Syrie

09 octobre 2019 22:29; Act: 10.10.2019 00:39 Print

L'armée turque lance son offensive terrestre

Des militaires turcs et leurs supplétifs syriens ont pénétré dans le nord-est de la Syrie dans le cadre d'une offensive lancée contre une milice kurde.

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La Turquie a lancé mercredi, comme elle s'y était engagée, son offensive contre les forces kurdes du nord-est de la Syrie, alliées des Occidentaux dans la lutte antijihadistes, suscitant une volée de critiques internationales et des menaces de sanctions américaines.

Mercredi, des régions voisines de la Turquie, notamment les zones de Tal Abyad et de Ras al-Aïn, ont été bombardées par l'aviation et l'artillerie turques. Le ministère turc de la Défense a annoncé en soirée que des militaires turcs et leurs supplétifs syriens avaient pénétré en Syrie, marquant le début de la phase terrestre de l'opération. «Les forces aériennes et l'artillerie ont jusqu'ici frappé 181 cibles appartenant au groupe terroriste», a précisé le ministère sur Twitter vers 21h00 GMT (23 h en Suisse).

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), ont affirmé de leur côté mercredi soir avoir «repoussé» l'offensive turque, dont l'objectif est d'éloigner de la frontière les YPG.

Déjà 15 morts

L'assaut turc a d'ores et déjà fait 15 morts dont 8 civils, a annoncé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), ajoutant que des «milliers de déplacés» fuient les zones bombardées.

Le président américain Donald Trump a estimé que l'opération d'Ankara était «une mauvaise idée», tout en espérant que son homologue turc Recep Tayyip Erdogan agisse de manière «rationnelle» et aussi «humaine» que possible. En début de semaine, c'est pourtant le retrait des troupes américaines de secteurs frontaliers en Syrie et les déclarations contradictoires de la Maison blanche qui ont ouvert la voie à l'offensive.

Deux sénateurs démocrate et républicain ont dévoilé mercredi une proposition visant à sanctionner très sévèrement la Turquie si elle ne retire pas son armée. Ce projet imposerait au gouvernement de Donald Trump de geler les biens aux Etats-Unis des plus hauts dirigeants turcs, imposerait des sanctions à toute entité étrangère qui vendrait des armes à Ankara, et viserait aussi le secteur énergétique turc.

Poids lourd des Républicains et proche de Donald Trump, le sénateur Lindsey Graham l'a accusé d'avoir «honteusement abandonné les Kurdes» et s'est dit favorable à ce qu'«Erdogan paie très cher».

Réunion d'urgence au Conseil de sécurité

L'offensive turque, qui a provoqué un tollé international, sera au centre d'une réunion en urgence du Conseil de sécurité de l'ONU jeudi. A Ras al-Aïn, un correspondant de l'AFP a entendu une forte explosion et vu s'élever de la fumée tout près de la frontière, ajoutant que des avions survolaient le secteur.

Des tirs d'artillerie visent en continu la ville, provoquant la fuite de dizaines de civils à bord de motos et voitures, partant même à pied, chargés de valises et de sacs, a-t-il constaté. Equipés de lance-roquettes, des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes dominée par les YPG, se sont déployés dans la ville, selon le correspondant de l'AFP.

Les médias turcs ont rapporté que huit projectiles tirés par les YPG étaient tombés sur les villes turques frontalières d'Akçakale et de Nusaybin, sans faire de victime.

L'offensive de la Turquie est la troisième en Syrie depuis 2016. Elle ouvre un nouveau front dans un conflit qui a fait plus de 370'000 morts et des millions de déplacés depuis 2011.

«Mobilisation générale»

«Les Forces armées turques et l'Armée nationale syrienne (ANS, une coalition financée et entraînée par la Turquie soutenus par Ankara, ndlr) ont débuté l'opération Source de paix dans le nord de la Syrie», a annoncé Recep Tayyip Erdogan sur Twitter.

Au moins 18'000 combattants syriens supplétifs d'Ankara - faisant partie de factions regroupées au sein de l'ANS - ont été mobilisés pour participer à l'offensive, a affirmé mercredi un de leurs porte-parole.

L'offensive doit permettre la création d'une «zone de sécurité» destinée à séparer la frontière turque des positions kurdes et accueillir des réfugiés, a dit Recep Tayyip Erdogan. Le ministère turc de la Défense a assuré que tout était fait pour éviter les pertes civiles.

Les YPG sont considérées par Ankara comme une organisation «terroriste», pour leurs liens avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Quelques heures avant le début de l'offensive, les Kurdes de Syrie, confrontés aux atermoiements de leur allié américain, avaient décrété une «mobilisation générale», tout en appelant Moscou à intervenir pour faciliter un dialogue avec Damas.

Tollé

Le déclenchement de l'offensive a été fermement condamné par plusieurs pays qui craignent un chaos susceptible d'ouvrir la voie à un retour en force de l'EI, et qui fait planer l'incertitude sur le sort des djihadistes prisonniers des YPG.

Le porte-parole de Recep Tayyip Erdogan, Ibrahim Kalin, a appelé les pays européens à «reprendre» leurs ressortissants ayant intégré l'EI et aujourd'hui détenus par les forces kurdes.

Paris a «très fermement» condamné l'incursion turque, qui «doit cesser». Même exigence du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. L'Allemagne a estimé que l'opération risquait «de provoquer une résurgence» de l'EI, et Londres a dit sa «sérieuse préoccupation».

Avant le déclenchement de l'offensive, le président russe Vladimir Poutine avait appelé Recep Tayyip Erdogan à «bien réfléchir».

L'Egypte a pour sa part jugé cette «attaque inacceptable» et Ryad a condamné «l'agression» de la Turquie en Syrie.

Amnesty International a souligné qu'«à la fois les forces turques et kurdes» avaient, «dans le passé, mené des attaques aveugles en Syrie» ayant «fait de nombreuses victimes parmi les civils». L'ONG a exhorté à faire en sorte que «cela ne se reproduise pas».

Le pouvoir de Damas s'est engagé à «contrecarrer toute agression» de la Turquie, se disant prêt à «accueillir dans son giron» la minorité kurde.

Longtemps marginalisés et victimes des discriminations du pouvoir central, les Kurdes ont réussi à instaurer une autonomie de facto à la faveur du conflit qui ravage la Syrie depuis 2011.

(nxp/afp)

Les commentaires les plus populaires

  • Mathias Burg le 09.10.2019 23:24 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    L'histoire se répète

    L'histoire se répète pour les kurdes. 11'000 combattantes et combattants morts pour éradiquer daech. Et c'est comme ça qu'on les remercie.

  • Paul Sec le 09.10.2019 23:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Annexion illegale

    En fait, la Turquie est simplement en train d'annexer une partie de la Syrie au nez et à la barbe de la communauté internationale. Quelles conséquences allez-vous décider, mesdames et messieurs les politiques ?

  • juste réalité le 09.10.2019 23:13 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    la vie n a pas de prix

    l Europe et les Etats-Unis....bravo à ces pays qui laissent tomber ses alliés...et dire que la Turquie veut adhérer a l Europe... De nouveau des civils qui vont en subir les conséquences..!!!

Les derniers commentaires

  • Jules le 10.10.2019 12:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Boycotte

    Il est temps de boycotter ce pays de dictature aussi pour les touristes afin d'accéder un changement de régime qui est un vrai danger pour la démocratie !

  • Jim le 10.10.2019 11:59 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    rebelote

    2019 serait-elle une copie conforme de 1915 pour le peuple kurde ?

  • Phil Ausofe le 10.10.2019 08:00 Report dénoncer ce commentaire

    Géopolitique

    C'est le peuple qui a résisté et lutté le plus contre l'EI. Et maintenant, on le laisse tomber en faveur d'un pays dirigé par un gouvernement dictatorial. Et sur la zone kurde, il y a du pétrole... la raison du grand silence. Si la démocratie existait en Turquie, il n'y aurait pas cette tension. Et on sait que par les faits, la démocratie n'existe dans aucun pays géré par une dictature et/ou une religion.

    • Gilles le 10.10.2019 12:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Phil Ausofe

      Ça ressemble à la situation qui a suivi la conférence de Münich en 1938.

  • vito le 10.10.2019 06:05 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    don Corleone

    vive la turquie et les kurdes pkk pyg= terroriste un point cest tout

  • Lausanne Ouchy le 10.10.2019 06:04 Report dénoncer ce commentaire

    Anti égoïste/hypocrite

    Le PKK a tué 50 000 personnes en Turquie depuis 1984. Et il continue toujours.Sous prétexte qu'il lutte contre Daesh mais qu'il tue des soldats turcs vous vous en foutez. Comme d'habitude vous vous préoccupé que de vos gueules. Seul les européens ont droit d'avoir la paix. Les Etats Unis, la France, L'angleterre, la Russie sont en syrie alors qu'ils sont a des kilomètres, la Turquie voisine avec 3,5 millions de réfugiés que l'Europe n'en veux pas, elle n'a pas le droit d'assurer sa sécurité??? Comme vous qui ne pensez qu'à votre bien être, la turquie pense aussi pour le bien être de son peup