France

06 octobre 2019 10:57; Act: 06.10.2019 15:39 Print

Le bébé «du coffre» fait toujours débat

Six ans après les faits, le cas de la petite Séréna, dissimulée deux ans par sa mère, revient devant la justice.

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La mère de la petite Séréna (à dr.) a séquestré son enfant durant ses 23 premiers mois. La petite en gardera des séquelles à vie. (Photo: AFP/Georges Gobet)

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Toujours aussi invraisemblable six ans après les faits, et encore imparfaitement comprise, «l'affaire Séréna», ce bébé dissimulé deux ans par sa mère, en partie dans une voiture, revient devant la justice en appel lundi à Limoges (F), avec l'espoir, ténu, que le procès apporte un peu plus de lumière sur cette histoire.

Rosa Maria da Cruz, 51 ans, est détenue depuis le procès en première instance, qui s'est déroulé en novembre. La Cour d'assises de Corrèze l'avait condamnée à 2 ans de prison ferme, et l'avait déchue «totalement» de son autorité parentale.

Deux ans dans le coffre du break

Deux ans, c'est aussi le temps qu'a passé Séréna dans un couffin cosy, le plus souvent placé dans le coffre du break maternel ou dans une pièce en travaux au rez-de-sol de la maison familiale. Aussi incroyable que cela puisse paraître, cela s'est fait à l'insu de toute la maisonnée, soit le mari et les trois autres enfants du couple.

Cette dissimulation hors normes défie toujours l'entendement et interroge sur les ressorts qui ont engendré cet inouï rapport entre une mère et son enfant, dans une zone grise entre déni de grossesse, dénégation de l'enfant né, soins a minima suffisants pour la survie mais relevant de la maltraitance.

Vingt-trois mois de carences: irréversible

Deux ans de confinement pour l'enfant, deux ans de prison pour la mère. Les jurés avaient-ils voulu inconsciemment une forme d'équivalence? «Mais pour Séréna, ce ne sont pas deux ans, c'est toute sa vie qui est détruite. Toute sa vie elle sera privée d'autonomie, au crochet de la société», rappelle aujourd'hui Marie-Pierre Peis-Hitier, de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) de Corrèze, partie civile.

Le Parquet général, qui avait requis huit ans de prison, avait fait appel du jugement, la défense interjetant pour sa part appel sur la déchéance d'autorité parentale.

A bientôt 8 ans, Séréna a le développement mental «d'une enfant de 2-3 ans. Elle ne sait pas lire ni écrire et on ne pense pas qu'elle pourra un jour», poursuit l'avocate. Elle partage sa vie entre une famille d'accueil et un institut médico-éducatif. Mais «son avenir au-delà de 18 ans, c'est une institution», et peut-être une «régression», faute de l'attention rapprochée d'une famille d'accueil. Une estimation finale du préjudice ne pourra sans doute être faite avant l'adolescence.

Quotidien entre souillures et excréments

C'est ce caractère permanent, «vraisemblablement irréversible» des séquelles, du syndrome autistique, conséquence de 23 premiers mois de carences, qui ont valu à cette affaire d'être traitée par les assises, et non le tribunal correctionnel. Mme Da Cruz encourt 20 ans de réclusion.

Les débats avaient revisité l'état «épouvantable» dans lequel l'enfant avait été découverte dans la voiture - lors d'une visite à un garage automobile - entre souillures, excréments, asticots et odeur nauséabonde.

La cour avait aussi tenté de percer les mécanismes psychiques de cette négligence. Dans le passé de Rosa (au moins un déni de grossesse antérieur), une femme d'une intelligence de «bonne moyenne» malgré une grande «immaturité affective», mais «bonne mère» de trois enfants. Dans ses contradictions, son ambivalence aussi, sur cet enfant décrit comme une «chose», même s'«il fallait qu'il soit en vie».

«La vérité, on ne la saura peut-être jamais»

Psychologues, psychiatres, obstétriciens s'étaient succédé à la barre, doctes et fascinants sur les ressorts du déni, total, partiel, parfois jusqu'à donner le tournis. Et pour certains, pointant du doigt un vide juridique autour du déni de grossesse.

En appel, les parties civiles redoutent encore une dérive vers un «tribunal de la psyché». «Un discours déresponsabilisant, servi sur un plateau», estime Rodolphe Costantino, avocat d'Enfance et Partage.

«Il faut qu'on soit plus ouvert au déni de grossesse, c'est un fait. On ne naît pas mère, on le devient», convient Isabelle Faure-Roche, autre avocate de l'ASE. «Mais l'exemplarité de la justice n'a pas été servie» par la sanction «plutôt clémente» en première instance, estime-t-elle.

L'avocate de Mme da Cruz, qui avait plaidé l'acquittement, n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP. Mais elle avait, à l'époque du premier procès, mis en garde: «Il n'y a pas chez Rosa de capacité à s'expliquer, à élaborer une version (...) la vérité, on ne la saura peut-être jamais.»

Le procès devant la Cour d'appel d'assises de la Haute-Vienne est programmé jusqu'au 16 octobre.

(afp)