France

26 avril 2019 16:02; Act: 26.04.2019 16:14 Print

Il fuit la guerre et perd un œil avec les Gilets jaunes

Le jeune homme de 15 ans avait quitté la Syrie avec sa famille pour se mettre en sécurité en France. C'est pourtant là, lors d'une manifestation à Saint-Etienne, qu'il a perdu son oeil.

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Ses parents ont fui la Syrie pour gagner le Liban puis la France. C'est dans ce pays qu'il pensait sûr que Mohammad, 15 ans, a été mutilé en marge d'une manifestation des «gilets jaunes» en janvier. «J'ai fui la guerre en Syrie et voilà, je perds mon oeil», résume avec fatalisme l'adolescent timide rencontré par l'AFP chez lui à Saint-Etienne.

Aîné d'une famille de trois enfants arrivée en France en mai 2018, Mohammad affirme s'être trouvé mêlé malgré lui à des manifestants poursuivis par la police, le 12 janvier, un samedi de mobilisation dans le centre de la ville théâtre cet hiver, à plusieurs reprises, de violentes échauffourées.

C'est là qu'une balle en caoutchouc tirée par un lanceur de balle de défense (LBD) lui a fait perdre définitivement l'usage de l'oeil droit. «Il est évident qu'il ne fait pas partie des jeunes qui se mêlent parfois aux manifestations de gilets jaunes », soutient son avocate, Me Solange Viallard-Valézy: Mohammad «observait l'agitation autour de lui lorsqu'un tir de LBD l'a atteint» dit-elle.

Paupière close sur son oeil blessé, barré d'une cicatrice de plusieurs centimètres, l'adolescent qui maîtrise encore mal le français ne comprend toujours pas pourquoi le policier l'a visé.

«Je ne voyais plus rien»

«Il y avait du gaz lacrymogène, les gilets jaunes couraient. Moi, je suis resté là où j'étais, à côté de l'arrêt de tram», raconte Mohammad qui faisait ce jour-là des courses avec son père. «J'ai continué à regarder le policier devant moi et d'un coup j'ai été frappé au visage et je suis tombé par terre. Je ne voyais plus rien.»

Dans l'appartement mis à leur disposition par une association, ses parents n'apprendront qu'après plusieurs heures l'hospitalisation de leur fils. Le parquet de Saint-Étienne a donné son accord à une intervention chirurgicale pour tenter de sauver son oeil. En vain.

A la suite de la plainte déposée par la famille, le procureur de la République David Charmatz a confié à l'Inspection générale de la police nationale une enquête sur cet incident. L'adolescent a été de nouveau entendu la semaine dernière.

Le ministère de l'Intérieur a reconnu début avril que 209 enquêtes étaient en cours pour suspicion de violences policières lors des défilés de «gilets jaunes»: 23 personnes ont, comme Mohammad, affirmé avoir perdu un oeil en cinq mois de mobilisation sociale pour le pouvoir d'achat.

Face au drame qui le frappe, pas de révolte. «C'est Dieu qui l'a voulu», lâche Mohammad, à l'unisson de son père. Le garçon n'avait pas dix ans quand il a quitté Alep, au milieu des bombardements et des morts. Il raconte sans émotion apparente les djihadistes «qui brandissaient des têtes décapitées» et garde plutôt de bons souvenirs des années dans les camps de réfugiés de la Croix Rouge à Tripoli, au Liban, de 2012 à 2018.

Des pizzas

En France, la famille a reçu un titre de séjour de dix ans. «Dieu merci, nous sommes bien», assure son père qui s'exprime, comme son fils, en arabe. «Des gens nous aident beaucoup», renchérit Mohammad.

L'école ne l'intéresse pas vraiment, il préfère la natation et la musculation. Mais ce qu'il désire en priorité: «apprendre le français et à fabriquer des pizzas». Avec l'espoir de rompre son isolement.

Pour son père, qui a très tôt quitté l'école pour devenir forgeron, «Mohammad ne réalise pas encore la gravité de sa blessure». «Avec le temps, il va se rendre compte. Se dire que nous sommes venus ici pour fuir une guerre, être en sécurité. Et que c'est ici que son oeil a été touché.»

(nxp/afp)