présidence. (Mardi 21 janvier 2020) Une manifestation bruyante et colorée contre le président colombien Ivan Duque a eu lieu dimanche à Bogota. (8 décembre 2019) Plusieurs milliers de personnes ont manifesté de nouveau mercredi en Colombie dans le calme, au quatorzième jour de la mobilisation, mais l'affluence était moindre que lors des premières marches. (Jeudi 5 décembre 2019) Le gouvernement colombien s'est dit prêt lundi à dialoguer directement avec les leaders du mouvement qui conteste depuis 12 jours la politique du président Ivan Duque, mais il leur demande d'annuler une manifestation nationale prévue mercredi. (2 décembre 2019) De nouvelles manifestations ont eu lieu dimanche dans plusieurs villes de Colombie, à Bogota notamment, pour exiger du président de droite Ivan Duque une inflexion de sa politique. (1er décembre 2019) Les protestataires colombiens restent mobilisés au 7e jour du mouvement contre le président Ivan Duque. (Mercredi 27 novembre 2019) Après un dialogue infructueux avec le président Duque mardi, un mouvement de grève doit avoir lieu mercredi en Colombie. (26 novembre 2019) Le président conservateur colombien Ivan Duque a convoqué mardi les responsables de la contestation de grande ampleur qui secoue son pays depuis cinq jours. (26 novembre 2019) Après quatre jours de manifestations, Ivan Duque a ouvert «le Dialogue social» avec les maires et les gouverneurs élus fin octobre. (Dimanche 24 novembre 2019) La Colombie, l'un des pays les plus inégalitaires d'Amérique latine, est le dernier en date de la région à connaître une agitation socio-politique, après des crises en Equateur, puis au Chili et en Bolivie. (Dimanche 24 novembre 2019) Confronté à une contestation d'une ampleur inédite en Colombie, le président Ivan Duque a entamé dimanche avec des élus une «grande conversation nationale» pour tenter de calmer ce mouvement. (Dimanche 24 novembre 2019) Le président de droite Ivan Duque a avancé à dimanche l'ouverture d'un dialogue national annoncée initialement pour la semaine prochaine. (Dimanche 24 novembre 2019) Le président Ivan Duque a appelé à une «conversation nationale» vendredi soir, faisant un premier pas vers le dialogue. (Samedi 23 novembre 2019) Le maire de Bogota a décrété un couvre-feu dans la capitale colombienne suite à des troubles et des pillages. (Vendredi 22 novembre 2019) L'impopularité du président colombien, en hausse depuis février, a atteint 69%. Enfin, les manifestations de jeudi ont été les plus massives de ces dernières années. (Vendredi 22 novembre 2019) Au total, les affrontements ont fait trois morts et plus de 270 blessés. (Vendredi 22 novembre 2019) Des centaines de milliers de personnes sont descendues jeudi dans la rue pour protester contre les politiques économiques, sociales et sécuritaires du président Ivan Duque. (Vendredi 22 novembre 2019) Le président et ses partisans ont attribué le mouvement à une campagne basée sur des «mensonges» visant à susciter des violences. (Vendredi 22 novembre 2019) La mobilisation en Colombie se caractérise par le fait qu'elle transmet de multiples revendications des syndicats, initiateurs des manifestations et de la grève nationale de jeudi, mais aussi des indigènes, des paysans et des étudiants. (Vendredi 22 novembre 2019) Ivan Duque est arrivé au pouvoir il y a un peu plus de 15 mois et n'a cessé de répéter comme un mantra que son gouvernement est à l'écoute des Colombiens. (Vendredi 22 novembre 2019)

Une faute?

La Haute commissaire de l'ONU pour les droits humains a alerté mercredi sur les homicides et autres abus présumés commis par des militaires et des policiers en Colombie, depuis l'accord de paix de 2016 avec l'ex-guérilla Farc.

Lors de la présentation du rapport annuel sur la situation des droits humains dans ce pays, le représentant de la haute commissaire Michelle Bachelet a fait état de «15 cas présumés de privation arbitraire du droit à la vie en 2019» aux mains des forces de l'ordre. «Il s'agit du chiffre le plus élevé enregistré par ce service depuis 2016», a souligné Alberto Brunori, représentant en Colombie de la Haute commissaire de l'ONU pour les droits humains.

Fin novembre 2016, le gouvernement de l'ex-président centriste Juan Manuel Santos et la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) signaient, avec le soutien de l'ONU, un accord de paix historique. Ce pacte a permis le désarmement de la plus ancienne rébellion du continent américain, apparue en 1964, et sa transformation en parti politique sous le même acronyme et le nom de Force alternative révolutionnaire commune.

«Réactions excessives de la force publique»

Alberto Brunori a précisé que dans 13 cas de morts impliquant des agents de l'État, «il a été observé» un usage «inutile et/ou disproportionné de la force». De ce fait, «la Haute commissaire appelle l'État à restreindre le plus possible (...) le recours à l'armée dans des situations liées à la sécurité citoyenne, y compris de protestation sociale».

Le rapport fait en outre état d'abus sexuels, de corruption, de complicité avec des groupes illégaux et d'attaques contre des journalistes par des membres des forces de l'ordre. Alberto Brunori a exprimé la «préoccupation» que les enquêtes sur de présumées violations des droits humains soient menées par la justice militaire.

Avant la signature de la paix avec les Farc, les forces armées ont été confrontées au plus grand scandale de leur histoire pour les exécutions extra-judiciaires de quelque 2248 civils, dont 59% entre 2006 et 2008 sous le gouvernement de l'ex-président d'ultra-droite Alvaro Uribe, selon le Parquet. Par ailleurs, l'ONU dénonce des «réactions excessives de la force publique» aux manifestations de novembre dernier contre la politique du président Ivan Duque, dauphin de Alvaro Uribe.

Le rapport cite notamment la mort d'un jeune de 18 ans, Dilan Cruz, consécutive à des blessures à la tête. Il dénonce aussi l'implication de la police dans des cas de «torture et traitements cruels, inhumains et dégradants, avec mise à nue forcée, menaces de mort à tendance raciste et des passages à tabac répétés».

Le nombre de morts violentes s'est accru

L'ONU condamne en outre des «attaques contre des journalistes» durant ces manifestations, avec 23 cas attribués à la police, selon des chiffres de la Fondation pour la liberté de la presse. Alberto Brunori a également évoqué «trois cas présumés de violence sexuelle perpétrés par des membres de l'armée» l'an dernier. Le rapport souligne qu'en dépit de l'«augmentation de la présence militaire» dans des régions comme l'Arauca (nord-est), le Catatumbo (nord-est), le nord du Cauca (sud-ouest) et le sud du Cordoba (nord-ouest), le nombre de morts violentes s'est accru.

Le taux national d'homicides en 2019 a été de 25 pour 100'000 habitants et l'ONU a répertorié «36 massacres, le nombre le plus élevé depuis 2014», ayant fait 133 morts. Bien que l'accord de 2016 ait réduit l'intensité du conflit, des guérilleros de l'Armée de libération nationale (ELN), des dissidents des Farc, ainsi que des paramilitaires et des narco-trafiquants opèrent dans plusieurs régions du pays.

(nxp/afp)